> Celui qui garde ses rêves de Mah Chong-gi

Celui qui garde ses rêves de Mah Chong-gi

Par |2018-08-15T19:14:42+00:00 10 mai 2014|Catégories : Blog|

Le poète coréen, par la langue, Mah Chong-gi est né à Tokyo en 1939, période trou­blée, s’il en est, et encore dou­lou­reu­se­ment pré­sente actuel­le­ment, pour l’histoire des hommes de cette région du monde. Il a gran­di en Corée, dans une famille où les ques­tions liées à l’art n’étaient pas un vain mot (son père, écri­vain, édi­tait des revues lit­té­raires ; sa mère a contri­bué à l’introduction de la danse moderne en Corée). Mah Chong-gi est consi­dé­ré comme l’une des grandes voix de la poé­sie coréenne contem­po­raine, ce dont per­sonne ne dou­te­ra à la lec­ture de ce très bel ensemble de textes ; une poé­sie au sujet de laquelle il sera utile de se repor­ter ici.

Engagé poli­ti­que­ment durant son ser­vice mili­taire, en Corée, le poète a été arrê­té en 1965 et a déci­dé de quit­ter son pays – pour les Etats-Unis. Selon son édi­teur, le fait d’être un « exi­lé res­té fidèle à sa langue » est une carac­té­ris­tique majeure de son œuvre. Il y a beau­coup de force dans cet humain/​poète, en effet ; un humain/​poète obli­gé de rompre avec sa terre, sa famille, ses proches, sa géo­gra­phie et, d’une cer­taine manière – car com­ment y échap­per entiè­re­ment en exil ? – avec sa culture et son his­toire. Et pour­tant, il s’agit de vivre, et de vivre libre. La vie, la liber­té, c’est ce qui res­sort avec le plus de vigueur, et sans doute de beau­té, à la lec­ture de ce choix de poèmes, choix éta­bli sur une période allant de 1980 à 2010. Plus le lec­teur avance dans les pages du poète, plus il est évident qu’une forme de sagesse spi­ri­tuelle naît de la force asso­ciée à la beau­té des poèmes de Mah Chong-gi. Et c’est aus­si ce qui appa­raît d’évidence si on lit suc­ces­si­ve­ment un poème tel que « À quoi sert un poète ? », poème tout en enga­ge­ment poli­tique et ce texte que l’auteur a don­né à son tra­duc­teur il y a peu, texte repro­duit en fin de volume, « Je parle de ma poé­sie », texte ver­ti­cal et vivant. La vie du poète est un voyage, tant sur le plan maté­riel que plus direc­te­ment humain – c'est-à-dire poé­tique. Le genre de voyage où la trame inté­rieure, même influen­cée par les évé­ne­ments immé­dia­te­ment visibles, importe et imprime bien plus que toute appa­rence : c’est de sa propre édi­fi­ca­tion en tant qu’homme/poète dont parle Mah Chong-gi dans sa belle et forte poé­sie. Point de res­sen­ti­ment ou de mar­ty­ro­lo­gie dans Celui qui garde ses rêves, tout au contraire ; et le titre, superbe, de ce livre suf­fi­rait à le dire. C’est bien cet « élan de spi­ri­tua­li­té » dont parle joli­ment son tra­duc­teur qui frappe son lec­teur.

Mah Chong-gi est l’auteur d’une dizaine de recueils et d’essais, écrits en coréen, et publiés en Corée, ce qui lui a valu plu­sieurs prix lit­té­raires. On le com­prend sans peine à la lec­ture, par exemple, de ce cré­pus­cule de dia­spo­ra.      

X