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Choix de 8 poèmes

Par | 2018-02-18T20:40:56+00:00 30 décembre 2013|Catégories : Blog|

 

qui sau­rait arrê­ter ceux qui vont
d’ombre en ombre au-dedans d’eux-mêmes
regards pour rien vers nous
comme des poches vides retour­nées

et le silence de leurs pas
comme s’ils dis­po­saient pour eux seuls
d’un trot­toir de neige

leurs visages aux vitres
appuyés reti­rés
trans­pa­rence du verre et de leur nom

là où le vent n’a pas trou­vé d’arbre
c’est l’un d’eux qui tremble
d’une émo­tion de feuillage

 

(Sous des dehors, Rougerie 1995)

 

 

***

de l’eau creu­sée d’un rien
on retire la main qui porte
la fraî­cheur au visage

un ins­tant tout gagne en clar­té
reprend équi­libre

seuls des reflets vacillent
comme ce qui s’éloigne
dans la mémoire

un che­min s’ouvre
dont toutes les pierres
n’ont pas encore pesé sur l’espoir

 

(Le Temps par moments, Rougerie 1999)

 

***

pour que nous frôle la beau­té de vivre
il suf­fit d’être atten­tif
à ce qui ne déborde pas du jar­din
petits bruits odeurs d’herbe
merle qui joue
avec l’œil du chat
comme avec le feu

venu de loin le vent
replie l’ailleurs sur l’ici
dans une même trans­pa­rence
qui dure sans trem­bler
comme l’eau dans le verre

à ceux qui passent
un salut silen­cieux
et mer­ci de ne rien empor­ter

 

(Le Temps par moments, Rougerie 1999)

 

***

 

même si l’eau tom­bée du toit
courbe tou­jours la même branche
et qu’en nous quelque chose penche
un peu plus bas à chaque fois

nous avan­çons sans rien défaire
de la jeu­nesse que nous eûmes
mêmes dési­rs mal­gré la brume
qui nous dérobe des lumières

même mépris du poids du temps
sur l’horizon plat se des­sine
l’humble révolte des col­lines
qui sou­lève tou­jours le vent

gouttes d’eau qui tombent du toit
branche qui plie et se relève
on en revient tou­jours au rêve
qui met le ciel au bout des doigts

et dans le bleu la main s’en va
écrire un poème au-delà

 

(Le Temps par moments, Rougerie 1999)

***

 

je garde mes jar­dins
leurs sta­tues sans tête
qui ont toutes
un même visage de ciel

je garde mes jar­dins
leur neige où j’écris
sans tour­ner de page

mes mains sont ici
les ailes de l’oiseau
que je leur invente
pour qu’elles me quittent
et me reviennent

tout ce que je jette
au fond de mes puits
remonte en eau claire

je dors sous mes ombres
d’un som­meil sans clé
et sa porte bat
pour que je res­pire
au centre et autour
des jar­din gar­dés

 

(Le ciel pas­sant, Rougerie 2002)

 

***

La manche à air.
Pas de vent dedans.
On me dit : jusqu’où irais-tu, toi sans res­pi­rer ?
Je pour­rais répondre que,
dans les rêves,
on monte les esca­liers comme on les des­cend.
Ou qu’en tout che­min où je m’arrête
mon ombre conti­nue d’avancer.
Ou encore, qu’un pas en amène un autre
et que l’oiseau qui me sou­lève par­fois
m’en épargne beau­coup.

 

(Chemin qui me suit, Rougerie 2011)

 

***

 

La vie ? On la porte, on la pose.
La semaine n’a qu’un dimanche,
magi­cien qui sort de sa manche,
vivantes puis mortes, des roses.

Bon, la vie c’est lourd et pour rien.
Mais depuis le temps on s’arrange.
On part de la bête vers l’ange,
avant d’arriver, on revient.

Et ils n’auront pas été vains,
ces allers-retours déri­soires :
en che­min on aurait pu croire
à de l’humain presque divin !

Reste l’humain, à ce qu’il semble.
Devant un vin qu’on tarde à boire,
par cœur on apprend sa mémoire
qui à nulle autre ne res­semble.

 

(Chemin qui me suit, Rougerie 2011)

 

***

 

Et de sa main levée très haut,
elle des­sine dans l’air un cercle par­fait,
un cercle dont elle est seule à retrou­ver le centre.
Elle le désigne comme s’il était son cœur
res­té hors d’elle-même après la mort de l’enfant.
Et dans ce cercle, on voit tom­ber la lune
comme un bal­lon que l’enfant aurait échap­pé
et que per­sonne ne peut lui rendre.
Il est nuit, elle s’en va et les étoiles qui ont choi­si
son deuil pour ciel la suivent.

 

(Chemin qui me suit, Rougerie 2011)
 

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