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CAFÉ PRÈS DE L’ESTUAIRE

Par |2018-11-20T18:47:10+00:00 5 décembre 2012|Catégories : Blog|

 

I

Heurts blancs d’ivoire, cli­que­tis bref des boules,
corps allon­gé sur l’herbe de feu­trine, lance de bois fra­gile
pour se pré­mu­nir du secret. Le sens de cette vie ?
petit matin, voi­ci la nuit, le patron lave
d’un geste bref essuie les verres. Forêt de pluie, l’odeur
de bière our­lée d’écume, un quin­tette de lampes,
âcres minutes d’une vie d’homme, navire
cou­ron­né blanc de mouettes trop vivantes

pous­sant devant ce gla­cier noir, sirène sourde, alors
après avoir frap­pé la boule on va jusqu’à la porte,
un froid mal­odo­rant d’automne aux quais déserts
pénètre dans la salle, si la mort nous visite
est-elle ce car­go lourd de caisses, de sacs, par­cou­ru de rats gris,
avec feux de tri­bord, gira­tion du radar ?
Où sommes-nous, dans quel endroit du monde,
quel est ce temps ? la vie est-elle ouverte aus­si
comme une porte sur le froid, est-elle
ce bâti­ment qui s’éloigne ? L’orchestre du moteur

racle les murs et la gue­nille du dra­peau
pla­qué sur le bras de la hampe se désa­grège,
puan­teur de mazout, blanche eau d’écume, lampes
de pas­se­relle illu­mi­nant les objets du rivage,
là-bas les grues lèvent leurs bras de ciel, sil­houettes d’hommes
sup­pliant comme nous, arbres et grues debout,
aimant lumière et joie, espé­rant même sans espoir,
comme depuis tou­jours, autour de nous,
bruyants, silen­cieux, jouant, se rele­vant – les hommes.

II

Et un petit bateau bête­ment danse
sur la mer sombre, impré­vi­sible, d’un seul cou­rage d’homme
vers l’ombre au loin trouée de phares, sans lune
adou­cie de clar­té, han­tée de vagues hautes,
plon­geant, se redres­sant, gagnant le large.

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