La grande marche de Alain Marc
Ce poème s’est écrit entre autres sous la lecture des textes ou paroles de Milan Kundera, J.J. Cale, Christian Bobin, Peter Handke, Régine Détambel, Alain Bosquet sur Pierre Dalle Nogare, Jean Rousselot sur Jacques Prevel, Jean-Louis Servan-Schreiber, Alberto Giacometti, Enzo Cormann, Gérard D’AbovilleCe poème s’est principalement écrit entre février 1991 et décembre 1992.
Quelques pages ont été ajoutées entre septembre 1994 et octobre 1999 au rythme moyen d’une par année. Une première saisie du texte a été retravaillée en février 2004, une deuxième, en janvier 2005 et une troisième en octobre de la dernière année. Quelques pages ont enfin été ajoutées à la fin de cette même année au nom d’un précepte de l’Evangile de Jean : « C’est l’Esprit […] qui donne la vie, l’homme tout seul ne peut rien faire. Les paroles que je vous ai dites viennent de l’Esprit […] et elles donnent la vie. »
Le tout dans la solitude où le poète reste un homme perdu dans la foule. Son but : « Aider le temps & Donner du temps au Temps » et « comment changer à ce moment LÀ le regard » . Ici l’homme est un être à la recherche de sens ou de raison (logos), devenu le concept charnière d’une « théorie » de l’homme apposé à sa souffrance, le tout à la base d’une réflexion menée sur toute une vie. Pour lui « Le cri, et le sens » sont deux apports, aussi importants qu’ils restent en partie ignorés. Mais de façon totalement inconsciente, ils se trouvent être à la base de toute cette démarche. Certes et pour les êtres , « Accouchés de l’inconscient RIEN / N’est facile » mais il faut trouver des similitudes dévoilées dans une « Naïveté Déconcertée ».
L’auteur sait que la solitude est perçue comme un état indigne, un échec personnel dans cette société où tout est basé sur la réussite ? Il s’agit alors « Vivre dans le vide / Reste à contempler sa nuit » où l‘homme dans la foule subit l’oppression de l’entendement par la loi de la majorité Dans un premier temps l’auteur se plie, à savoir « Faire comme tout le monde ». Mais il est difficile de s’ouvrir aux différences souvent en s’enfermant dans son monde Intérieur.

Alain Marc, Solitude, Le Grand cycle de la vie ou l’odyssée humaine 1, 2025, 15 €.
Dès lors écrit Alain Marc « J’ai mal à l’Autre J’ai mal à mon Enfance » mais il pousse plus loin.. A la suite de ses révoltes secrètes dans les clairières souterraines il devient hussard volontaire et patrouille harassé par tant de marche, corps renversé de fatigue sèment une sueur d’enfant mais comme Lazare il se lève. L’imagination née de l’enfance devient où dans ce texte la magie s’allie à l’ordinaire, où le murmure d’un arbre, l’éclat d’une pierre, le silence d’un sentier révèlent l’invisible. Ces échos dessinent un sanctuaire : celui du lien mystérieux qui unit le présent à nos souvenirs les plus enfouis et à qui nous nous pouvons devenir.
Alain marc veut saisir ce que la matière pense d’elle-même et comment les images éparses et diffuses le regard peut les saisir. Parfois il assigne l’objet à l’indistinction et le destitue de ses attributs. Il les contraint à n’être qu’une extension de lui-même sans périphérie pour le « qui je suis» transforme le « si je suis » de Becktt
De plus le poète d’une certaine manière synthétise les pertes et les éclats du langage qui — dans son vouloir dire — ne cesse de rater sa cible. C’est d’ailleurs ce qui lui permet de se poursuivre. Tout énoncé tente d’explorer le monde mais ne fait-il pas que le tour de l’alphabet en ses chevauchements, ses recommencements, ses mouvements convulsifs ? Toutefois l’auteur rappelle que plutôt que de produire de la pensée, la pensée du texte n’est pas le seuil que l’on croit. Percutant le néant elle le forge. Il faut néanmoins rester sur ce seuil — là où les mots ne font pas ce qu’ils espèrent ‑qui n’en est pas vraiment un. La seule manière de toucher à l’extase du sens est non de s’enfermer dans la clôture du discours mais en celle du monde.
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Grand arrimage de Jacqueline Saint-Jean
Franchir la frontière : voici ce qui touche à notre plaisir, à notre jouissance et, en conséquence, à nos possibilités d’angoisse puisque nos certitudes se voient interpellées par cette traversée. Or le travail de Catherine Saint Jean propose celle du corps et des ses “régions” en un décryptage qui n’a rien de simplement biologique.
Pour elle l’inconscient n’est pas ce qu’en dit Freud, à savoir une peau. Et la poétesse n’a cesse de la transpercer. On peut donc considérer son œuvre comme une opération à corps ouvert jusqu’à ce qu’en gicle plus que le sang mais sa mémoire.
Toutefois la traversée du corps — et c’est pourquoi le titre inclus de mots “régions” — est aussi celle du monde. A travers le premier Jacqueline Sain Jean à ses terres ancestrales ou mythiques afin de comprendre ce qu’il peut représenter et dire. Chaque livre est une entrée dans l’identité et ses abîmes. Jusqu’à retrouver sur le « nom » officiel ceux qui sont enfouis et perdus. Les textes deviennent des passages espérés dans ce qui est tu, caché, recouvert. Jacqueline Saint Jean creuse des présences pour venir à but des désincarnation que souvent la poésie induit.
Après deux de ses livres fascinants (« A fleur d’eau » et à « lumière rase »), Jacqueline Saint-Jean poursuit la quête l’aventure existentielles faite de « mauvais rêves / dans les fonds de sommeil-océan », le corps et l’âme songent encore à leur démesure et désirent « embrasser l’immensité » sous forme de quintiles qui conduisent par ce qu’ils soutiennent.
En jaillit une voix dans sans sa profondeur de sensations, d’émotions, de douleurs, de jouissance, de fulgurations et d’opacités. Reste ici une chance, ou cette possibilité là où la vie avance.
Cette voix féminine se déploie non sans gravité, beauté et majesté là où les quintiles se répondent en écho quel que soit le statut qu’ils explorent. L’auteure écrit le désir le plus profond et le plus large. Elle reste hantée par le démesuré dans la capillarité insidieuse des strophes et leur inexorable énergie.

Jacqueline Saint-Jean, Nous les inachevés, Editions La Feuille de Thé, 2025.
La poétesse, au corps mystique mais habité de chair, prend le taureau du temps par les cornes sortant des pays des légendes et des ténèbres pour revenir sur la terre. Et si « inachevés notre corps de sable d’effrite demeurent « nos doigts noircis désirants / insuffisant face à l’infini ». Mais ils s’agrippent.
Présentation de l’auteur
Présentation de l’auteur
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