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Choix de poèmes de Rodrigo Verdugo Pizarro

Par |2018-11-19T10:22:15+00:00 20 mai 2014|Catégories : Blog|

 

Rodrigo Verdugo Pizarro, extrait d'un ensemble de recueils intitulés Annonces :
(Traductions du castillan au français : Denise Peyroche et Pedro Vianna)

 

CUARTO ANUNCIO

Todo lo que lle­ga a tocar cie­lo
Se convierte en esa simul­ta­nei­dad que cur­va las almas
Los otros sólo lle­van la podre­dumbre de las olas,
La angus­tia de los obje­tos.
Sí, esos mis­mos que empe­za­mos a cono­cer
Cuando la som­bra está repe­ti­da de ardores
Cuando vivir es como desen­re­dar las aguas
O ver cómo la arru­ga emba­ra­za­da
Se mueve en el potre­ro cada año.
El cuchil­lo no entra, pero saca toda el agua que hay den­tro de los días
Hasta que en ese fon­do no hay nada más que la vejez
Nada más que esa conci­lia­ción que adquiere la len­gua
Al posarse sobre la nie­bla.
Nos desa­lo­jarán de los cír­cu­los
Las áni­mas de sal reu­nirán toda la cóle­ra de nues­tros ojos
Andaremos oyen­do letanías como las del fau­no que hicie­ron
Reventar en sangre los oídos de los ani­males en el zooló­gi­co
Se esconde uno detrás de una ceni­za para ver pasar los días
Ver pasar palo­mas que se pare­cen al día de los muer­tos en las islas
Bebe en los vil­lor­rios, donde las arañas desor­de­nan la resur­rec­ción
Vuelve como el padre de las riza­du­ras a cada desem­bo­ca­du­ra
Vuelve des­pués de haber­lo vis­to todo
Vuelve con una más­ca­ra que no es ni el aire, ni el fue­go
Vuelve har­to ya de tan­tas letanías, a pun­to de dina­mi­tar al fau­no
Viste a los árboles de un tor­men­to vir­gen
Apacigua a las bal­le­nas con car­dos y reti­nas des­pren­di­das
Vuelve como el niño lobo que entra­ba
Con una ban­de­ja lle­na de un líqui­do azul
A la pie­za que no tenía sue­lo, sólo las paredes y el techo
Y vol­ver es siempre como si nos cor­ta­ran de ese mime­tis­mo
Ahora los árboles ten­drán que bus­carle otro nombre a la muerte
Y los vue­los no podrán escla­re­cer nada
Todo hue­co aza­ro­so se debe habi­tar líqui­da­mente
Y líqui­da­mente habi­ta­mos lo que va a venir
Como si nos conce­die­ran por últi­ma vez a la bes­tia seca y opa­ca oírle :
Que de día éra­mos libres
Que de noche un resorte sinies­tro nos unía.
Un espe­jo levi­ta en los cemen­te­rios :
De modo que las tum­bas de aba­jo se tras­la­dan hacia arri­ba
De modo que las tum­bas de arri­ba se tras­lu­cen hacia aba­jo
Y la gente arma y desar­ma male­tas.

