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Alain Marc, Poésies non hallucinées

Par | 2018-02-04T17:39:09+00:00 30 septembre 2017|Catégories : Alain Marc, Critiques|

Alain MARC, Poésies non hal­lu­ci­nées

Une pos­ture d’Homme arc-bou­té en équi­libre instable sur le fil de la langue, tel Alain Marc, dont les vers brefs, comme le souffle cou­pé, émaillent un livre de belle fac­ture ponc­tué de des­sins « Anonymes cal­ci­nés de Christian Jaccard ».

En lisant les pre­miers textes de « Poésies non hal­lu­ci­nées », je ne peux ôter de ma mémoire les suf­fo­ca­tions d’Henri Michaux, le cri expul­sé de ces pages limi­naires de Face aux ver­rous. Ce cri, à force d’être para­phra­sé par les tri­tu­ra­tions du texte, émerge, sur­réa­liste et effrayant, mais sal­va­teur, d’un recueil de poèmes déme­su­rés de par la briè­ve­té savam­ment orga­ni­sée du verbe, et grâce au choix d’un lexique qui, pour être simple et usuel, n’en est pas moins l’outil d’une poé­sie épaisse et poi­gnante.

  Fente    
   Cachant      Montrant

   CACHANT ET MONTRANT

   le Dedans
   DU CRI !

   Ce Monde
   Inté
   Rieur
   Ne pou­vant
   Communi
   Quer
   VU
   de l’Exté
   rieur

   QUE PAR LE MINCE
   FILET DU SEXE

 

Alain MARC, Poésies non hallucinées, L’Or du temps, Editions du petit véhicule, Nantes, 2017, 128 pages.

Alain MARC, Poésies non hal­lu­ci­nées, L’Or du temps, Editions du petit véhi­cule, Nantes, 2017, 128 pages.

Le poète convoque l’enfance, la foi­son de sou­ve­nirs dont il inter­roge inces­sam­ment l’exactitude. Son iden­ti­té est ques­tion­née au regard de ces enti­tés tem­po­relles de lui-même consi­dé­rées avec le recul néces­saire à toute remise en ques­tion. Le des­sin de la cou­ver­ture ne dément pas cette omni­pré­sence de l’inconscient, offrant un por­trait dont des hachures ver­ti­cales estompent les trois quarts du visage. Et il ne s’agit pas de plainte, Alain Marc inter­roge le pas­sé, dans une ten­ta­tive abou­tie de renou­vel­le­ment du dis­cours lyrique, en pre­nant à bras le corps les lieux com­muns du genre pour les paro­dier ou en trans­cen­der la por­tée.

J’ETAIS PETIT ENFANT

Il y a quelques ins­tants
         j’avais
SIX ANS
        et j’entendais
une voix
        par­ler au cœur

J’étais des­cen­du
          Tout près de moi
                     trans                 plan­té
                     près de mes peurs

 

                    trans                plan­té
                    près de mes peurs
                      et des pleurs

L’émoi
de l’ancien enfant
sor­tait de mon corps
et pul­sait
le cœur
      je fai­sais un voyage
     dans le temps
     un voyage
     dans mes
     moments…

Un énon­cia­teur qui est tou­jours spec­ta­teur de lui-même, et cri­tique sans conces­sion mais sans api­toie­ment de ses heures d’aveuglement. Il est lié au désir de faire comme si l’oubli de ce regard spé­cu­laire pou­vait per­mettre au poète d’exister. Dialoguant avec son incons­cient, il pousse plus avant cette remise en ques­tion des per­cep­tions et des sou­ve­nirs, mais ne déstruc­ture pas pour autant la langue, ni la syn­taxe qui reste au ser­vice d’une ver­si­fi­ca­tion libre mais usuelle. Il joue magni­fi­que­ment avec l’espace scrip­tu­ral. Des signi­fiants, cou­pés en deux, un peu comme l’homme et son miroir, la mémoire, per­mettent au poète de jouer avec le sens et la pho­no­lo­gie. C’est alors comme ouvrir un mot et per­mettre aux accep­tions de s’en échap­per, à la plu­ra­li­té des poten­tia­li­tés du lexique d’opérer une trans­mu­ta­tion séman­tique. Nous tou­chons là à l’essence même de la poé­sie, une simple syl­labe suf­fit à Alain Marc pour ouvrir les strates séman­tiques du lan­gage.

Une source lim­pide que ce recueil, qui mène le lec­teur vers lui-même, avec humour ou gra­vi­té, mais tou­jours avec une huma­ni­té dont il révèle les contours. Le regard réflexif qu’Alain Marc porte sur lui-même étaie un dis­cours scru­ta­teur et consti­tu­tif d’un por­trait dont émane l’essence de son être, parce que ce regard, loin d’être por­teur de désen­chan­te­ment, devient uni­fi­ca­teur. Les deux der­niers cha­pitres portent des titres qui disent cet abou­tis­se­ment : « Poésies éveillées » et « poé­sies zen ». Les âges dévoi­lés par les rémi­nis­cences et abor­dés par le biais d’une lec­ture qui convoque les repré­sen­ta­tions de l’inconscient sont sou­mis à un exa­men qui démy­thi­fie le sou­ve­nir et per­met d’apercevoir l’essence même de l’être. Mais n’est-ce pas là le rôle, la mis­sion de toute poé­sie. Un verbe dévo­lu à l’éveil, à la consti­tu­tion d’un homme dont le por­trait serait impos­sible parce que figure de toute l’humanité, c’est ce que tente d’ébaucher Alain Marc, et c’est ce che­min dont il montre l’entrée au lec­teur. C’est là l’ultime mis­sion de la poé­sie.

Présentation de l’auteur

Alain Marc

Poète mais aus­si essayiste, l’écriture du cri et la poé­sie publique sont les deux com­po­santes essen­tielles de son écri­ture. Avec deux grands chan­tiers : celui d’un cycle de 14 poèmes de plus de 1275 pages et celui de plus de 4000 notes dis­sé­mi­nées dans dif­fé­rents essais, car­nets et jour­nal. Il effec­tue éga­le­ment des lec­tures publiques dans le pro­lon­ge­ment de ses écrits.

 

Alain Marc

© Photo : Ludovic Leleu

Dernières publications :

  • Bernard Noël, le Monde à vif, le Temps des cerises, 2010
  • Le Monde la vie, édi­tions du Zaporogue, 2010
  • la Souffrance du monde, édi­tions du Zaporogue, 2011

Dernièrement : livres pauvres notam­ment pour la col­lec­tion de Daniel Leuwers avec Aaron Clarke et Max Partezana, planches manuscrites/​​dessins uniques en dépôt à la gale­rie Alain Oudin, livre d’artiste lepo­rel­lo de 10 m de long réa­li­sé en direct avec Joël Leick et par­ti­ci­pa­tion au pre­mier numé­ro des Cahiers Laure.

Sites prin­ci­paux :

http://​alain​mar​ce​cri​ture​.free​.fr

http://​alain​mar​clec​tures​.free​.fr/

 

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Carole Mesrobian

Carole Carcillo Mesrobian est née à Boulogne le 24 février 1966 et vit en région pari­sienne. Professeur de Lettres clas­siques, elle pour­suit des recherches au sein de l’école doc­to­rale de lit­té­ra­ture de l’université Paris Diderot.

Elle publie en 2012 Foulées désul­toires, aux Editions du Cygne, ain­si que des textes inédits dans la revue Le Capital des mots.

A contre Murailles, Les édi­tions du Littéraire, Paris, octobre 2013

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