> Chant du Réfugié et autres poèmes

Chant du Réfugié et autres poèmes

Par | 2018-02-23T17:35:36+00:00 29 juin 2017|Catégories : Blog|

tra­duc­tion Elizabeth Brunazzi

 

La Chanson du réfugié

 

 

Envers la Péninsule Bleue
L’heure de mois­son des ténèbres
Réjouis­sez-vous, ô langues rachetées
Leurs por­tails sont démolis

 

Mais non leur appel s’éteint
Les lions rampent dans la brume au-des­sus de la Mer Noire
Leurs bouches sont noires ils avalent notre souffle
Ils parlent de sang ils parlent de mort

 

La langue des Balkans a été rache­tée
La langue des Balkans est deve­nue noire
Les Gardiens de la Gråce mettent le feu aux bûchers funé­raires
Les murs aux langues de feu se sont dres­sés

 

Nous sommes par­qués à la Jungle de Calais
Pour vivre par­mi les mon­ceaux d’ordures et de crânes
Les sca­ra­bées courent ici et là
La Péninsule Bleue est deve­nue noire

 

On entend pour­tant tou­jours son appel
L’appel de la Péninsule Bleue
La démo­li­tion du mur
Nous rêvons encore des pétales flot­tantes qui en des­cendent

 

 

 

Song of the Refugee

 

 

 

Toward the Blue Peninsula
Harvesting the dark­ness
Rejoice, ye ran­so­med tongues
Their por­tals are thrown down

 

But no the call is blun­ted
Lions roam the mist above the Black Sea
Their mouths are black they inhale our breath
They speak of blood they speak of death

 

The tongue of the Balkans has been ran­so­med
The tongue of the Balkans has tur­ned black
The Gatekeepers of Mercy are stri­king pyres
Walls have risen with tongues of fire

 

We are shun­ted to the Jungle of Calais
To live in heaps of gar­bage and skulls
Beetles scut­tle here and there
The Blue Peninsula has tur­ned black

 

But we still hear the call
The call of the Blue Peninsula
The tea­ring down of the wall
We still dream of petals floa­ting down

 

 

January 17, 2017

 

*

 

 

Quand

 

 

Quand tombe la nuit
Quand s’ouvrent les bouches
Figées au paroxysme d’un cri
Quand regardent fixe­ment les yeux creux
Quand les enfants de pierre osse­ments des­ti­nés au four­gon
Sans ordre par­ti­cu­lier tombent lour­de­ment à terre

 

Quand des blocs d’ossements aux angles incon­nus
Déchargés dans une fosse les membres déchi­que­tés
Quand les bras (ou ce qui fut des bras)
Quand les jambes (ou ce qui fut des jambes)
Et les côtes et les hanches et les che­villes
Une mon­tagne écor­chée jusqu’aux étoiles muettes

 

Quand les che­veux sont arran­gés soi­gneu­se­ment en sacs
Quand les râte­liers les dents pla­cés en rangs
Quand les pou­pées et les trains minia­tures et les alliances
Sont pla­cés en rangs pour le pro­chain
Et le pro­chain pour nul ne sait

 

C’est quand nous

 

C’est quand

 

C’est

 

Ce

 

yis­ga­dal veyis­ka­dah shmey raba. . .

 

 

 

 

When

 

 

When night falls
When mouths open
In taut pitch fro­zen
When eyes stare hol­low
When chil­dren of stone bone for the box­car
In no spe­cial order slump to the floor

When slabs of bone in angles unk­nown
Dumped into a pit limbs akim­bo
When arms (or what once were arms)
And legs (or what once were legs)
And ribs and hips and ankles
A raw moun­tain to the mute stars

When hair is care­ful­ly arran­ged in sacks
When den­tures teeth pla­ced in rows
When dolls and small trains and toy sol­diers
And spec­tacles and bra­ce­lets and rings
Are pla­ced in rows for the next
And the next for no one knows

 

This is when we

 

this is when

 

this is

 

this

 

 

yis­ga­dal veyis­ka­dah shmey raba. . .

 

February 11, 2015

 

 

*

 

 

Où s’asseoir

 

 

 

Je suis assis sur un bloc de glace

à gauche et à droite les années

tour­billon de confet­tis

 

Je touche quelques livres qui s’éloignent

flot­tant de plus en plus minces

Armadas minia­tures se dis­sol­vant

 

Je suis assis dans une caverne

Les ombres prennent vie ;

Elle est der­rière moi, chu­cho­tant

Est-ce que je me retourne ?

 

Je suis assis dans ma propre conscience

Jusqu’à ce que je dis­pa­raisse

 

Je suis assis sur une colonne de bois

Marquant d’un signe le bateau pour retrou­ver l’épée englou­tie

Revenant encore une fois à la glace

Le cou­rant bouillon­nant au-des­sous

 

 

 

 

Where to sit

 

 

I sit on a block of ice

left and right the years

whir­ling confet­ti

 

I touch a few books floa­ting

thin­ner as they go

Tiny arma­das dis­sol­ving

 

I sit inside a cave

Shadows qui­cke­ning ;

She is behind me, whis­pe­ring,

Do I turn ?

 

I sit in my own mind

Until I disap­pear

 

I sit on a woo­den pillar

Marking the boat to find the sun­ken sword

Return again to the ice

Roiling cur­rent beneath

 

 

*

 

L’Île des morts

 

 

le petit bateau avec sa charge silen­cieuse

le port cein­tu­ré de rochers se dresse au loin

les eaux cla­potent sans bruit

 

un seul pas­sa­ger endeuillé, peut-être, ou un prêtre

par­tage l’esquif avec le pas­seur

et le cer­cueil

il glisse vers la brume grise

les eaux se referment tran­quille­ment

ne lais­sant aucune trace de

son arri­vée ni de son départ

 

 

 

Isle of the Dead

 

 

the lit­tle boat with its silent car­go

the rock-girt har­bor looms in the dis­tance

waters lap­ping noi­se­less­ly

 

a soli­ta­ry mour­ner, per­haps, or priest

 

shares the skiff with the fer­ry­man

and the cof­fin

 

It glides by to the grey mist

the waters close quiet­ly

lea­ving no trace of its

coming or going

 

 

January 20, 2016

 

 

 

*

 

 

yugen, un mot japonais

 

 

regar­der le soleil se cou­cher

der­rière une col­line en robe de fleurs

 

errer de plus en plus loin dans une sombre forêt

sans pen­sée de retour

 

s’arrêter sur une rive et du regard suivre un bateau

dis­pa­rais­sant au-delà d’ îles loin­taines

 

contem­pler le vol d’oies sau­vages

aper­çues puis per­dues par­mi les nuages

 

 

 

 

yugen a Japanese word

 

 

 

to watch the sun sink

behind a flo­wer-clad hill

 

 

wan­der on and on in a dark forest

without thought of return

 

 

stand upon the shore and gaze after a boat

disap­pea­ring beyond dis­tant islands

 

 

contem­plate the flight of wild geese

seen and lost among the clouds

 

 

January 21, 2016

 

 

French Translation, by Elizabeth Brunazzi

avec l’aide de Marilyne Bertoncini