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Bienvenu au bord

Par | 2018-02-21T23:42:49+00:00 3 mai 2013|Catégories : Critiques|

 

Par scan­sions et glis­se­ments, Rodolphe Auté entraîne le dis­cours – deve­nant par ce biais le plus poé­tique qui soit – vers une convul­sion. Elle pousse le lec­teur en un (pro­fi­table) désar­roi. En effet un tel texte oblige à vivre sans véri­té puisque tout se penche jusque dans la ten­sion du sexe où le désir glisse et macule en cou­pant la parole aux mots.

Bienvenu au bord est donc le poème des extrêmes. Les mots quittent leur théâtre du faux. À ce point limite ils ne se pensent plus, ils s’effacent. Mais l’auteur emploie leur silence à les recons­ti­tuer dans les ébou­lis du tout et du totem sans tabou. Les convic­tions que le sens com­mun accorde à la pos­si­bi­li­té du dis­cours de se pour­suivre semble alors des plus indi­gentes. Plus que jamais les mots sont des témoins inas­ser­men­tables. Auté n’a qu’une solu­tion : les faire par­ler autre­ment là « où branle le désir en fron­tière des phrases ».

Dès lors, celles-ci n’accumulent plus leurs eaux mortes. Demeure « dans la pénombre de l’orgasme » à peine un moindre reste de bon sens qui fait la folie de l’être et de l’œuvre. S’y repère un état où aucune ques­tion ne peut être posée. Le texte n’est plus la tra­duc­tion d’un dis­cours de clô­ture. Il gicle afin que l’extase ne soit plus per­çue comme matière muti­lée mais qu’elle avance nue. Il y a là des che­mins de foutre et de foudre. S’y res­pire l’abîme. Il entre à flots là où les concepts ne risquent plus de le gêner. Sa per­fec­tion est un toast à l’univers pen­sé mais indi­cible.

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