> Anthologie : 20 poètes grecs contemporains

Anthologie : 20 poètes grecs contemporains

Par |2018-08-15T01:35:21+00:00 29 septembre 2013|Catégories : Critiques|

Par ses choix et ses tra­duc­tions, Marie-Laure Coulmin Koutsaftis, sou­te­nue par les édi­tions Le Temps des Cerises et ici édi­tée par la Biennale Internationale des Poètes en Val-de-Marne, et donc de l’éditeur poète Francis Combes, offre une pre­mière somme à ses lec­teurs. « Première », car la maî­tresse d’œuvre de l’ouvrage annonce la venue pro­chaine d’un deuxième volume afin de com­bler les « lacunes » de celui-ci, et aus­si d’intégrer des poètes plus jeunes. Cette paru­tion vient com­plé­ter ce qu’il est déjà pos­sible de lire en fran­çais concer­nant la poé­sie grecque contem­po­raine, un com­plé­ment qui est le fruit de l’enthousiasme enga­gé de Coulmin. Elle com­mence d’ailleurs sa pré­sen­ta­tion ain­si : « Publier une antho­lo­gie bilingue de poé­sie grecque, en ces temps dra­ma­tiques pour le pays, repré­sente un acte de sou­tien et de soli­da­ri­té, une manière d’affirmer que la voix des artistes grecs ne va pas se perdre dans le fracs des ruines ; c’est faire reten­tir cette langue dans la nuit euro­péenne qui s’abat, pour contri­buer à ali­men­ter le feu et attendre l’aube, oui, l’aurore aux doigts de rose [Homère], notre aube des len­de­mains qui chantent ». Un enthou­siasme com­mu­ni­ca­tif en ces temps sombres – pour la Grèce comme pour l’Europe. Et une paru­tion qui est bien sûr un encou­ra­ge­ment (qui en dou­te­rait du côté du Temps des Cerises ?) à la fois à lire les poètes grecs contem­po­rains et à faire acte de soli­da­ri­té envers un pays meur­tri, pas n’importe quel pays, la Grèce. L’aube de notre civi­li­sa­tion, par nombre d’aspects dit-on. C’est pour­quoi (au moins l’une des rai­sons) les mili­tants de droite dure qui font des actes de vio­lence en Grèce le font sous le nom d’ « aube dorée », et c’est aus­si pour­quoi l’on n’insistera pas plus ici sur les réfé­rences à « l’aube », sinon pour dire qu’apparemment la maî­tresse d’œuvre de cette aven­ture poé­tique ne pense pas à ce grou­pus­cule (avec dépu­tés) en lan­çant un appel à « notre aube des len­de­mains qui chantent ». Coulmin y pense sans doute d’autant moins que ladite pré­sen­ta­tion cite les poètes grecs qui, au siècle pas­sé, ont obte­nu le Nobel de lit­té­ra­ture et… le prix Lénine. Disons le tout net, nous avions per­du l’habitude de voir citer ce prix Lénine comme réfé­rence lit­té­raire, le Temps des Cerises a ce petit côté vin­tage que l’on aime bien (ou pas). Cela me rap­pelle ma prime jeu­nesse, dans la ban­lieue rouge, éga­rée entre Pif gad­get, Rahan et la liber­té sexuelle (pour les mâles domi­nants du moins).

L’immense majo­ri­té des poètes ici pré­sen­tés (18 sur 20) sont nés avant 1960. Ils sont pour la plu­part ins­crits dans la tra­di­tion ou lignée poli­tique dont on se reven­dique du côté du Temps des Cerises et du Val-de-Marne. Ceci n’est pas une cri­tique, une antho­lo­gie étant par nature et essence (car la nature et l’essence de quelque chose, cela existe) choi­sie. Ce n’est pas ce qui importe, non, ce qui compte vrai­ment c’est la force de l’atelier pré­sen­té, et de ce point de vue le lec­teur de cette antho­lo­gie ne sera pas déçu, bien au contraire ! Il y fera de belles retrou­vailles (Thanassis Hatzopoulos par exemple, dont un récent recueil a paru chez Cheyne) ou décou­vertes, comme, dès les pre­mières pages, Titos Patrikios ou Yiorgos Skouroyiannis. En réa­li­té, beau­coup de très belles choses dans cette antho­lo­gie : les longs poèmes de Katerina Anghelaki Rooke, la force de ceux de Michalis Ghanas, l’ode à la liber­té – sous le regard d’Eluard – de Leftéris Poulios, les visions d’Anastassis Vistonitis ou encore l’humour phi­lo­sophe d’Andonis Fostieris… Mais Ce que signi­fient les Ithaques dépasse ample­ment le fait de citer quelques noms de poètes, c’est dans l’ensemble une antho­lo­gie forte et d’une cer­taine manière cohé­rente. Une antho­lo­gie à lire, très cer­tai­ne­ment.

 

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