> Béatrice LIBERT : L’Aura du blanc

Béatrice LIBERT : L’Aura du blanc

Par | 2018-02-24T10:58:31+00:00 16 juin 2016|Catégories : Critiques|

 

Béatrice Libert, auteure belge, ayant reçu en 2014 le Prix Jean Kobs de l'Académie royale de langue et de lit­té­ra­ture fran­çaises de Belgique, pour son recueil poé­tique Écrire comme on part, vient de publier aux édi­tions Le Taillis Pré L'aura du blanc.

Ce livre, loin de tout éso­té­risme auquel le titre pour­rait faire pen­ser, met en miroir deux poèmes par page, le tout en sept vers (5+2 puis 4+3). Tout le charme de cet ouvrage est de pla­cer, dans le blanc qui sépare ces deux textes, le halo qui les joint dans l'interrogation du lec­teur. Béatrice Libert cherche plu­tôt à offrir un halo aux mots. Exemple de ce genre de poème-halo :

 

Les mots où je dor­mais
Se sont éveillés à ma place
Et la nuit a ran­gé
Mes songes dans sa poche

Il suf­fi­rait de quelques branches
En fleurs et nous accom­pli­rions
Le plus pur des voyages

 

Dans ce rêve aus­si, peut être une clé pour les encres de Motoko Tachikawa qui Illustrent super­be­ment ce beau livre. On ne sait qui influence l'autre entre l'illustration japo­ni­sante et écri­ture haï­ki­sante.

Hommage donc au blanc, à la poé­sie blanche : "Tout l'art du poème /​ Consiste à bien lais­ser /​ Monter les blancs en neige". "Les mots /​ Ont le ver­tige /​ Pour amant".

 

Écrire
Déplier un pay­sage men­tal
Calligraphié d'absence
Où chaque mot m'enracine
Un peu plus dans l'humain

 

On passe sa vie à remuer des clefs
Qui n'ouvrent aucune porte"

 

 

La cou­leur blanche et son aura. L’aura du blanc qui ouvre le livre "Ouvrir un livre comme on se regarde /​ Dans le miroir mati­nal /​ Non pour se contem­pler /​ Mais pour se recon­naître inquiète à l'idée /​ De s'être trom­pée d'écorce ou de coeur".

Aura de l'aube "L'aube se déplisse /​ L'ombre boit son ombre /​ Et l'odeur des muguets /​ Donne un corps à la paix”. Grand blanc des "linges de l'aube". Evidemment, la lumière est tou­jours pré­sente dans les mots de Béatrice Libert : "Au seuil de quel hori­zon /​ Poser sa lampe".

 

"La lumière a pris corps
Mailles du désir
Éveil d'oiseaux vifs
Et de lunes nacrées

 

Ne rien faire
Tout rece­voir du vide
Et mar­cher l'aura du blanc"

 

 

Béatrice Libert évoque aus­si son pays de neige par­fois, le "Pays blanc replié sur lui-même"

 

Mais s'il ne faut cher­cher dans cet ouvrage aucun éso­té­risme, l'auteure cherche cepen­dant du côté du mys­ti­cisme "Le Dieu que tu cherches /​ Marche dans la rosée", "L'oiseau son chant d'où le tient-il /​ Quand l'ange tire de la nuit /​ Le pas et la lumière des hommes ?", mais aus­si du côté de la magie de la cou­leur blanche, syn­thèse de toutes les cou­leurs. "La cou­leur est la clef /​ De l'ombre"

Et ain­si, d'haikus en apho­rismes, Béatrice Libert nous offre plus que l'aura du blanc, mais aus­si l'écho du silence, à écou­ter en soi "La source du monde".