> Alexis Alvarez Barbosa, Exercices de chute

Alexis Alvarez Barbosa, Exercices de chute

Par |2018-11-12T23:30:21+00:00 14 septembre 2014|Catégories : Critiques|

Exercices de chute est le pre­mier livre de ce poète incon­nu et il est publié dans une col­lec­tion qui se situe "à la croi­sée des genres" qui pri­vi­lé­gie "la diver­si­té des formes, la liber­té de ton et le plai­sir d'oser". Les textes cor­res­pondent à l'éprit de cette col­lec­tion joli­ment appe­lée If comme l'arbre qui sym­bo­lise la vie et la mort et dont la lon­gé­vi­té est extra­or­di­naire. Symbolique qu'on retrouve dans le des­sin de cou­ver­ture de Benjamin Monti qui illustre à sa manière, par­ti­cu­liè­re­ment absurde,  le prin­cipe du levier.

Un rapide coup d'œil sur le conte­nu du livre fait appa­raître trois types de textes : de petits pavés de prose, des poèmes en vers libres comp­tant plus de deux mots et, plus sou­vent, des poèmes (?) aux vers ne comp­tant qu'un ou deux mots… Comme tou­jours ou presque, je suis aga­cé par ces bouts de prose et ces phrases sau­cis­son­nés qui se donnent pour des poèmes : ces piles de mots les uns au-des­sus des autres avec beau­coup de blanc autour, ce serait donc ça la poé­sie ? J'en doute. Je suis plus convain­cu par ce qui res­semble à de vrais poèmes… Même si je suis sen­sible à l'humour absurde qui se dégage de ces pseu­do-poèmes : "la plu­part /​ des morts /​ inter­ro­gés /​ pré­fèrent /​ la mort". Que gagne-t-on à décou­per ain­si en ron­delles ces phrases qui se suf­fisent à elles-mêmes ?

Les proses sont des accu­mu­la­tions de phrases absurdes, ce qui n'est pas pour me déplaire. L'absurdité rési­dant dans la phrase  ("Je ne veux pas tes lèvres de ciment.") ou dans l'articulation ou, plu­tôt, la jux­ta­po­si­tion des phrases ("Je te regarde cou­ver des ovules de déses­poir, de tris­tesse. Moi, je suis sec et trempe mon panier de crabes dans la mer.") Absurdité, gra­tui­té… je ne sais. Ce sont des exer­cices de délire ver­bal. L'éditeur parle de détour­ne­ment du sens des mots, affirme que dans ces proses le lan­gage est ren­du inapte à repré­sen­ter le réel, inef­fi­cace comme véhi­cule de véri­té ou comme affir­ma­tion d'un ego. C'est vrai, mais ce sont là des choses qu'on savait déjà… Ces petits textes démontent donc le lan­gage mine de rien, le dyna­mitent de l'intérieur et nous font entendre autre­ment les beaux par­leurs de la tv, les poli­ti­ciens en vue, les riches qui ne le sont jamais assez, tous ces hypo­crites qu'il ne faut jamais croire…

Le lec­teur a l'impression qu'Alexis Alvarez Barbosa déblaie le ter­rain pour un autre livre. Que j'attends avec curio­si­té

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