> Aventures de l’œil déserteur de lumières

Aventures de l’œil déserteur de lumières

Par |2018-10-16T08:42:19+00:00 2 janvier 2017|Catégories : Blog|

 

(extraits)

 

 

Le pignon dres­sé dans le ciel va s’écrouler un jour dans l’herbe sans faire de mys­tère. Petit à petit le vide gri­gnote les pierres. Le vide blan­chit sans que per­sonne n’en soit sûr. Et la pous­sière des pierres s’éparpille comme des os noirs lorsqu’ils menacent les pas des hommes. En atten­dant une barre de fer pour dan­seuse sui­ci­daire les soude d’un seul trait. Il est temps de se sou­ve­nir que le lierre n’a pas tou­jours rai­son et qu’être funam­bule en des­sous masque les ver­tus du confort. Personne ne sait d’ailleurs de quel côté le ciel démarre.

 

***

 

Les che­mins de la cam­pagne abou­tissent trop vite à cette fente où coule la source syno­nyme de vie à brève échéance. La preuve est qu’à l’extérieur sub­sistent des pierres à contem­pler dans leur déso­la­tion. Le lierre y arrache un peu de vie à la nature comme il arrache des mor­ceaux de craie par des­sus la source trop étroite pour que le jour puisse y être décou­vert.

 

***

 

Le ver­tige tombe à l’intérieur d’une fenêtre cou­pée par du lierre grim­pant à sa source. Comment un corps à l’entrée d’un autre sou­ter­rain  peut-il s’en sor­tir ? Mieux vau­drait battre le linge à sa ter­rasse. A cette pro­fon­deur toutes les tra­jec­toires ne cessent de se contre­dire. Il n’y a plus jamais de prin­temps dans ces ruines assem­blées en toiles impré­cises. Peut-être la fenêtre attend-elle que des ruines blanches la bouchent un jour que le bar­rage de la source aura sau­té.

 

***

 

Le che­min qui des­cend a un par­fum de reli­gion à faire peur aux enfants. Cette odeur de buis en tour­nant autour des ruines se révèle insup­por­table. Les arbres accu­mulent de l’ombre sur un point du mal­heur enfoui. Personne ne sait jamais où. Par néces­si­té toutes les branches se réfu­gient contre les murs qu’elles griffent comme des bou­gies vacillantes. Il fau­drait deve­nir un géant pour com­prendre ce monde à moi­tié enter­ré qui meurt chaque jour sans nulle com­pa­rai­son.

 

***

 

Les trous à l’intérieur des murs sont des meur­trières qui n’attendent que la chute des pierres. Dans cet ensemble de pers­pec­tives mou­rantes il fait tou­jours nuit. Le visage implore et glisse sur les parois de moins en moins glabres. Le grain de la pierre à suivre est ren­du brillant par le gel. Il sait se dur­cir au point de cou­per les doigts de l’esprit qui veut s’élever en fai­sant des cau­che­mars en plein après-midi. Et ce monde se com­pose de mouches para­ly­sées dans les inter­stices par des signaux qui ne bougent plus qu’une fois les corps pré­ci­pi­tés à terre.

 

***

 

Sur le ciel tapis­sé de feuilles entre ces quatre murs ouverts l’air ne cir­cule que s’il est froid. Et en bout de course demeure une impres­sion de volume fait âme. Il serait facile d’en res­ter là puisque per­sonne ne sur­veille le lent tra­vail de la mort. Partir pour le ciel debout néces­si­te­rait un peu de calme à la der­nière main enfouie dans l’ombre. Déjà les portes du para­dis s’entrebâillent avec un regard fuyant lorsque l’essentiel est de vivre dans le bruit.

 

***

 

La vie échoue dans un trou de ver­dure noir où la nuit ne res­pire pas au dehors. Tandis que les arbres passent der­rière les enca­dre­ments de silence des portes les ser­pents de bois se pétri­fient en hiver faute de pou­voir s’élever entre les murs. Le brouillard des cœurs monte len­te­ment entre les tom­beaux vides après que soient remués les débris des poutres. Comment trou­ver l’équilibre au milieu des décombres qui pour­rissent moins vite que les corps ?

