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BALLADE DES AMES. (extraits)

Par | 2018-06-19T19:57:36+00:00 24 août 2015|Catégories : Blog|

                                                                                       CHANT III.
                                                                                      LE PARADIS.

 

                                                                                Notre Dieu est au Ciel.
                                                                                Il fait tout ce qu’Il veut.
                                                                                                       Ps. 115,3

 

                                                                               A tous les Saints du Ciel dédié,
                                                                               Que par leur Sainte Prière ils nous portent,
                                                                                Qui fait tout ce qu’elle veut.

 

 

1.

Avez-vous vu, Amants, avez-vous vu leurs Ames ?
Ils ont quit­té la rive, aux grèves d’oriflammes,
Folle de vie ; en nef de Mort, leur Jour  dérobent.

2.

La poupe est au Levant tour­née ; la rame monte
Sur la voile, Soufflant en Manteau de Prière.
La mer sur eux  se ferme ; ondulent ses escarpes.

3.

Au palan­quin des Eaux, le sang n’est plus si rouge ;
Résédas, lise­rons, shintz à son cœur l’en ornent ;
Aux Noces de Dieu,  une favo­rite on mène.

4.

Qui L’aime, Dieu marche avec lui. Qui, au Secret
Du Cœur, se fait Juste, Christ de Ses Eaux le lave.
Au Déluge, l’Esprit des­sine l’arc-en-Nuée.

5.

Las, en terre ils ont lais­sé ceux qui n’eussent su
Partager leur bon­heur pur,  leur souffle en bai­ser
Mener en haute Mer, à l’Horizon join­tive.
.
6.

Se pour­raient-ils déjoindre, s’ils ne se dis­cernent ?
De pous­sière d’étoiles une même nuit
Désennuie la Mer et le Ciel qui s’ajointent.

7.

Ton Ange les accom­pagne ; ses voies sont sûres ;
Larmes ! gui­dez au rayon vert des anses saintes !
Comme l’aire marine a des ciels lim­pides !

8.

Elle y agite, pro­pices, les ali­zés ;
Sous tes zéphyrs, ils ondoient ; Ses bons vents sont saufs ;
Des bri­sants se pro­filent ?  Ils changent d’amure.

9.

En la mâture, faveur d’Amour Tu exhales ;
Au rin­ceau des cœurs, la coque en fusion ne plie ;
En Terre Aimée, le vais­seau porte les Amants.

10.

Sous Ta lumière, ils font route ; ils cinglent au large ;
La Mer irise son tulle. Dieu ! Quelle Beauté !
L’ai-je rêvé ? Non, ces Noces bien advinrent.

11.

Toi ! qui d’algues bleues nouas l’Ame aux nœuds du voile !
Dont aux coins de la terre tu posa les franges ;
Aux angles, tu bro­das ton fil d’azur,  tur­quoise,

12.

Gaze qu’en dais nup­tial, sur la mariée, Tu mis,
Qu’au palais de saphir ce voile couvre Amour,
Dont tu nous bor­de­ras dedans nos blancs lin­ceuls !

13.

Lors, les vêt l’anneau d’épithalame, la cape
Fleurdelysée de l’ancolie, près l’Ile heu­reuse
D’Amour par­fait . Nef d’Amour ! qu’ en Gloire Tu mènes.

14.

Comme d’Occident en Orient vont les astres,
Amour aux pour­pris du palais conduit les Ames ;
Et c’est à l’Orient qu’éclate Sa Splendeur !

15.

« Enamourée, Joyeuseté, m’en  vais périe ;
D’Amour ne suis lais­sée, Ses débords m’emportèrent ;
Seul un Sien bai­ser à Ses lèvres tient mon âme. »

16.

Au gré ils vont du rebond, des lames de fonds ;
Si tôt dépar­tis, par voie des airs, ils relâchent ;
Aux avant-ports de Désirade est leur mouillage.

17.

A leur chaîne s’amarre Liberté d’En-Haut ;
Y ondoie la lune ; elle, oh ! à leurs doigts s’effile ;
Celle qui leur sem­blait loin est d’avoisinance.

18.

Qui,  l’ encre jetée, au navire de son Ame
Intérieure arri­mé demeure, un jour par­vient,
Au plus pro­fonds du Cœur, au point d’Inconnaissance.

19.

A mi-cercle d’une lune d’eau,  cycloïde,
– Réflexion- , tourne ta roue sans loi, par­faite,
En lune du Cœur, sans éclipse, dans son cercle.

20.

Au visage Tu nous regardes, d’un regard
Tien, et verses en l’Ame enno­blie, qui  n’est vile,
Ta fleur de Sceau de Lumière, en cire estam­pille.

21.

L’Amant du Christ, par cette cire, est fait Ton Etre ;
Il est  de Ta Justice un digne rece­leur,
De souf­france rési­lient ;  Sceau, Ta  Perle au front.

22.

Ta fian­cée ! Ce Sceau, au Cœur pris du Seigneur,
Fit son Cœur, et son Amour, plus forts que la Mort.
Car, éteindre l’Amour, les grandes Eaux ne peuvent.

23.

Aux ceri­siers où s’embrassaient les amants,
Ce même temps nous pleu­rions, venus com­plai­gnants ;
D’amoureuse Vie, nos pleurs pour Toi nous tran­sirent.

24.

