> Alain Duault et Monique W. Labidoire, Dans le jardin obscur

Alain Duault et Monique W. Labidoire, Dans le jardin obscur

Par |2018-08-15T22:36:52+00:00 22 décembre 2014|Catégories : Critiques|

 

     Il y a tant de manières de défi­nir la poé­sie. A son petit-fils de 10 ans qui lui posait la ques­tion, Claude Vigée répon­dit. « Pour moi, la poé­sie, c’est la pos­si­bi­li­té d’exprimer avec des rythmes et des sons ce que je pense et ce que je vis au plus pro­fond de moi-même » (La double voix, édi­tions Parole et Silence). Pour Max Jacob, s’adressant à René Guy Cadou, « le lan­gage du poème est le lan­gage ému de la mère à l’enfant, etc. le reste est prose » (Esthétique, édi­tions Joca Seria). Et que dire de Denise Le Dantec par­lant de la poé­sie comme d’une réponse à son « inquié­tude » fon­cière et à ses « fra­gi­li­tés » (Campagnes heu­reuses, édi­tions Paroles d’Aube)

     Dans un livre à deux voix, sous le titre Dans le jar­din obs­cur, Alain Duault et Monique W. Labidoire livrent aujourd’hui leur propre vision. « Etre poète, dit le pre­mier, c’est regar­der le monde avec des mots. C’est être constam­ment sur le qui-vive », car « tout poème est une manière d’affronter nu l’obscurité ques­tion­nante ». Pour son inter­loc­tu­trice, « la poé­sie est par­tie liée avec les valeurs que nous don­nons à notre exis­tence. La vie, la mort, le temps, l’espace, la véri­té, la jus­tice, l’amour, la nature, la dénon­cia­tion des grands maux ».

     Les deux auteurs – poètes eux-mêmes – ont une approche de la poé­sie qui flirte avec les grands thèmes de la phi­lo­so­phie comme le beau et le mal. Alain Duault y revient sou­vent, lui que le « grand public » connaît sur­tout pour ses inter­ven­tions sur la musique à la radio ou à la télé­vi­sion. Monique W.Labidoire, elle, pro­fon­dé­ment mar­quée par l’œuvre de Guillevic, consi­dère que la poé­sie « inter­roge sa propre incer­ti­tude, son incon­nais­sance et ne pré­tend pas obli­ga­toi­re­ment une réponse ». Et de citer ces trois vers du poète bre­ton extraits de Paroi : « Essayer/D’être la question/​Qui s’accepte indemne de réponse ». Plus loin, pre­nant appui sur Les char­niers de Guillevic et fai­sant réfé­rence à Celan, Lévi, Semprun et Desnos, qui ont « vécu l’impensable mais réelle expé­rience des camps », elle peut dire, à leur suite, que « la poé­sie et la vie sont indis­so­ciables de l’espérance, et donc d’une cer­taine beau­té ».

      Alain Duault n’est pas en reste. « La beau­té ne peut nous faire oublier le tra­gique et l’éternel qui se côtoient en nous », affirme-t-il. Avec en écho cette phrase de François Cheng qu’il cite : « Chaque artiste devrait accom­plir la mis­sion assi­gnée par Dante : explo­rer à la fois l’enfer et le para­dis ». Alain Duault et Monique W.Labidoire s’y emploient cha­cun à leur manière dans des poèmes qui ponc­tuent leur livre d’entretien. « La poé­sie doit la véri­té au monde obs­cur c’est/un voyage/d’hiver une pluie sur l’ombre acide et une/​ligne de colère » (Alain Duault)

 Cette libre conver­sa­tion sur la poé­sie répond d’abord, on le voit, à un pro­fond désir d’élucidation du monde. Et à la ques­tion d’Holderlin qui tra­verse au fond ce livre (« Pourquoi des poètes en temps de détresse ? »), il y a cette réponse d’Alain Duault : « Il faut des poètes pour renouer les fils, rabou­ter les câbles, tout ce qui éclaire l’intérieur de nous-mêmes, tout ce qui noue la langue au réel, tout ce qui nous donne des rai­sons d’exister, des rai­sons d’être ».

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