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ALFRED BRUYAS

Par |2018-10-19T15:42:13+00:00 5 décembre 2012|Catégories : Blog|

 

Long et pâle visage. Le peintre
a recon­nu celui qui erre par­mi les mots
des mono­logues, les buis­sons secs, hachés de traits
bles­sant ciels et gra­vures. Plume sur le cha­peau. Voyage
à tra­vers siècles et brouillards. Quinte de toux.
Qui donc d’un œil hagard hors des miroirs s’incarne,
se dés­in­carne, et sans réponse. Il croit savoir

qui est le spectre et qui est l’Autre, comme
à la fin de la nuit, dans l’aube humide les pay­sages
recons­truisent leurs jeux et gonflent leurs volumes.
Nez aqui­lin. Les yeux sur­tout, le visage inter­roge. Est-ce
le sombre, le taci­turne, le stra­tège ? Il entend

mar­cher dans la voix, l’eau cla­pote au milieu d’un rêve.
Puis une nuit, est-ce un théâtre ? son gilet vert.
Un Danemark de neiges, de sang, de soli­loques. Devant lui,
l’homme assis le regarde. Parfois aus­si,
l’espace d’un ins­tant nous voyons, croyons voir
ce double périlleux qui nous hante.
Craignant au moment du som­meil qu’il ne verse
le poi­son doux des mots à notre oreille.

Ses mains fines et longues. Pour tenir un cigare.
Je songe à Mallarmé. Maintenant je regarde
à mon tour, assis dans un coin d’atelier. Les jours
se sont enfuis. L’hiver
sème ses confet­tis moins sur la ville
que sur nos vies par les hautes ver­rières,
plus une étoile, hiver sec et voix blanche,
trot­toirs blancs. Que suis-je donc sous le nuage épais,
que sais-je ? que vaut notre savoir ? de la bouilloire
alors s’élève, près de la table
par­mi tant de pin­ceaux, un sif­fle­ment moqueur.

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