QUATRIÈME ANNONCE

Tout ce qui par­vient à tou­cher le ciel
Se trans­forme en cette simul­ta­néi­té qui courbe les âmes
Les autres ne font que por­ter la pour­ri­ture des vagues,
L’angoisse des objets.
Oui, ceux-là mêmes que nous com­men­çons à connaître
Quand l'ombre se mul­ti­plie en ardeurs
Quand vivre c’est comme démê­ler les eaux
Ou voir com­ment la ride enceinte
Bouge dans le pré chaque année.
Le cou­teau n’entre pas, mais ôte toute l’eau qu’il y a dans les jours
Jusqu’à ce que dans ce fond ne reste que la vieillesse
Rien que cette conci­lia­tion qu’acquiert la langue
En se posant sur le brouillard.
Nous serons délo­gés des cercles
Les mânes¹ de sel ras­sem­ble­ront toute la colère de nos yeux
Nous irons enten­dant des lita­nies comme celles du faune qui firent
Éclater en sang les oreilles des ani­maux dans le zoo
On se cache der­rière une cendre pour voir pas­ser les jours
Voir pas­ser des colombes qui res­semblent au jour des morts dans les îles
Bois dans les bour­gades, où les arai­gnées brouillent la résur­rec­tion
Reviens tel le père des stries vers chaque embou­chure
Reviens après avoir tout vu
Reviens avec un masque qui n’est ni l’air ni le feu
Reviens gavé par tant de lita­nies, sur le point de dyna­mi­ter le faune
Revêts les arbres d’un tour­ment vierge
Apaise les baleines avec des char­dons et des rétines décol­lées
Reviens tel l’enfant loup qui entrait
Avec un pla­teau plein d’un liquide bleu
Dans la pièce qui n’avait pas de sol, rien que les murs et le pla­fond
Et reve­nir c’est tou­jours comme si nous avions été cou­pés de ce mimé­tisme
Maintenant il fau­dra que les arbres cherchent un autre nom pour la mort
Et les envols ne pour­ront rien cla­ri­fier
Tout creux de mal­heur doit être habi­té liqui­de­ment
Et liqui­de­ment nous habi­tons ce qui va venir
Comme si on nous concé­dait pour l’ultime fois d’entendre la bête sèche et opaque :
Que le jour nous étions libres
Que la nuit un res­sort sinistre nous unis­sait.
Un miroir lévite dans les cime­tières :
De sorte que les tombes du bas se déplacent vers le haut
De sorte que les tombes du haut se reflètent vers le bas
Et les gens font et défont des valises.

Traduction de  Denise Peyroche
pour La Voix des Autres (revue de poé­sie)

¹ En espa­gnol, áni­mas. Comme dans cer­tains pays médi­ter­ra­néens, en Grèce par exemple, il était cou­rant au Chili, notam­ment à la cam­pagne, d’allumer des bou­gies là où quelqu’un était mort sur la route ou les che­mins. Parfois, des niches en bois, voire en maté­riaux plus solides, étaient construites por­tant le nom du mort, la date et les rai­sons de son décès, par­fois même une pho­to. La croyance popu­laire affir­mait que l’esprit du mort ― qui n’avait pas trou­vé le repos éter­nel ― venait rôder autour de cet “autel”. Le mot áni­ma désigne cet esprit. Le com­plé­ment “de sel” nous empê­chant de tra­duire ici áni­mas par “âmes en peine” ― dans l’absolu la solu­tion la plus simple ― nous avons du faire appel à “mânes”…

 

