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au-dessus des landes

Par |2018-08-15T17:27:30+00:00 21 avril 2014|Catégories : Blog|

 

au-des­sus des landes un bruit d’insectes emplit
l’étendue du ciel/​ l’espace même est en transe.
la fumée tiède obnu­bile la face hal­lu­ci­nante
égra­ti­gnée et élé­giaque et floue de l’huile
bouillante et du sucre, les souches tran­chées sur
le tobog­gan filent en leur aspect déca­dent ; plus
loin, une femme ber­çant dans ses bras une enfant
sourde et aveugle ; plus loin encore, sous les
poteaux élec­triques, d’autres sil­houettes
stig­ma­ti­sées par la chair des soleils rouges ; 
sang et or au sein d’une zone fon­due, et quel
spec­tacle que ce visage apporte un rire de
conni­vence, qu’il me sou­rie d’un regard         
embué et morne entre l’olive et la rose ; lui, 
nar­co­ti­que­ment demeure, tran­si, dans sa cel­lule
noc­turne, enfer­mé. il y a une confiance se
sachant tra­hie aux retom­bées acca­blantes, c’est
l’amitié que l’homme a pour lui-même, sachant
qu’il mour­ra, qu’il pour­ra s’enivrer de mou­rir ;
dès lors que c’est une bles­sure qui m’appartient ;
et depuis, et depuis, il n’y avait plus d’amour.
et les grandes cathé­drales, c’est là que
com­mence la nou­velle pré­his­toire, dans le noir, 
et avec tous ces fais­ceaux de rails, et dans la
dépres­sion des ter­rains, autour des palis­sades, 
autour des bal­cons cica­tri­sés main­te­nant, après
tant de pro­jec­tions, des bandes sinis­tre­ment
défi­laient, par du buis et par des baies
dor­mi­tives ; des char­pentes infes­tées, brû­lées       
et inci­né­rées avec de la cendre de car­bone ; des
mégots col­lés aux lèvres des gars, assis au salon,
  ils fumaient à petites bouf­fées ner­veuses, puis,
tenaient leur ciga­rette en ten­dant élé­gam­ment
quatre doigts.

 

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