 

***

 

Les fenêtres sont tom­bées avec la lumière entre quatre murs dépour­vus de trans­pa­rence. Des fan­tômes ont dû se rele­ver pour les mettre à bas. Au pas­sage ils ont enle­vé la lumière sans allu­mer de feu. Et main­te­nant le corps passe à tra­vers les mon­tants engon­cés d’orties. Il coule en appa­rence dans cette eau tein­tée de brou de noix. A l’intérieur le voi­ci pri­son­nier d’une gangue retar­dant tou­jours la route. Ses pas avancent mas­qués comme s’ils appar­te­naient à un cri­mi­nel qui aurait per­du son visage à force de le frot­ter contre des miroirs obs­curs.

 

***

 

Le corps ne bouge plus. Tapissé de paille ver­dâtre il songe à réveiller l’absolu. Mais il fau­drait pour cela des prières à dor­mir debout avec de la mau­vaise lumière dans les yeux. Si la paille sent le refer­mé d’innombrables fleurs sont à écar­ter comme les minutes d’une vie végé­ta­tive. Le visage n’absorbe pas ses paillettes mais demande juste des preuves que la place qu’il occupe peut tou­jours s’évanouir. Par contre l’odeur de vomi se réfu­gie dans la terre de cru­ci­fiés ano­nymes. Contre leurs bois rampent dans cette mai­son des bêtes à bon dieu.

 

***

 

L’enfer semble s’être dépla­cé sur la terre. Là-bas l’eau noire dis­pa­raît avec sa source à dis­tance en signe de res­pect pour un déluge incon­sis­tant et il n’y a même plus d’eau dans la mai­son aux gale­ries cer­clées de briques. L’hiver est deve­nu un désert aux allées sourdes. C’est à peine si les robi­nets coulent des murs inin­ter­rom­pus. Les pierres ont mou­lé les visages de tra­vailleurs pétri­fiés. Prendre congé de ces lieux revient à lais­ser traî­ner son âme loin de la fête laïque. Personne n’a par­lé d’être robot. Personne n’a par­lé. La soif reprend vite quand la tête dépasse l’ombre du corps allon­gé.

 

 

Aventures de l’œil déserteur de lumières

Par |2018-10-16T08:42:19+00:00 20 décembre 2016|Catégories : Blog|

(extraits)

 

 

 

Le pignon dres­sé dans le ciel va s’écrouler un jour dans l’herbe sans faire de mys­tère. Petit à petit le vide gri­gnote les pierres. Le vide blan­chit sans que per­sonne n’en soit sûr. Et la pous­sière des pierres s’éparpille comme des os noirs lorsqu’ils menacent les pas des hommes. En atten­dant une barre de fer pour dan­seuse sui­ci­daire les soude d’un seul trait. Il est temps de se sou­ve­nir que le lierre n’a pas tou­jours rai­son et qu’être funam­bule en des­sous masque les ver­tus du confort. Personne ne sait d’ailleurs de quel côté le ciel démarre.

 

 

 

***

 

 

 

Les che­mins de la cam­pagne abou­tissent trop vite à cette fente où coule la source syno­nyme de vie à brève échéance. La preuve est qu’à l’extérieur sub­sistent des pierres à contem­pler dans leur déso­la­tion. Le lierre y arrache un peu de vie à la nature comme il arrache des mor­ceaux de craie par des­sus la source trop étroite pour que le jour puisse y être décou­vert.

 

 

 

***

 

 

 

Le ver­tige tombe à l’intérieur d’une fenêtre cou­pée par du lierre grim­pant à sa source. Comment un corps à l’entrée d’un autre sou­ter­rain  peut-il s’en sor­tir ? Mieux vau­drait battre le linge à sa ter­rasse. A cette pro­fon­deur toutes les tra­jec­toires ne cessent de se contre­dire. Il n’y a plus jamais de prin­temps dans ces ruines assem­blées en toiles impré­cises. Peut-être la fenêtre attend-elle que des ruines blanches la bouchent un jour que le bar­rage de la source aura sau­té.

 

 

 

***

 

Le che­min qui des­cend a un par­fum de reli­gion à faire peur aux enfants. Cette odeur de buis en tour­nant autour des ruines se révèle insup­por­table. Les arbres accu­mulent de l’ombre sur un point du mal­heur enfoui. Personne ne sait jamais où. Par néces­si­té toutes les branches se réfu­gient contre les murs qu’elles griffent comme des bou­gies vacillantes. Il fau­drait deve­nir un géant pour com­prendre ce monde à moi­tié enter­ré qui meurt chaque jour sans nulle com­pa­rai­son.

