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AMOUR DÉPRIS

Par |2018-12-14T11:14:32+00:00 24 janvier 2014|Catégories : Blog|

 

Si je te fuis,
Tu viens à moi.
Si je me perds,
Toi, je te trouve
Eckhart

 

damour las­sée
deve­nue sau­vage
j’avais quit­té
toute dif­fé­rence
je résis­tais en moi seule
ment ne vou­lais plus
me lier à quelque
mode d’être j’étais
libre sus­pen­due à
rien qui vogue
dans mes yeux ren­due
à moi sans
parole ni trouble
dans la paix mes sens
avaient dis­pa­ru à peine
le sou­ve­nir m’en venait
mon cœur était sor­ti dans
moi-même
            *

en toi né
quand tu
appa­rus j’ai
com­men­cé sans
ton regard
la terre était
morte je ne savais
pas avant
que tu lances
sur moi la lumière
de ton regard et encore
tu me voyais avant
à ton insu
que je te voie

flo­rai­son comme
la feuille incon­ce­va­ble­ment
trans­muée
en pétale
mais il n’a pas
suf­fi

que je naisse
en toi a levé
la fureur d’un
désir tel qu’il
fal­lait que tu
naisses en moi
je ne pou­vais
res­ter ta créa­ture
sans te créer

je dési­rais
te faire
celle qui m’avait
fait à ton insu
que tu sois celle
que tu étais
        *

quand je t’ai
vu tu es né
en moi quand tu fus
en moi j’ai vou­lu
naître en toi
que tu m’inventes
            *

 

Tu me regardes dans
cette lumière je
me vois nou­veau
dans ton amour je
suis tel que tu
me vois accep­tant
ton regard je deviens
mon autre
       *

 

en-deçà de notre
ren­contre au-delà
de ton regard
sur le mien en dedans
de ma peau
sur la tienne au-des­sus
de mots de l’un
à l’autre cares­sés
le com­men­ce­ment nous
porte
              *

 

chaque fois désert
jamais la voix
n’y est allée
per­sonne ne sait
en toi si haut pro­fond
proche à venir
jamais pré­sent
          *

 

à la ren­contre au-delà
du corps est
la voix lieu
sans lieu au com­men­ce­ment

des com­men­ce­ments
cher­cher la nais­sance
dans la voix de la nuit
du corps
             *

la dou­ceur a suf­fi
m’a tiré hors
de moi-même comme un accord
de par­fums autour
de toi

et toutes tes odeurs
devinrent des plus sales
aux raf­fi­nées
par­fum m’emplissant
de toi aspi­ra­tion
après aspi­ra­tion m’approchant
de l’infini
de ton odeur
et je la res­pi­re­rais toute
que je serais
dans ton être
         *

ce lieu gra­vide
immo­bile ton
che­min à la nuit
m’entraîne sans limite
je m’étends
         *

 

fais de moi
comme tu veux
entre et sors
puise en moi
où je ne sais
au vide en moi

si je te fuis
viens à moi
perds-moi en moi
que je te trouve
         *

 
          

l’amour appelle
un autre amour
au cœur j’ouvre
le fleuve

nous qui avions
vou­lu
prendre l’autre en
amour nous voi­là
dépor­tés

       *  

de nous le fleuve
du feu aux deux
com­mun le sexe
coule insé­pa­rable
la voix où
      *

 

du troi­sième la bouche
au fond sans fond
en toi s’ouvrant
nous allons au mer­veilleux
jaillis­se­ment
retour­nés nous sommes
immo­biles
au com­men­ce­ment
           *

 

de nous deux
naît
un troi­sième
d’amour le feu
en un nous fond
           *

de nos corps la boucle
ter­rible autour
règne sans fond
per­dus sans forme ni lieu
l’anneau mer­veilleux
nous jaillis­sons sans
source
           *

 

 

Avant je ne vou­lais rien
car je ne dési­rais rien
d’autre que moi
j’étais pour moi
heu­reux d’être
ce que j’étais
en moi je me suf­fi­sais

mais lorsque je te ren­con­trai
je déci­dai de sor­tir de moi
alors je ne me suf­fis plus
je fus pour toi
et je dési­rais
que tu fus pour moi
que tu ne te suf­fises plus
je vou­lais que tu tombes dans mon regard
que tu n’existes pas sans moi
comme je n’existais plus sans toi
t’aimant
je vou­lais ta mort en moi

or si je te veux
je ne peux pas t’avoir
car si je veux que tu existes en moi
alors tu n’es pas

pour que tu sois en moi
il faut que tu sois
pour que tu sois il faut
que je ne te veuille pas
que je sacri­fie
mon désir de toi
alors je te perds
sans me suf­fire

et je te trouve
si tu le veux

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