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AU BOUT DU PETIT MATIN

Par | 2018-02-18T08:07:07+00:00 9 décembre 2012|Catégories : Blog|

 

le matin froid offre sous les pas
une page vierge    prête à écrire
du vélin pur    né de la nuit
s’offre à des mots en espoir d’assemblage

nour­ris d’une froi­dure
pro­pice à la vigueur des sens
ils sourdent au rythme du gel
lent autant que celui d’une milon­ga

cette mince couche d’utopie
dis­si­mule le monde réel
a pre­mière vue on y pour­rait vivre heu­reux
comme ces gens qui tiennent le haut du pavé

sous leur talon de fer
la neige enferme des blocs de mots durs

les lève-tôt     tous ano­nymes  
ont ins­crit leur signa­ture dans la neige fraîche
leurs pieds allant de pair 
tracent des rimes en rythme égal
semailles d’hiver pour un brillant ger­mi­nal

alors que le jour est encore à poindre
le poète com­mence son dur labeur
aux com­mandes de son trac­to­pelle
il ramasse les vers épars
indif­fé­rem­ment
moût à ver­ser
dans l’alambic de son esprit fron­deur

au bout du petit matin
il griffe la couche de lin frais
y traque l’ordure
détecte la graine en deve­nir

le long che­mi­ne­ment com­mence
pour extraire du misé­rable
le sublime
rendre l’infâme acces­sible à l’esprit
sans sou­ci du quand-rime­ra-t-on

il dévoi­le­ra les germes de révolte
larme gelée d’un mort de froid
goutte de par­fum d’émois dans un lit tiède
perle de sueur froide d’un nan­ti
pen­sant à son au-delà
la vile­nie sous le satin d’une élé­gante

des bour­geons du poète
écla­te­ront des fleurs de garance
que cueille­ront les humbles
pour en faire leur cocarde
et mar­cher sur les inta­ris­sables regains
de nou­velles bas­tilles

ain­si naît le poème recueilli dans la rue
si par une nuit d’hiver un voya­geur …
il sau­ra que le temps est un leurre
fait de mémoires rabou­tées
oublis inlas­sa­ble­ment recons­truits
par les ouvriers des mots publics

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