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Armes et bagages

Par | 2018-02-24T08:57:52+00:00 7 décembre 2015|Catégories : Blog|

 

J’ai appris… J’ai appris à lire :
Historiettes pour mar­mots,
Vie du Rail, Almanach Vermot,
Pindare, Cros, toute la lyre…
Goûterai-je tous les délires ?
Les idées germent dans les mots.

 

J’aurai tout appris sur les grèves,
Sur le bitume, sur le tas,
Dans le sombre d’un gale­tas,
Sur les planches, de rêve en rêve,
A mes moments per­dus… Je crève
Seul.  Lou sou­lèu me fai can­ta.

 

J’aurai tout appris dans les livres,
J’aurai tout appris dans les lits,
Appris l’attente, appris l’oubli,
Appris l’aimer, appris le vivre,
Appris le mou­rir. Je me livre.
Je ne crains pas les hal­la­lis.

 

Je ne regrette pas de m’être
Complu dans les marges, sali,
Dépouillé. A mon éta­bli,
Je polis mes proses, mes mètres.
Je vous défie de me sou­mettre,
De me mettre au pas et au pli.

 

J’attends mon tram, mon tra­me­verre.
Pour attendre, je ne perds rien.
Je rime comme un galé­rien.
J’ai pris mon tram -chan­tiers, cal­vaires,
Montjoies, mâts, bûchers, tours de verre…
Je tra­verse un chant gré­go­rien.

 

Qu’apprends-je encore de l’orange
D’Eluard, du tra­vail au noir
De Soulages, de l’urinoir
De Duchamp ? Qu’apprends-je, qu’apprends-je
De l’éphémère, de l’étrange,
De la palette de Renoir ?

 

Qu’ai-je appris des vers de Verlaine,
Appris des pin­ceaux de Vermeer,
Appris des pou­pées de Bellmer,
Appris des cor­ne­muses pleines,
Des bas de soie, des bas de laine,
Appris des pia­nos de la mer ?

 

Qu’aurai-je appris des chants d’Homère,
Appris des vio­lons d’Arman,
Appris des fleuves, des romans,
Appris de mes vieilles chi­mères,
Appris des sol­dats de Gromaire,
Du tou­tim et du four­ni­ment ?

 

J’ai tout appris vaille que vaille,
Les a b c, les rudi­ments,
Tous les pour­quoi, tous les com­ment.
La moindre chose me tra­vaille :
Les machins, les trucs, les trou­vailles,
Les machines, les ins­tru­ments… 

 

Apprendre, apprendre… Apprendre ! Apprendre,
Epreuves, preuves à l’appui ?
Apprendre et puis… Et puis, et puis
Quoi ? Merde, où devais-je me rendre ?
J’avais un auto­bus à prendre !
Mais que fais-je au fond de ce puits ?