SEIZIEME ANNONCE

Nous arri­vâmes à la ville redou­table
Où les agneaux se balan­çaient sur des fils de fer
Des patrouilles de langues fai­saient leur ronde, vieillards chauves aux capes noires
C’était notre place de tou­jours, notre chambre était dans un ascen­seur
Après avoir véri­fié chaque recoin, écha­fau­dé cer­taines allu­sions
Nous allu­mâmes des cierges pour le cadavre de la dis­tance.
Nous vînmes pour nous cou­cher, copu­ler, quelqu’un bou­gea le levier
Et nous des­cen­dîmes dans le sou­ter­rain, les murs étaient dif­fé­rents,
Étaient cou­verts d’étagères,
Qui à leur tour étaient cou­vertes de tubes à essai sales et vides
Par une fente, on enten­dait des cris, on voyait l’ombre d’agneaux qui se balan­çaient
L’intermittence de ces patrouilles de langues était dans nos bouches et dans ton vagin.
De notre chambre sor­taient des allu­sions à la pierre et à l’eau,
Elles par­ve­naient dans tous les recoins de la ville.
Je vis tout de toi et tu n’étais que l’innocence de l’éclair sur le lit
Rien d’autre que la grande obs­cu­ri­té d’un parc,
Viens te dis-je, ô viens oiseau, avant que la hau­teur ne soit étran­glée,
Viens à moi, me dis-tu, parce qu’après que nous nous serons aimés, les nuages
com­pren­dront la déchi­rure.
Quelqu’un bou­gea le levier, nous remon­tâmes, tu vis tout de moi
La grande obs­cu­ri­té d’un parc et moi bâillon­né sur la table uté­rine
Tu vis celui qui vou­lait par­tir, com­ment le sui­vaient ces vagues
Qu’étaient les char­pen­tiers dorés,
Comment elles lui offraient d’être vu sous tous les angles à la fois,
Pour qu’il puisse ain­si pré­ser­ver mémoire et extinc­tion comme deux vases dis­tincts.
Tu vis celui qui vou­lait reve­nir, com­ment les vagues écla­taient
Et sur le che­min il ren­con­trait des nids insai­sis­sables, des portes et des tatouages,
La grande obs­cu­ri­té d’un parc, mémoire et extinc­tion sur la table uté­rine,
Pendant que le sang pre­nait notre mesure.
Nous arri­vâmes à la ville redou­table, vite à notre place de tou­jours,
Nous arri­vâmes pour nous cou­cher, copu­ler, voir tout de nous,
Ces allu­sions qui sor­taient de la mer,
Parce que la mer était la veille* de nos corps.
Et leur tour arri­vait, eux qui nous appor­taient sur des pla­teaux ces têtes d’agneaux
Têtes ver­ti­gi­neuses, sans doute,
Goûtez à ce sang, enten­dait-on par les fentes
Parce que chaque fois que quelqu’un le fait le tour­billon se signe
Essayez de pla­cer cette tête d’agneau sur le cadavre de la dis­tance,
Mêlez ce sang au vôtre,
Disaient les vieillards chauves aux capes noires
Pendant qu’on agit à nou­veau sur le levier, les murailles changent à nou­veau
Par les fentes on enten­dait com­ment res­pi­rait le brouillard,
Comme si le résul­tat en était des pierres et des eaux,
Le même que celui de nos corps quand ils dorment
Vous sau­rez, ô homme et femme, com­ment reve­nir tant
De l’ange qui griffe le fond de la mer
Que de l’innocence de l’éclair,
Ah en défi­ni­tive de la grande obs­cu­ri­té d’un parc
Vous sau­rez com­ment bou­ger le levier en votre faveur,
Peut-être vos corps ne reviennent-ils pas ensemble,
Juste quand les fis­sures par­donnent ce qui se passe dedans les nuages
Et que les allu­sions encerclent par les quatre côtés la ville redou­table.

Traduction de Pedro Vianna
pour La Voix des Autres (revue de poé­sie)

* En espa­gnol, vís­pe­ra, au sens de “le jour qui pré­cède”, “la veille”. Nous sommes conscient que dans ce vers le mot “veille”
est ambi­gu, mais toute péri­phrase — “le jour qui pré­cède nos corps” — ou idée proche — “les pré­mices de nos corps” — crée­rait
d’autres ambi­guï­tés, tout en alour­dis­sant le vers. Nous avons donc pré­fé­ré gar­der la flui­di­té du vers, assor­tie de la pré­sente
note. Note du tra­duc­teur.

 

 

