> Autrefois le feu

Autrefois le feu

Par |2018-08-14T08:45:26+00:00 22 juillet 2012|Catégories : Blog|

 

Autrefois le feu
  sur la pierre-autel libé­rait la peau des tam­bours
  de leurs rides sèches
et bri­sait la danse l’osier des reins la soû­le­rie
  aujourd’hui la race
regarde la mer retourne la pierre sans le savoir
  et le sable boit
le reste du feu se brisent les der­nières amarres
  l’île est inves­tie
un sort ano­nyme guette sûr les der­niers dan­seurs
  un arbre de plus
rouge flam­boyant rouge cou­leur du nou­vel an
  attend le cyclone
comme j’attends la mort après la houle car­di­nale
  cette plaine bou­geuse
gar­dienne du sang entre les sai­sons apo­cryphes
  un arbre de moins
fati­gué de vent de février le meur­trier
  de mars le com­plice
un temps de furie le seul qui ne soit pas solaire
car on dit soleil sans savoir son poids de ten­dresse

au pays des nais­sances il veille sur les tau­dis
sur le châ­teau de pierre sur les toits can­ne­lés
son fami­lier voyage est un signe de chance
une bête nour­ri­cière dont on ne sait pour­quoi
elle rampe dans le pain tra­verse l’épiderme
comme un cri non cou­pable seul soleil du soleil
cou­leur de la can­nelle de l’écorce cou­leur
dou­leur de la racine de noc­turne dou­leur
poivre et pous­sière de pierre cou­leur de n’importe où
dou­leur de la dis­pute trop de sangs s’interpellent
la peau la peau la peau les tro­piques se réveillent
aveugle dans la ville témoin aux jeux de braise
le soleil inno­cent exige la part du cœur
ren­dez-moi ma cou­ronne ma rai­son pre­mière
mon royaume métis com­mence au point du jour
et ses orfè­vre­ries hantent les fonds de chair
je pro­phé­tise le sang mêlé comme une langue de feu

 

[ce poème a paru dans Les manèges de la mer, Présence Africaine, 1964]
 

X