Camille Sova, Humeurs printanières, extraits

Par |2022-07-06T08:21:38+02:00 1 juillet 2022|Catégories : Camille Sova, Poèmes|

sous le souf­fle du vent des feux rouges s’accumulent
longs sont ces mois d’hiver où le matin décline

l’enfant a per­du la joie
il n’est plus qu’un être de tissus
qui se sou­vient du mouvement

même si la soif s’éloigne de lui
il y a encore de l’espoir

dans la terre les fleurs apparaissent
mais c’est dans le ciel que nais­sent les bourgeons

dans sa coquille l’enfant déplie ses visages

il sait qu’une averse arrive

II

les beaux jours nais­sent dans le même fleuve
puis cha­cun d’eux revient touch­er la terre

dans tous les sens je le vois
les indésir­ables les autres les moin­dres beautés

cette fille par exem­ple qui rap­pelle le métal

allongée même debout elle apprend à sentir
la foudre les forêts
la par­tie de la mai­son réservée aux secours

quand elle pour­ra éclore
l’au-delà sera déjà en nous

la canopée peut-être s’accorde au désir
mais ne soigne pas les pulsations

après tout
l’organisme ne se baigne jamais deux fois
dans l’eau qui brille

III

l’herbe est triste
elle réalise l’impermanence de l’arbuste

elle dit « j’ai quelqu’un à perdre
c’est le genêt
en sa com­pag­nie le jardin n’est jamais solitude
il est l’infini »

elle observe les bois
demain sera fait d’un existe plus
la fraicheur perdra

elle pense « je me sens comme l’être humain
inutile et oblig­ée de survivre »

elle verse un rayon
un fris­son se colle à son oreille

c’est le vide qui s’amuse

IV

« les chutes qui m’ont ouvert la voie se révè­lent à la terre
j’aménage le cor­don pour me faire funambule
c’est le réveil d’une autre lumière
je me sens enfin être un seuil germé
quelque chose qui a faim et qui part à la chasse »

je m’imagine penser ça
mais je ne suis pas l’avril qui arrive

moi
j’habite le monde
où pour faire sa cueil­lette il faut ses ciseaux

moi
si je change ma main en nuage
resur­git l’envie de pul­sion de geste d’écran
d’effondrement

moi
je ne suis pas le printemps

V

au plus pro­fond du tam­bour je descends avec la sauge
ensuite le monde change
c’est un panse­ment naturel

peut-elle avaler pour moi
les ani­maux du sommeil ?

regardez dans ma bouche
j’ai le deuil chronique

sur le chemin un détail et on doit partir

il faut que le cerisi­er meurt
pour qu’on éprou­ve l’été

un nichoir n’est pas une vraie question

seule la nuit est à l’abri du crépuscule

 

Présentation de l’auteur

Camille Sova

Camille Sova est née en 1995. Elle est poète, enseignante dans l’éducation pop­u­laire et ani­ma­trice d’ateliers lit­téraires. Camille Sova est née en 1995. Ses poèmes ont été pub­liés dans des revues en France, au Cana­da et en Suisse. Elle s’adonne depuis peu à la micro-édi­­tion et fait voy­ager ses textes par voie postale. Attachée aux pro­duc­tions asso­cia­tives, elle par­ticipe à dif­férents col­lec­tifs poé­tiques. Elle con­tribue, comme cri­tique, à des revues uni­ver­si­taires ou indépen­dantes. Elle se forme à la psy­cholo­gie et à l’écriture thérapeu­tique pour s’orienter pro­gres­sive­ment vers l’intervention en milieux hos­pi­tal­ier et psy­chi­a­trique. Son tra­vail poé­tique et cri­tique est disponible sur son site : camillesova.com

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