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AU CŒUR DE LA ROYA (extraits)

Par | 2018-02-23T15:34:03+00:00 25 août 2013|Catégories : Blog|

 

Dans un couvent fran­cis­cain déser­té, qui abrite une cin­quan­taine de fresques, au vil­lage de Saorge, dans l’ancien com­té de Nice

 

Empruntant le sen­tier du Père Mathias
On grimpe jusqu’au couvent déser­té
En bas les vil­la­geois entendent encore
Chanter les robes brunes dans les rou­cailles et les ruelles

L’église et le cloître sont gais comme des enfants
Partout des mains
Des mains offertes des mains ouvertes
Sculptées en chêne et en noyer
Peintes sur les fresques déla­vées
Qui reçoivent les stig­mates de François

Et notre peau au creux des mains four­mille
Devant ces stig­mates que l’on voit
Et ceux qu’on ne voit pas
Qui ne se savent pas
Dans l’anonymat des villes

***

Les grandes fresques aux membres dis­joints
Parcourent l’invisible de notre mémoire

L’un a per­du le visage
L’autre la main
Il ne reste qu’une courbe de che­ve­lure
Un ovale indis­tinct
Qui s’enfuit dans la nuit
Comme nous, décom­po­sé

***

Nous sommes sem­blables aux lam­beaux de fresque
En l’absence de la main qui ras­semble
Vie dés­unie
Mort incer­taine
Les fresques perdent par­fois leurs motifs
Mais le sang de la terre chauffe les ocres à vif
Un car­ré rouge brique
Vieil or ou vert tendre
Au jour nou­veau de la vie
Avant le caveau de terre brune

***

La mon­tagne entre au couvent
Visiteuse fidèle
Et se couche à nos pieds
Comme une louve esseu­lée

***

La cloche sonne au vil­lage

ce n’est pas le bat­te­ment d’aile qui se perd dans le vent
ce n’est pas le poids caden­cé de l’horloge du clo­cher
c’est la main de l’homme qui conduit la cloche
on dirait qu’il la retient

la cloche sonne long
la cloche sonne triste
des petits coups dis­crets
des­cendent en terre
des petits coups plain­tifs
régu­liers
puis le silence

On entend seule­ment l’eau qui court sur la pierre
et la fon­taine qui ruis­selle

***

Minuscules sous la voûte
De l’ancienne église des Pénitents noirs
Les veuves du vil­lage
Recousent leurs sou­ve­nirs
Dans l’atelier des pou­pées et des san­tons

Dans le geste le chas de l’aiguille le dé
Dans le jupon blanc ajus­té à la pou­pée de cire
Dans le col noir redres­sé du man­teau de ber­ger
Le vil­lage s’anime

Et l’on se prend à rêver que tout s’endorme
Par un sort jeté
Et qu’on se réveille avant la guerre
Quand les filles cou­saient les robes pour plaire à leur futur mari
Ou dan­saient en jupons sur les chan­sons en dia­lecte pié­mon­tais.