> Bruno Doucey : “Si tu parles Marianne”

Bruno Doucey : “Si tu parles Marianne”

Par |2018-12-13T14:55:30+00:00 3 novembre 2015|Catégories : Critiques|

 

Par-delà l’espace et le temps, le nar­ra­teur auteur Bruno Doucey, parle de et à Marianne Cohn. Il est, le mot n’est pas de trop, en com­mu­nion avec elle. Il nous livre son admi­ra­tion, son amour pour cette jeune femme, atti­ré qu’il est par sa per­son­na­li­té. Cette bio­gra­phie entre ima­gi­naire et réa­li­té est une œuvre de mémoire qui nous rap­pelle les valeurs fon­da­men­tales du vivre ensemble. Cette jeune juive née en 1922 en Allemagne les incarne.

Le livre de Bruno Doucey à valeur de résur­rec­tion sym­bo­lique. Il lui redonne vie, il lui redonne la parole ; Si tu parles Marianne en est le titre.

Un poème a été le déclen­cheur de cet écrit. Le seul poème connu de Marianne Cohn, peut-être le seul qu’elle ait écrit…

« Les mots de ton poème sont entrés dans ma vie. C’était il y a long­temps. Ce jour-là je leur ai offert l’hospitalité. Pour tou­jours. Ils ne sont pas repar­tis. » ( p. 12)

C’est le début de la ren­contre ; et le désir de lui redon­ner vie : « Que puis-je pour te redon­ner vie ? par­ler de toi…écrire un livre pour toi. » (p. 14)

Bruno Doucey va dire la vie ful­gu­rante, tra­gique et lumi­neuse de cette jeune juive née en Allemagne en 1922, qui fui­ra avec sa famille l’Allemagne nazie pour se réfu­gier en Espagne puis en France.

Marianne résis­te­ra à sa façon et fera pas­ser des enfants juifs en Suisse. Elle sera arrê­tée dans la nuit du 30 au 31 mai 1944 et exé­cu­tée à 22 ans dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944 dans la forêt de Ville-le-Grand avec 5 maqui­sards.

L’écriture nous rap­pelle bien que Bruno Doucey est poète : « Le jour de ta mort, il n’y a plus d’ombre. Juste la lumière de l’été ; quand cette blan­cheur extrême devient noire. » (p.20) On ne peut qu’être empor­té et par l’écriture et par cette quête de sens que fut la vie de Marianne Cohn à hau­teur d’humanité quand la vie se fait résis­tance à la bar­ba­rie ; quand même le risque de la mort n’empêche pas de défendre la fra­ter­ni­té, la liber­té.

C’est cela aus­si ce récit de vie, dont les héros sont des gens ordi­naires à qui l’on a envie de rendre hom­mage, pour ne pas oublier que cela fut.

Marianne s’est tue « sans tra­hir », comme elle l’avait écrit dans son poème qui a été retrou­vé dans la poche de l’un des enfants qu’elle avait sau­vé.

Un poème tes­ta­ment qu’elle nous a légué, Bruno Doucey en est deve­nu le léga­taire car il se sent le devoir de par­ta­ger cet héri­tage humain, moral et poé­tique avec tous ceux qui ne veulent pas oublier.

La mort n’a pas eu le der­nier mot, c’est aus­si le mes­sage de ce récit lumi­neux.

Il nous res­tait le poème, aujourd’hui il y a ce livre pour écou­ter Marianne nous par­ler.

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