En fleurs son Ame, à la pas­sion gran­dit des cypres ;
Sa chair y a pleu­ré ; y a pleu­ré sa Mort.
Aux ceri­siers de Pâque, pleure Joie de l’Ame.

25.

Si tant sublime est l’amour qu’à la fian­cée
Porte le Fiancé, que de plus Haute Amour
L’aime encore Dieu, de belle Amour pré­cieuse !

26.

Tant qu’à Abraham l’arrachement d’une épouse,
L’Aimé a bu ce qu’il lui en coû­ta de larmes ;
– Enserrée la sirène, en chambre gon­do­lière !-

27.

Or nous, qui sous cette onde étions enter­rée
Aux vani­tés de la terre y dor­mîmes-nous ?
Les vains  madri­gaux font renaître ceux qui s’aiment.

28.

D’où cas­cades en mers, oura­gans sur la grève,
En rocailles s’ouvrant, aux grottes du co-naître ;
Que s’y rie le jour, lui appar­tient la veille.

29.

Comme En Ta Nudité se cherche Vérité,
A Tes berges, en noyés, nous lais­sant rou­ler,
A fonds de barque de Vie nous dor­mons sous Toi.

30.

En nous Vit Christ ; où ne vou­drions, Il nous mène ;
Il  jaillit Paix ; la Joie des Vertus Il embaume ;
Mais, au Nard de Myrrhe, En Vertu, tous Parfums entrent.

31.

A Face de l’Oint, par larmes ils s’en épanchent ;
Ô Joie nup­tiale ! Myrmidons, n’en savez rien.
L’Epoux a pris mon Cœur ; du Sien pro­met l’Aurore.

32.

D’aimer à grand Deuil, Lui, fait aimer à grand’Joie.
Sur Ses mains, Il porte : c’est flèche d’Ascension.
En cet Envol, Il presse ; elle, à Son Sein, repose.

33.

Ce qu’elle pos­sède, elle fuit ; plus Haut,  désire.
L’Archer arme à gauche ; de Sa droite, Il l’étreint ;
A son côté, elle porte bles­sure d’Amour.

34.

Elle pleure sa vie ; jusqu’au Mourir,  en pleu­re­ra ;
A ce signe, Seigneur, Tu recon­nais les Tiens ;
Ta Paix Tu leur don­ne­ras ; ô Blanche Colombe !

35.

Coucou de mon Amour ! Ma Lumière, mon Air !
Colombe, ô Justice ! Ma Liberté d’Envol !
Liberté : Grande Dame, qui, à l’aumônière,

36.

Suspendit Cœur du Monde, esclaves d’attelage,
Qu’au char de Mort elle arrache – Œuvre de Mercy-
D’obscènes empires, sans Gloire, elle pié­tine,

37.

De ses pieds nus, que nul roi du monde n’embrasse,
Dieu, de Splendeur d’Amour, te fait un Diadème,
D’un cris­tal de larmes, de cris­tal­lin de Ciel !

38.

Sa Couronne est Sagesse, qui donne Allégresse ;
Colombe est son nom, don­né par Toi, Dieu, Esprit !
De son Seigneur est fian­cée la Dame d’Amour.

39.

Ceignons les Couronnes de Vie ! Demain, vois-tu,
Nous Mourons, déjà ! N’attendons d’en par­ta­ger
Les Roses rouges, d’effeuiller Partage au Vent !

40 .

A la Vie noue ta vie, qui n’erre au songe-creux ;
La Mort d’Amour plus ne s’offense. Amour la vainc ;
D’Amour la Mort est vie ; Sa sen­teur vit En Myrrhe ;

41.

Qui sau­rait la dou­ceur du Vivre en rémis­sion ?
A nous qui sommes en sur­sis, ajour­nés ivres,
Elle est avant-part d’entre ses frères du Ciel .

42.

L’on s’y fait Joie des Insoumises. Passion
D’Amants ceint le thyrse, dont la Couronne est Vertu ;
Amour s’en honore,  et Maître de son Ancille ;

43.

Dieu vêt l’Ame, Sa fian­cée, en Plénitude
De Gloire, de Sa beau­té Sublime. Plus Belle
Qu’Aaron Il la fit, d’habits d’Amour, d’Or, Pourpre

44.

Violine, d’un Damasseur tis­sée d’écarlate.
Loin qu’à l’Hyménée la fît périr le poi­son
De sa robe,  de  Médée mise à sa rivale,

45.

Pour qu’elle  en chût Morte, tré­pas­sées ses amours,
Celle-ci, En Amour, dès là que  por­tée,  hausse
La Rosée du Fiancé , si Beau, plus que Lune,

46.

Des larmes d’Amour en Sa tête,  boucles  pleines,
Des gouttes de la Nuit. Car c’est la Nuit qu’Il vient,
Par l’huis du Cœur d’Ame qui son Amour Lui donne ;

47.

Je suis allée voir en la Nuit si m’ Ami m’Aime ;
Par ta seule Amour, je reçus  cette fiance :
Ton Sang fut signe à la porte ; Tu la rou­vris ;

48.

Nous qui de Mer n’avions qu’une fente aux volets,
En  Prince chan­gé, par l’huis du cœur, Tu voyais ;
L’oculus Tu heur­tas. Qu’éblouissent Tes Yeux !

49.

Ah ! Dieu ! Te voi­ci, ô mon Epoux, qui arrives !
Bel Amant de mon âme indigne ! Ô mon Sauveur,
Je n’ai pas la robe,  la Tunique des Noces !

 

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