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CARNET

Par | 2018-05-21T11:12:38+00:00 18 août 2014|Catégories : Blog|

 

(a)
Goulûment j’écris
alors que le vent chif­fonne les pages de sorte que
vent qui souffle sur le chaume de foin
un cor­beau debout seul dans le vaste champ

et je ferme loin mon petit tré­sor

Ce qui lorsque
j’en fais l’expérience je
l’annote pour me le
rendre plus ample­ment pré­sent

En par­tie pour le pré­ser­ver en par­tie
par perte

Pourtant vent foin chaume et cor­beaux
me sur­vi­vront n’ont besoin de mes mots

(e)
Répète :
Une main humaine
Un crayon
Des mots sur du papier quelque sau­ve­tage du moment
Ensuite l’écriture est finie
et le champ ven­teux conti­nue d’exister

(i)
Vent sur un champ

Plumes noires chif­fon­nées sur le dos d’un cor­beau immo­bile indif­fé­rent au vent

Vent

(o)
Le mot « vent »

Le vent

Dans cette langue j’écris
le mot pour cela
et aus­si le « le » le vent
n’en a pas besoin, le « le » que le « le »
ne désigne pas lui-même sauf
lorsqu’il en est for­cé

Je le force
et

le mot écrit fuyant le
sillage du moment pré­sent est
bat­tu en brèche comme un lam­beau de papier jeté
vers la limite loin­taine d’un champ
vers
les
arbres là

du jour lumière-de-champ aux bois nuit-sombre
le temps un coup de vent et le
mot comme un oiseau qui chante inca­pable de se retour­ner contre lui

(u)
Le bruit dûment dans les arbres

 

extrait de
It’s Time (Il est temps)
—Baton Rouge, Louisiana State University Press, 2002

 

Traduction : Nathanaël

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