 

 

 

***

 

 

 

Les trous à l’intérieur des murs sont des meur­trières qui n’attendent que la chute des pierres. Dans cet ensemble de pers­pec­tives mou­rantes il fait tou­jours nuit. Le visage implore et glisse sur les parois de moins en moins glabres. Le grain de la pierre à suivre est ren­du brillant par le gel. Il sait se dur­cir au point de cou­per les doigts de l’esprit qui veut s’élever en fai­sant des cau­che­mars en plein après-midi. Et ce monde se com­pose de mouches para­ly­sées dans les inter­stices par des signaux qui ne bougent plus qu’une fois les corps pré­ci­pi­tés à terre.

 

 

 

***

 

 

 

Sur le ciel tapis­sé de feuilles entre ces quatre murs ouverts l’air ne cir­cule que s’il est froid. Et en bout de course demeure une impres­sion de volume fait âme. Il serait facile d’en res­ter là puisque per­sonne ne sur­veille le lent tra­vail de la mort. Partir pour le ciel debout néces­si­te­rait un peu de calme à la der­nière main enfouie dans l’ombre. Déjà les portes du para­dis s’entrebâillent avec un regard fuyant lorsque l’essentiel est de vivre dans le bruit.

 

 

 

***

 

 

 

La vie échoue dans un trou de ver­dure noir où la nuit ne res­pire pas au dehors. Tandis que les arbres passent der­rière les enca­dre­ments de silence des portes les ser­pents de bois se pétri­fient en hiver faute de pou­voir s’élever entre les murs. Le brouillard des cœurs monte len­te­ment entre les tom­beaux vides après que soient remués les débris des poutres. Comment trou­ver l’équilibre au milieu des décombres qui pour­rissent moins vite que les corps ?

 

 

 

***

 

 

 

Les fenêtres sont tom­bées avec la lumière entre quatre murs dépour­vus de trans­pa­rence. Des fan­tômes ont dû se rele­ver pour les mettre à bas. Au pas­sage ils ont enle­vé la lumière sans allu­mer de feu. Et main­te­nant le corps passe à tra­vers les mon­tants engon­cés d’orties. Il coule en appa­rence dans cette eau tein­tée de brou de noix. A l’intérieur le voi­ci pri­son­nier d’une gangue retar­dant tou­jours la route. Ses pas avancent mas­qués comme s’ils appar­te­naient à un cri­mi­nel qui aurait per­du son visage à force de le frot­ter contre des miroirs obs­curs.

 

 

 

***

 

 

 

Le corps ne bouge plus. Tapissé de paille ver­dâtre il songe à réveiller l’absolu. Mais il fau­drait pour cela des prières à dor­mir debout avec de la mau­vaise lumière dans les yeux. Si la paille sent le refer­mé d’innombrables fleurs sont à écar­ter comme les minutes d’une vie végé­ta­tive. Le visage n’absorbe pas ses paillettes mais demande juste des preuves que la place qu’il occupe peut tou­jours s’évanouir. Par contre l’odeur de vomi se réfu­gie dans la terre de cru­ci­fiés ano­nymes. Contre leurs bois rampent dans cette mai­son des bêtes à bon dieu.

 

 

 

***

 

 

 

L’enfer semble s’être dépla­cé sur la terre. Là-bas l’eau noire dis­pa­raît avec sa source à dis­tance en signe de res­pect pour un déluge incon­sis­tant et il n’y a même plus d’eau dans la mai­son aux gale­ries cer­clées de briques. L’hiver est deve­nu un désert aux allées sourdes. C’est à peine si les robi­nets coulent des murs inin­ter­rom­pus. Les pierres ont mou­lé les visages de tra­vailleurs pétri­fiés. Prendre congé de ces lieux revient à lais­ser traî­ner son âme loin de la fête laïque. Personne n’a par­lé d’être robot. Personne n’a par­lé. La soif reprend vite quand la tête dépasse l’ombre du corps allon­gé.

 

 

 

X