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Between Walls

Par | 2018-02-24T09:10:54+00:00 8 septembre 2013|Catégories : Blog|

 

Pour  (Max) Ferber dans Les Emigrants (de W-G Sebald)

Après avoir emmé­na­gé au 104, tu t'es sen­ti en accord silen­cieux avec  Wittgenstein.  Tu crois qu'un pou­voir magique te trans­met­tra la pro­fon­deur du pré­cé­dent loca­taire. Mais tu es maigre,
si  maigre que per­sonne  hor­mis ceux que tu aimes ne peut te per­ce­voir.
Ils se sont tous sui­ci­dés. Toi seul as choi­si de vivre.
Tu vis uni­que­ment pour témoi­gner de l'échec, et de la perte qui s'ensuit.
Tu aimes la pous­sière, tu aimes te pro­me­ner près des che­mi­nées – dans la grande ville
de Manchester, tu ne trouves de sens  que dans les cendres,
les Camps de concen­tra­tion, l'exil, l'être étran­ger,
tout cela n'est rien pour toi.
Après une grande dou­leur vient la tor­peur. Le seul échec tan­gible
est la pein­ture que tu racles sur les  toiles, ruis­se­lant  et s'épanchant  comme la lave.
Tu peins une femme, elle te suit pen­dant vingt ans ; tu peins un mur, il couvre ton pas­sé der­rière toi ; tu peins la lumière et la lumière tra­verse le mur vers ton pas­sé, et la femme vers ton pré­sent. Tu ne cesses de peindre femme et mur , couche sur couche. Tu sais que l'épaisseur montre le
pro­fond mais pas la pro­fon­deur , et tu conti­nues de racler. Mais même  en arra­chant la femme, tu es inca­pable d'aimer davan­tage ; tu arraches la lumière, la lumière ne peut tou­jours pas illu­mi­ner ta chambre ; tu arraches  le mur, la gloire de Rembrandt n'émanera pas des ruines. Ce soir,
Je ne suis pas debout dans le musée, mais assise près d'une lampe à te lire très  dif­fi­ci­le­ment. A tra­vers les murs du lan­gage, je per­çois ton déses­poir – tant de mots nou­veaux me  criblent  de leur sable.

(tra­duit par Marilyne Bertoncini)

 

 

 

For Ferber in The Emigrants

After moving into #104, you feel a silent unders­tan­ding
with Wittgenstein. You believe a magic power will give you
the ear­lier tenant’s pro­fun­di­ty. But you are thin,
so thin that nobo­dy but your belo­ved can per­ceive you.
They all killed them­selves.  Only you choose to live.
You live only to wit­ness the fai­lure, and the loss that fol­lows.
You love the grit, you love to walk by the chim­neys— in the big city
of Manchester, you only find mea­nings in cin­ders,
Concentration camps, exile, being a stran­ger,
all these are nothing to you.
After great pain comes the numb­ness. The only tan­gible fai­lure
is the paint you scrape from the can­vas, drip­ping and flo­wing like lava.
You paint a woman, she fol­lows you for twen­ty years ; you paint a wall,
it covers your past behind it ; you paint light and light goes
through the wall to your past, and through the woman to your present.
You paint the woman and wall repea­ted­ly, layer upon layer.
You know thi­ck­ness shows depth but not pro­found­ness, so you keep
scra­ping. But even if you tear the woman apart, you’re unable
to love more ; you tear light, light still can’t illu­mi­nate
your room ; you tear down the wall, the glo­ry of Rembrandt
still won’t radiate from the ruins. Tonight,
I’m not stan­ding in the museum, but sit­ting by a lamp
rea­ding you with great dif­fi­cul­ty. Through the lan­guage walls I sense
your hope­less­ness—  so many new words pelt me like grit.

(Translated by Ming Di and Tony Barnstone)

 

 

 

 

墙壁之间
  — — 给《异乡人》费伯

  

住进104之后,你和维特根斯坦便有了默契。
你相信有一种特异功能,能够通过你,
把前辈的深刻传承下来。但你一直很单薄,
单薄到除了你的情人这世界完全感知不到你。
但你挺了下来 —  — 他们都自杀了,你选择了活。
你活下来只为了见证你的失败。与日后的……失落。
你爱灰尘,你爱从烟囱下走过,诺大的曼切斯特,
只有灰尘的渺小,让你看见意义的存在。
集中营,流亡,异乡人,这些都算不了什么,
大痛之后是无痛。只有地上这些熔岩一般流动过的,
从画布上刮下来后又干枯了的,颜料,才是
唯一能够触摸的失败。你画女人,她跟随你23年;
你画墙壁,它把你的过去藏在背后;你画光,
它穿过墙壁走到你的过去,穿过女人走到你的现在。
你反复地画女人,反复地画墙壁,层层叠叠,
你知道深厚在身后但不表示深刻,于是你反反复复
刮下来。但即使撕毁了女人,你也没有更爱妻子;
戳破了光,光也没有照亮陋室;推倒了墙,
废墟里也没有走出伦勃朗的光辉。
今晚,我没有站在画展大厅里,而是坐在灯光下
吃力地翻书(外语),隔着语言墙壁,感知
你的走投无路 —  — 那些生词,灰尘一样向我袭来。