> Abdulrahman Almajedi, 5 poèmes

Abdulrahman Almajedi, 5 poèmes

2017-12-30T16:44:23+00:00

Le cheval du désir

Dès le pre­mier sou­rire
tu lâches le mors
lais­sant des vagues furieuses de sang
dans les artères et ruis­seaux
déva­ler, remon­ter

Tes bat­te­ments aug­mentent
et tu trembles
à l’idée que dans un duel mor­tel
tu  t’abandonnes entre des mains douces

Ivre
absent
ton rêve éva­noui
hypo­thèque les jours
tan­dis que la cloche de la sépa­ra­tion bour­donne déjà dans ta tête

Tu reviens sou­cieux
les rideaux noirs sont tom­bés sur la scène de ta vie
et près de toi
gît un mors aban­don­né.

 

***

 

Ainsi parlait le ciel

Hier il tom­bait des chiens
Aujourd’hui il tombe des ânes
Demain, dit la pro­phé­tie, il pleu­vra des loups
Malheur à moi après-demain
car selon la pro­phé­tie, il pleu­vra des hommes

Et mon ciel hur­lait en regar­dant la pluie s’abattre sur la terre

 

***

 

Aveugle

Tous les arbres de la ville ont fleu­ri
et au-des­sus, dans le ciel, le soleil tel un bal­lon s’amuse
Pourtant les nuages de mon cha­grin campent au-des­sus de ma tête
et à chaque fois que je sai­sis la paume de la joie
elle trans­pire
m’échappe
puis s’en va loin
se lamen­ter
pous­sée par la tour­mente prin­ta­nière

Oh, mon âme triste
pour­quoi faut-il qu’à chaque fois que tu fais un vœu
ses pieds se balancent dans la tombe de l’absence ?

Puis le vœu te pré­vient :
“Laisse-moi, sinon je te tire vers le bas !”

Seul alié­né par la nuit lugubre
éga­ré sur la route du bon­heur
tré­bu­chant sur les délires et l’illusion 
alors que per­sonne ne me guide
je suis comme aveugle
mes yeux sont ma canne
le che­min, tor­tueux et l’horizon loin­tain
Dis-moi : quand pour­rai-je t’atteindre ?

 

***

 

Manteau

Ce vieillard affec­tueux
est l’aïeul de notre père
Notre insou­ciance lui rap­pelle sa jeu­nesse
et lui fait cou­ler des larmes
mais il pré­tend que ce ne sont que des perles de pluie.

 

***

 

Cimetière

Sur la ter­rasse de notre mai­son à Bagdad, j’ai trou­vé un cime­tière
où demeurent
mon père
ma mère
et mes frères

Ils m’ont ins­tal­lé à leur place
puis ils sont par­tis

Mon père dis­si­mule ses erreurs avec une béquille
Ma mère pleure ses enfants morts
Mes sœurs véri­fient leur fémi­ni­té chaque matin
Mes frères se repro­duisent à l’identique

Il ne reste que moi, cette imbé­ci­li­té avec sa canne
ses larmes sur les morts
une vieille fille recro­que­villée
des enfants qui s’enchaînent
et une pro­phé­tie en panne.

 

Traduits de l’arabe (Irak) par Salah Al Hamdani
en col­la­bo­ra­tion avec Isabelle Lagny.

 

هكذا تحدثت السماء

البارحة أمطرت كلاباً،
واليوم تمطرٌ حميراً،
وغداً، تقول النبوءات، ستمطرُ ذئاباً.
الويل لي من بعد غد؛
ستمطر، وفق النبوءات، بشراً.
كان ذلك عويلَ السماء الناظرة لمطر الأرض عليها.

\

حصان الرغبة

بأول بسمة
تسلم لجامك،
تاركاً أمواج الدم تحتدم
في سواقي أبهرك
صعوداً ونزولاً،
يزدادُ خفقانك،
فتصابُ بالرعدة،
كأنكَ موشك على نزال فاتك.
ها أنتَ مقادٌ،
متروكٌ بين أيدٍ ناعمةٍ،
سكرانٌ،
غائبٌ،
مغشيٌ على حلمكَ،
رهينُ محبس الأيام.
حين يرنُّ في رأسك
ناقوسُ الفراقِ.
تعودُ،
مهموماً،
مسدلاً على مسرح حياتك
ستائر مدلهمة،
وبجنبك مكوم اللجام.

\

مقبرة

على سطح ِ بيتنا ببغدادَ وجدنا مقبرة؛

سكّانها :

أبي

وأمي

أخوتي

وأنا.

أسكنونا مكانهم

وغادروا؛

أبي يداري أخطاءَه بعكّاز.

أمي تبكي أبناءها الميتين.

أخواتي يتفقدن أنوثتهن كلّ صباح ٍ.

أخواني أبناءٌ مكررون.

وأنا :

حماقة بعكازٍ،

دموعٌ على الميتين ،

عنوسة ٌ رابضة،

أبناءٌ مكررون،

ونبوءة ٌ عاطلة.

\

معطف

عجوزٌ عطوف،

جدّنا لأبينا.

طيشُنا يذكّره بشبابه،

فيبكي،

ثم يدّعي انها حبّاتُ المطر. 

Présentation de l’auteur

Abdulrahman Almajedi

Was born in Baghdad in 1965. He stu­died Russian lite­ra­ture and wor­ked as a trans­la­tor at the Children’s Cultural Institution until 1992 when he fled to Syria. He wor­ked as a jour­na­list and a cultu­ral edi­tor in various Iraqi Newspapers where his poems also appea­red.

In addi­tion to publi­shing three poe­try col­lec­tions in Arabic : “Kingdoms For Perplexed Tomorrow” in 2002, “The Meaning In The Footnote” in 2005 and “Alphabetical Wars“ in 2012, he trans­la­ted an antho­lo­gy of children’s poe­try “Dromen” into Arabic from the Dutch in 2009.

He won the award given by the Institution of Poetic Migration in Amsterdam in 1997. And won Dunya’s award of poe­try in Rotterdam in 1998.

His poe­try has been trans­la­ted into the Dutch, English, German, French, Farsi, Italian and Spanish lan­guages.

He cur­rent­ly lives in Holland and works as a depu­ty edi­tor for the Electronic Newspaper Elaph.  

Abdulrahman Almajedi
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