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Brigitte Giraud

Par | 2018-05-23T15:10:11+00:00 15 février 2014|Catégories : Blog|

Brigitte Giraud vit à Bordeaux.

Elle écrit prin­ci­pa­le­ment de la poé­sie et se pas­sionne par la rela­tion texte/​image vidéo.

 

Ouvrages col­lec­tifs :

– La Mémoire contre la nuit ,  édi­tions du Passant, 1997
– Villes au bord du monde ,  édi­tions Le Jardin d’essai, 2000
– L’instituteur , édi­tions Delphine Montalant, 2007

 

Théâtre :

"L'avenir dure long­temps" , 2010, elle crée la dra­ma­tur­gie d'un spec­tacle théâ­tral avec le théâtre des Tafurs dont elle est Présidente. Ce spec­tacle a été pro­duit à la Maison Cantonale de la Bastide ain­si qu'au Globe Théâtre à Bordeaux."

 

 Poésie :

Des orto­lans et puis rien , 2005, publié par les édi­tions Pleine Page. On est à la fois dans le récit, le jour­nal et la poé­sie.

Ce texte sur la mort du père a été mis en voix par le Théâtre des Tafurs dans le cadre de Novart 2005.

La Nuit se sauve par la fenêtre , édi­tions Pleine Page, 2007, a obte­nu le prix Jean-Follain.

Le déses­poir amou­reux de la vie , l'anorexie un mys­tère gal­vau­dé , édi­tions Le Bord de L'eau, 2009, pose un regard et une réflexion sur un trouble dou­lou­reux.

Avant-pro­pos du Pr Claire Series et pré­face du Pr Gérard Ostermann.

Seulement la vie, tu sais , édi­tions Rafael de Surtis, 2012,

est un par­cours urbain, dans Bordeaux, tra­ver­sé de mou­ve­ments, de dépla­ce­ments et de tra­jec­toires amou­reuses."

Brigitte Giraud

Par | 2018-05-23T15:10:11+00:00 5 octobre 2012|Catégories : Critiques|

"On croit s'éloigner, on tend seule­ment la corde du retour.", écrit Brigitte Giraud dans Seulement la vie,  tu sais, sa der­nière livrai­son poé­tique. Voilà qui illustre bien le che­min d'écriture de l'auteur. Comme dans ses pré­cé­dents recueils, Brigitte Giraud nous offre une poé­sie de mou­ve­ments.

  Un train venu des brumes du nord file vers Bordeaux. Dans la cité giron­dine, le tram de la ligne B sillonne la ville.  "Mouvement dans le mou­ve­ment " des rails ici et là-bas, un car­rou­sel tourne sur son axe avec ses che­vaux de bois, des cordes à linge ou à songe se pendent dans le vent, des oiseaux grif­fonnent le ciel de leurs signes impro­bables.

  Mais " aucun péda­lier n'actionne jamais le monde, aucune hor­loge jamais n'a indi­qué l'heure juste ". Le retour est déjà là, avant même que de par­tir, dans le temps comme dans l'espace. Le retour de l'être aimé qui aime une autre femme aux yeux verts et au cor­sage bleu, au " sang jeune ". Le pay­sage ne tient plus debout. L'attente tré­buche sur les corps lourds. Les mou­ve­ments mêmes du désir ne sont plus des lieux sûrs.  

  C'est que l'homme du train, qui revient sans être jamais par­ti, laisse devi­ner un autre homme, celui du tram, dans une géo­gra­phie incer­taine " sur l'échangeur des sen­ti­ments ". La nar­ra­trice, car c'est bien, aus­si, un récit qui agit tout au long de ces pages enrayées, sent [son corps tout entier glis­ser dans la fis­sure du désir ].

  D'où, peut-être, la néces­si­té de rete­nir ce qui doit être rete­nu, des émo­tions comme des sou­ve­nirs, sur un cale­pin ou dans une boîte en métal. Mémoire et oubli, liés par le même souffle, se livrent un com­bat sans mer­ci sur les berges de la fatigue. Le vide est à l'affût ; il ne faut pas tom­ber.

  " Je rat­trape tous les frag­ments de toi-même. ", écrit Brigitte Giraud. L'enfance, ce rivage où l'homme four­bu revient tou­jours, égrène ses lita­nies de cour­ti­lières, de silences et de chiens jaunes. Un che­val passe aus­si. Qu'on retrouve inven­té sur le car­rou­sel bien­tôt immo­bile. Une petite fille s'accroche à lui, demande à son père si l'animal est mort par temps de pluie.

  La plume de Brigitte Giraud, dans le trans­port des méta­phores et le rele­vé des nota­tions ordi­naires, émarge une fois encore au registre des émo­tions qui troublent le visage de l'amour aus­si bien que celui de la ville. De nom­breuses images, celle notam­ment du manège aux che­vaux de bois, pour­raient faire pen­ser à Léo Ferré pen­sant lui-même à Verlaine. Il y a de la musique dans la poé­sie giral­dienne. Les mots tament-tament, rauques ou feu­trés, les notes par­fois bégaient, " Pleut. Re-pleut. Pleut. Pleut. ", et l'alexandrin sou­vent, qui n'est pas invi­té, impose sa len­teur : " L'ombre sauve tou­jours une part de mémoire ".

  Parfois, dans une langue aux contours plus blancs, plus fra­giles, c'est à Marguerite Duras que l'on son­ge­rait. " Elle dit que les amants du tram souffrent et jouissent en même temps, que les livres ont tou­jours une lon­gueur d'avance sur la mort. Elle dit que cette pen­sée est insup­por­table. "

  Seulement la vie, tu sais, publié par Paul Sanda aux édi­tions Rafaël de Surtis, confirme un talent récom­pen­sé en 2006 par le prix Jean-Follain et remar­qué par Antoine Emaz dans la revue N4728 qui publia un extrait de ce recueil.

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