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Anamnésie propitiatoire

Par |2018-08-19T00:42:26+00:00 19 octobre 2012|Catégories : Blog|

 

In extre­mis dans le Neuf cube
Ce n’est pas que le 93 ni le neuf trois : c’est le neuf cube
En piles de cubes pas si neufs
Dressés
Garçon debout dans le refus de te faire dres­ser
Exhalant le Vicks Vaporub
Tu te rues vers quoi te réfé­rer
Intra muros
Neuf au car­ré
Jamais en odeur de sain­te­té
Ni en guerre contre les Gaulois
Ni contre quelque qui­dam que ce soit
La haine contre per­sonne pour­tant
C’est la guerre à finir toutes les guerres
Dans un bain de sang
Gnomes ver­sus nains
La guerre à finir toutes les guerres
Résonne sous ton capu­chon
À tes oreilles la chan­son
Fatale « Police-menottes-pri­son »
La charge
Parmi les effluves incen­diaires
Tandis que d’aucuns prêchent rai­son
En uto­pie du Black-blanc-beur
Du dedans vécue comme un leurre
S’il faut remon­ter aux Croisades
Y a-t-il une vie après le périf ?
Fût-ce une gageure que tu kiffes
Tu n’as plus pour nom pro­lé­taire
Comme tes parents en galère.
Nul ne t’appelle contes­ta­taire
Comme ceux de Mai 68 naguère
Hors du contrôle des grands frères
Tu peux faire sans.
Le Neuf au car­ré s’encanaille
Quoi que tu fasses, taxé de racaille
Où que tu ailles, pris en tenaille
« Où qu'il aille un nègre demeure un nègre »
dixit en son temps Fanon.
Tu as envie d’apprendre à dire non.

Chabin de toute façon tu es mal.
Pour faire « négro » tu as le teint trop pâle
Il n’y a que ta carte qui fasse sefran
Pour le reste ni assez dark ni assez blanc
Tu as plus l’air magh­ré­bin que noir
Tu n’as jamais la bonne cou­leur
Pour ton mal­heur
Te voi­là estam­pillé canaille
Arabe ou beur
Plus tu es de cou­leur
Moins tu es visible
À chaque contrôle on te tutoie
Te traite comme un chien, te rudoie
Dès que tu vois baby­lone, tu cours
Tu as une trop bonne tête à bavure
Nul besoin de prou­ver ta bra­voure
Gare, si tu ralen­tis l’allure
Éperdu, hagard, tu per­cutes
Pour toi, plus dure sera la chute
Pour peu que tu te trouves au pied du mur
Si tu sautes, tu t’électrocutes
Sauve qui peut, c’est une his­toire
Qui peut se ter­mi­ner à coups de pied
Sous l’objectif, fur­tif voyeur
Très sub­jec­ti­ve­ment mateur
D’une vidéo ama­teur.
Un gigan­tesque pour­ris­soir
Qui dégé­nère en bour­bier,
Abracadabrantesque mou­roir
Qui risque de finir en char­nier
C’est la guerre à finir toutes les guerres
Dans un bain de sang
La guerre à inter­dire le rap
Prends garde que l’on ne t’attrape

Fille, antan, on t’a can­ton­née
Derrière un métier à tis­ser,
De nuits de veille en nui­tées
D’ores et déjà, il va te fal­loir veiller
Au métier à métis­ser
Dans la guerre à finir toutes les guerres
N’importe com­ment.
Hors des cités de mau­di­tion
Hors des barres de per­di­tion
Métissage et mar­ron­nage
S’érigent
Émergent
Les deux mamelles de l’enfance
Métissage, moderne mar­ron­nage
Seule mam­mo­plas­tie de l’En-France
Exutoire
Fort
Propitiatoire.
Fille, à force tu te dévoi­le­ras
Dès lors, ce vingt-et-unième siècle sera fémi­nin ou ne sera pas.

 

 

Port Royal, novembre 2005

 

© Suzanne Dracius 2011
Exquise déré­lic­tion métisse, éd. Desnel (Prix Fetkann Poésie)

 

 

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