> Acoustique blanche mêlée de terre, de Samuel Dudouit

Acoustique blanche mêlée de terre, de Samuel Dudouit

Par |2018-10-18T20:08:01+00:00 30 mars 2014|Catégories : Blog|

Entre telle atteinte de gourme méta­phy­sique, et telle débor­dante d’hubris sous cou­vert d’exercice de l’effacement, on en sou­hai­tait « une » qui ne se lais­sât pas épeu­rer par le pro­saïque, qui sût rendre au quo­ti­dien tout son appa­rat et son étran­ge­té, sans sous­crip­tion à l’air du temps. Une parole tein­tée de cette science du « repous­soir », qui par le contraste (dan­ge­reux, le contraste, en poé­sie), pût rendre fuyant les arrière-plans pour mieux en révé­ler le chi­ti­neux. Un regard décen­tré propre à sou­le­ver le tro­phée d’un anec­do­tique deve­nu pro­pi­tia­toire. Une parole qui se prê­tât éga­le­ment au ric­tus, plus proche de l’humeur que de ce qu’on nomme l’humour. Point ribaude donc :

 

Le saule penche
Et penche encore
Toujours du même côté
Sans jamais se las­ser
 

*

 

Paysage à la chaise vide
Des averses d’absence sur toute la pénin­sule
Rendront dif­fi­ciles les der­nières heures
Il est conseillé de par­tir avant la fin

 

Samuel Dudouit, ce « grand obser­va­teur des quatre vents de l’Esprit : le prin­ci­pal rôle qu’on peut tenir sous le double toit du ciel et de la mai­son fra­ter­nelle », selon Alain Jouffroy, s’adonne à la man­du­ca­tion du réel, mais ne contre­vient pas à la sapi­di­té :

 

une tar­tine sui­vie d’une autre
et un grand bol de chi­co­rée-café
avant le contrôle d’identité de la salle de bain
et la recon­duite à la fron­tière du tra­vail

 

*

 

Est-ce sur un retable
Ou sur les fresques de ma salle de bain
On voit mes mains cou­rir après un objet
Que l’artiste n’a pas dai­gné peindre

 

Acoustique blanche mêlée de terre est consti­tué de six « fuites » de poèmes : « Mise à jour des nuits » ; « Autoportraits en ondes courtes » ; « Matinées au pavillon des trans­pa­rents » ; « Minute entière en sachet » ; « Frère som­meil » et « Bois flot­tés » ; six par­ties dans les­quelles l’ostension des détails et le lan­guide de l’absurde ont des accoin­tances téré­brantes :

 

un peu de rigueur
Dans l’équeutage des hari­cots
Remplace allè­gre­ment 
N’importe quel cours de zazen

 

Un peu d’arythmétique. Remplacer un mot par un autre, et ten­ter de conser­ver la signi­fi­ca­tion. Ainsi « poé­sie » pour « lit­té­ra­ture » dans  la coda de l’essai Qu’est-ce que la lit­té­ra­ture ? de Jean-Paul Sartre : « Bien sûr, tout cela n’est pas si impor­tant : le monde peut fort bien se pas­ser de la poé­sie. Mais il peut se pas­ser de l’homme encore mieux. » Je conclus volon­tiers, ici, et mal­gré cela, par une exhor­ta­tion péremp­toire : « Il faut lire Samuel Dudouit » :

 

« Les néons des gares rou­tières, les congères des par­kings, toutes les sta­tions d’autoroutes, ce sont les cha­pelles de ta fuite. »

 

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