> Bréviaire de sel, Louis Bertholom

Bréviaire de sel, Louis Bertholom

Par |2018-08-16T19:54:02+00:00 18 juillet 2013|Catégories : Critiques|

     Il y a des ter­roirs qui ins­pirent plus que d’autres. Par leur force, par leur ampli­tude, par l’ébranlement qu’ils pro­voquent en l’homme, sou­dain confron­té à une nature qui le dépasse et l’envoûte. La baie d’Audierne en fait par­tie. Bernard Berrou et René Le Corre ont dit super­be­ment ce pays dont ils sont issus. Le pre­mier dans Un pas­sa­ger dans la baie (La Part com­mune 2005), le second dans Pourquoi la mer et Les sai­sons (La part com­mune, 2009 et 2011).

     Le poète-barde Louis Bertholom s’est aus­si appro­ché de la baie d’Audierne. Il en tire un Bréviaire de sel dont il a fait, indique Alain-Gabriel Monot dans la pré­face du recueil, un « pré­cis de géo­gra­phie poé­tique ». Pas facile, pour­tant, de par­ler de ce lit­to­ral aus­tère et rude quand on vient d’un ter­roir aimable et cos­su. Louis Bertholom est né au pays du cidre, des pommes et des cerises. Il est Fouesnantais. « Me zo ganet et bro Foën », écrit-il dans son Bréviaire. La baie d’Audierne est l’exact oppo­sé de son pays natal. Ce n’est pas le même ciel, le même vent, les mêmes arbres. « La mer laisse une œuvre /​de cailloux fine­ment percés/​travail d’orfèvre qui contraste/​avec la bru­ta­li­té de sa force ».

     Alors – on le com­prend – le poète s’enflamme. Tout, ici, est si déme­su­ré. « Le gron­de­ment sourd/​mémoire des tsu­na­mis avortés/​clame une force qui se retient ». Le ton devient lyrique et la voix du poète (ancien chan­teur de rock) enfle. « Je marche dans la parole plurielle/d’un pays de haut vol ».

     Puis le verbe s’assagit. Louis Bertholom est alors au mieux de sa forme (poé­tique). Posant le car­net à l’abri de la dune, il  retrouve son calme et épure le pro­pos. Le ton de la confi­dence, fina­le­ment, lui va bien. « Revenir tout doucement/​par les voies caillouteuses/​caresser les gra­mi­nées d’automne/humer les chaumières/​respirer les crot­tins ».  C’est le fils de pay­sans foues­nan­tais, auteur d’un beau Rivage du cidre (Blanc Silex édi­tions, 2002), qui pointe alors le bout du nez. Son Bréviaire dit les « errances pastorales/​entre les talus de sureaux », là où « les herbes savent des songes/​venus de loin ».

     Mais, fina­le­ment, com­ment empê­cher quelqu’un de se lais­ser envoû­ter par ce ter­roir éche­ve­lé qui court de pointe de la Torche à Pors-Poulhan ?  Louis Bertholom dit même de cette « vaste béance » qu’elle est une « ouver­ture mys­tique », au point d’y situer le lieu de sa  deuxième nais­sance. Ce que la baie d’Audierne avait été aus­si pour Paul Quéré, le « poè­tier » de Plonéour-Lanvern, dans les pas de qui l’auteur s’est mis déli­bé­ré­ment.

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