> ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE CELAN

ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE CELAN

Par | 2018-05-21T01:34:03+00:00 2 février 2013|Catégories : Blog|

 

Au bout du compte, on se fatigue de tout, des livres et des poèmes, des dis­cours et des lettres, de l’indifférence de ceux dont on s’attendait à un accueil fra­ter­nel, de l’ostracisme dans un pays qui pro­duit des mil­liers de grands poètes, où chaque infime pen­sée est sor­tie de l’inspiration des poètes, où l’on te rejette comme un corps malade, étran­ger dans un corps sain, au bout du compte, ils l’emportent sur tout rai­son­ne­ment, sur toute ques­tion de goût, ces éter­nels pres­crip­teurs de goût et d’habitude, car ils sont, tout sim­ple­ment, trop nom­breux et se régé­nèrent comme les vers de terre et la véné­neuse ver­mine, remuant la terre de tous côtés, d’un com­mun accord avec les bour­reaux et les taupes.

Aujourd’hui cette foule com­mé­more le sou­ve­nir d’un poète déses­pé­ré­ment seul, de son temps reje­té par une foule sem­blable et contraint de cher­cher asile et salut dans la Seine obs­cure, car, comme un autre soli­taire l’écrivait, affir­mant que tous com­po­se­raient des poèmes, aujourd’hui ceux-ci l’emportent sur les voix esseu­lées,

Que dire à pro­pos de tout ça, c’est une vieille his­toire, aus­si vieille que la Genèse, ils ont reje­té tes poèmes sans les avoir lus comme ils ont reje­té les dési­rs et pen­sées de tes proches sans les avoir écou­tés, leur impo­sant avec orgueil leur arme­ment et leur pen­sée, en vigueur dans toute cette Europe pour­rie, pri­vée de tout cou­rage et de toute com­pas­sion, ils ont déchi­ré tes pen­sées et d’un coup de cou­teau du bon­heur ont fen­du ton esprit en deux mor­ceaux, entre l’Est et l’Ouest, ils ont tra­hi ton espoir, ils ont mit en place le chan­ter à l’unisson et le mar­ché, là où le mar­ché n’a pas rai­son d’être car la poé­sie n’est ni pour le cirque ni pour la foire.

On en vien­drait à pleu­rer sur leur lan­gage incom­pré­hen­sible, sur leurs pen­sées inache­vées aux idées inter­rom­pues en pleine effer­ves­cence, sans aucun centre de gra­vi­té dans l’esprit, on en vien­drait à hur­ler un muet aver­tis­se­ment aux cieux, une révolte au cœur du lan­gage, on en vien­drait à dire : assez de cette pra­tique des indul­gences !
Le crime dont tu parles ne sera par­don­né à per­sonne, Celan, ce crime, qui aujourd’hui encore, sur d’autres, se répète.

St. Hilaire de Villefranche, le 15. Septembre 1995.

 

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