> Ceci n’est pas un droit de réponse mais un enjeu de liberté

Ceci n’est pas un droit de réponse mais un enjeu de liberté

Par | 2018-02-22T13:31:31+00:00 22 avril 2014|Catégories : Blog|

 

Ceci n'est pas un droit de réponse mais un enjeu de liber­té 

 

 L’article incen­diaire de Christophe Dauphin cher­chant rageu­se­ment à détruire mon récent essai « Au tour­nant du siècle (Seghers, 2014) parce que je l’avais bles­sé en qua­li­fiant son œuvre ( ?)  de « pro­lixe » (il fau­drait en effet impri­mer des mil­liers de pages de poèmes inter­mi­nables et de com­pli­ments auto­ma­tiques sur des bot­tins déri­soires pour être exhaus­tif en ce qui le concerne !) ne m’a guère sur­pris. Depuis qua­rante ans, je suis vac­ci­né contre la peti­tesse de vue. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un petit bra­sier « dans l’aveuglement des débats lit­té­raires d’à pré­sent sur notre scène trop cal­feu­trée » comme dirait Yves Bonnefoy !

     Heureusement, un constat me ras­sure : en  ce début de mil­lé­naire, une réelle liber­té d’expression, née de l’oxymore des regards, nous garan­tit encore contre les régimes tota­li­taires et les fas­cismes de tous poils, même sta­li­niens. Que « Recours au poème » en soit ici remer­cié pour accep­ter de lais­ser place à la conjonc­tion des contraires et non à l’étroitesse sco­laire d’une énu­mé­ra­tion.

  Volontairement, je me refuse de répondre à Christophe Dauphin le beso­gneux (que j’ai édi­té avec sym­pa­thie et bien­veillance, et même pour le plai­sir) mais que je ne  savais pas si confor­miste et mania­co-dépres­sif en tant que cri­tique lit­té­raire. Je sou­ligne cepen­dant le déri­soire d’une suc­ces­sion d’expressions hai­neuses et outran­cières, l’inutilité de sa quête mor­ti­fère de pré­ten­dues erreurs de ma part. Quand on devient jaloux de son frère, on dit qu’il a la rage ou qu’il est aveugle !  Et Christophe, « petit prof » dans l’âme, rêve de noto­rié­té et de recon­nais­sance en ten­tant de  « conso­ler » quelques col­lègues poètes absents de mon essai  non point par oubli mais par omis­sion volon­taire, afin de ne jamais jouer au pro­fes­seur. Tout en sachant, bien enten­du, que tout cancre a plus de don pour deve­nir poète que tout uni­ver­si­taire jouant les Paulhan de paco­tille !

   Le tra­gique est que je per­siste et signe y com­pris dans mes rap­pro­che­ments auda­cieux entre cou­rants et ins­pi­ra­tions. Je n’ai jamais été un bon élève ras­su­rant pour per­sonne, sur­tout pas pour les ban­quiers. Et j’aime par­ti­cu­liè­re­ment quand Pierre Dac nous rap­pelle que l’ennui avec les arri­vistes est qu’ils arrivent ! Jusqu’au bout je reven­di­que­rai la liber­té de ton du rebelle et pro­cla­me­rai alen­tours : à cha­cun ses goûts, ses cou­leurs, son droit de mettre en valeur un tel ou une telle et de négli­ger (ou de trou­ver sur­fait ou  trop bavard !) untel. J’avoue :  j’ai hor­reur des échanges  de cirages de chaus­sures pour reven­di­quer une place royale dans je ne sais quelle aca­dé­mie décer­nant des prix ennuyeux comme un pal­ma­rès de rires refou­lés.  

   Plus on me demande d’être sage  et orga­ni­sé et confor­miste et ras­su­rant plus je suis espiègle, imper­ti­nent,  inat­ten­du, bous­cu­leur d’idoles de papier et de modes. Plus on me taxe de fai­seur d’évangile en croyant me bles­ser, plus j’accepte la stig­ma­ti­sa­tion avec une joie intense et recon­nais­sante.  

    Dire de moi que je suis inca­pable « d’avoir un avis per­son­nel » (sic) fait rire aux larmes (jaunes ?) ceux qui me connaissent même un peu.  Et une telle réac­tion « à la Dauphin » prouve que  j’ai bien eu rai­son de ne pas fabri­co­ter un bot­tin mon­dain sur cette entame de siècle en poé­sie mais de pro­po­ser en revanche, aux éco­liers tristes et roses, un brû­lot de feu, de sang et de lumière. Afin que la Muse Éspérance, jamais, ne meurt de bâille­ment et de trop de sérieux !

  Au fond, la réponse « appli­quée » du néan­moins cama­rade ( ?) Christophe n’est qu’une his­toire de cha­pelles, jan­sé­nistes sans le savoir, et m’incite à lais­ser une parole finale au poète popu­laire Francis Combes, avec qui j’ai usé mon fond de culotte sur les bancs de la com­mis­sion du Centre National du Livre durant trois ans. Lui connaît et res­pecte nos diver­gences, et m’a néan­moins  dédi­ca­cé, en toute malice  un bref poème effi­cace que Danny-Marc et moi avons édi­té dans le pro­chain CAHIERS DU SENS (le n°24).  Voici donc  Au peuple des pié­tons :

 

                                               « Regardez à droite
                                              Puis à gauche
                                              Si vous ne voyez rien venir
                                              C’est à vous d’avancer ».

     Puissent tous les dieux, même celui des « mania­co-émo­ti­vistes » entendre Francis ! 

 

Pour les lec­teurs ayant mal­en­con­treu­se­ment raté un épi­sode, la rédac­tion de Recours au Poème a publié un texte au moment de la paru­tion de cet essai.

Christophe Dauphin a ensuite sou­hai­té expri­mer son désac­cord avec Au tour­nant du siècle.

 

 

 

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