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Brocéliande

Par |2018-10-21T06:26:56+00:00 17 mai 2013|Catégories : Critiques|

 

     Un poète et un peintre. Gilles Baudry et Pierre Denic unissent leur talent dans une envoû­tante évo­ca­tion de Brocéliande. Mais de quel Brocéliande s’agit-il ? De ce ter­ri­toire mythique évo­qué dans le légen­daire arthu­rien ?  Oui, sans doute. Les mots « Merlin », « Viviane » et « Val sans retour » ponc­tuent bien quelques têtes de cha­pitre de cet album/​poème, comme pour nous assu­rer que nous sommes bien, ici, en pays de connais­sance.

    Mais – on le sait aus­si – Brocéliande déborde tou­jours Brocéliande. Évoquer ce lieu, c’est d’abord côtoyer le mys­tère et l’enchantement. Et qui mieux qu’un poète et un peintre sont à même d’en être les témoins ?

     Pierre Denic se fait donc « per­ceur de mys­tère », ain­si que le note, dans la pré­face, son ami Yves Prigent. Le voi­ci « ordon­na­teur d’espaces » dans des tableaux par­fois énig­ma­tiques où – l’artiste lui-même le dit –  « la lumière bouge » et où « la toile devient miroir ». Mais qu’il s’agisse de pein­tures acry­liques ou d’encres de Chine, il y a chez ce créa­teur d’extrême-Occident (Pierre Denic vit à Bénodet) quelque chose d’extrême-oriental dans son appré­hen­sion du monde. Une place de choix, en effet, est accor­dée aux élé­ments natu­rels  – roches, che­mins, étangs – et les réfé­rences à l’art japo­nais sont pré­sentes dans bon nombre de ses tableaux

    Comme s’étonner alors que les noms de François Cheng et de Victor Ségalen appa­raissent au fil des pages ? François Cheng, le pas­seur entre deux cultures (chi­noise et fran­çaise). Ségalen, dont « l’ombre tuté­laire » veille sur les chaos de Huelgoat (exten­sion géo­gra­phique de Brocéliande vou­lue par les deux auteurs).

     « Je ne divulgue rien /​ dit-il /​ j’illumine un secret », résume Gilles Baudry dans sa lapi­daire exergue au livre. Le moine/​poète de Landévennec engage son dia­logue avec l’artiste-peintre. « Seul importe l’insaisissable caché der­rière les choses », déclare-t-il. Et d’avouer que l’œuvre de Pierre Denic rejoint sa propre quête : « La nature comme une écri­ture épi­pha­nique ».

     Pour cette par­ti­tion à quatre mains « écrite dans une ami­tié atten­tive », Gilles Baudry creuse à sa façon le mys­tère. On pénètre sur ses pas dans « les sous-bois en dor­mance /​ pareils aux fonds marins ». Le poète s’émerveille. « Comme il fait beau /​ dans le silence /​ qui a tant à nous dire ». Ici, nous dit-il, « l’inouï » se dit « en apar­té ». Ici, on trouve « une sente si lente /​ qu’elle n’a pas vu pas­ser les heures ».  Tout est dit, en peu de mots, sur « ce lieu où l’espace touche au temps ». Cela s’appelle Brocéliande.

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