VEINTICUATROAVO ANUNCIO

A Angye Gaona

Oh tan­ta ceni­za, der­ra­ma­da por la satá­ni­ca ceni­za”
Winett de Rokha

Pones espe­jos enci­ma de los pozos
Para sen­tir sed de tus cua­tro naci­mien­tos
Desde aho­ra las rue­das son las úni­cas alia­das de la noche
Recuérdalo, esta es la fies­ta que mar­chi­ta los árboles
Vienen tus cua­tro naci­mien­tos por el cie­lo
Tú has hun­di­do tu cabe­za en los pozos
Hay una caver­na cru­ci­fi­ca­da, desan­grán­dose por ser arma­du­ra
Estás bajo un cie­lo que confunde los espe­jos
Suben por tus manos cua­tro naci­mien­tos
Duermes sobre los espe­jos, sales con una arma­du­ra a pro­pa­gar un cal­va­rio
de algas
Has saca­do tu cabe­za de los pozos
Has ama­ne­ci­do al lado de alguien que tiene cabel­le­ra de llaves
La cono­ciste en aquel­la fies­ta
Bajo astros que día y noche tra­fi­can con la des­nu­dez de los muer­tos
Oh sed, ins­truye los vasos, que los espe­jos tra­ba­jan en cada abis­mo,
De ahí cua­tro naci­mien­tos salen rápi­da­mente del agua
Los vasos ado­ran la muerte
Alguien con cabel­le­ra de llaves espe­ra ser lle­va­da por el mar,
Espera ser acep­ta­da por la rue­da mila­gro­sa como un ángel y su for­tu­na de hor­mi­gas
Cada maña­na el mar pei­na su cabel­le­ra de llaves
Es cier­to que estas pie­dras nacen des­pués que se apa­ga un ángel
Debes dor­mir sobre ellas, acarí­cia­las, siente como cubren para seguir sien­do parte del cír­cu­lo
Debes tener raíces de tor­men­ta, de esas donde todos los ritos son uno
O sino nun­ca sabrás en qué tier­ra sepul­tar a quienes no son de este mun­do
O sólo un movi­mien­to de mares y de cie­los nos hace jinetes elás­ti­cos
Listos para verte flo­tar deba­jo del mar, donde tu ombli­go es apren­diz de bru­jo
Hay que guar­dar un poco de sal que­ma­da,
Para cuan­do el ama­ne­cer exhale esas esta­tuas
Salgo a pro­pa­gar un cal­va­rio de algas
La rue­da mila­gro­sa está midien­do la noche.
Es tiem­po que mi anillo esta­blez­ca un para­le­lo con tu cár­cel arte­rial
Así me lo pides, cubrien­do tu ros­tro con telas y sal que­ma­da.
Durmiendo sobre estas pie­dras
Flotando deba­jo del mar o bien diva­gan­do entre los árboles mar­chi­tos
Si los cabal­los cor­ren debe ser para­le­lo a nues­tro llan­to
Si los espe­jos tra­ba­jan en el abis­mo,
Debe ser para­le­lo a ese soplo que amar­ra a todas las esta­tuas
Y las conduce a implo­rar esa sal que­ma­da
Instruye los vasos, oh mar, con tu ley par­pa­deante
Sólo en tus olas, se rami­fi­can los enig­mas, se ali­men­tan los simu­la­cros con pár­pa­dos
Así está pre­con­ce­bi­do, tal como el sueño es la hume­dad de dios
Así está pre­con­ce­bi­do, tal como el cie­lo se besa a sí mis­mo den­tro de los espe­jos
De los cuales salen las águi­las con la cabe­za sumer­gi­da en un pozo,
Vuelan así, simu­lan­do ser esas esta­tuas que le hicie­ron cua­tro pechos a la luz,
Los cua­tro pechos que van levantán­dose en el mar,
Más, hay un anillo sedien­to rodan­do por la tier­ra
De pozo a espe­jo hay una dona­ción furio­sa
Quién no ha pues­to su oído en algún pozo o espe­jo
Para saber cómo los dioses per­si­guen aquel­la rue­da mila­gro­sa
Ella agi­ta su cabel­le­ra de llaves, y por imi­tarle la ove­ja amar­ra­da al parrón
Se suel­ta y lo der­rum­ba y huye con un cír­cu­lo inno­mi­na­do en la piel
Amanecer a tu lado sólo se igua­la a recons­truir una fuente con nues­tras bocas
Huimos lejos sobre nues­tros cabal­los, pero tro­pe­za­mos con el rayo
Y para no vol­ver a tro­pe­zar con él
Fortalecemos aquel­lo que entra por las estrel­las y sale por las heri­das,
Con lla­mas que pare­cen cru­ci­gra­mas, ahí en ple­na noche
Dos arma­du­ras abra­za­das son atraí­das por la rue­da mila­gro­sa
La noche ya ha sido medi­da
La des­nu­dez de los muer­tos es pro­pie­dad de la nie­bla
Un movi­mien­to de mares y cie­los inno­mi­nan aun más al cír­cu­lo
Las ove­jas agó­ni­cas tra­gan lla­mas que pare­cen cru­ci­gra­mas
Son amar­ra­das, y col­ga­das nue­va­mente a los par­rones
Y lan­za­das con par­rones y todo al acan­ti­la­do
Para que el cír­cu­lo inno­mi­na­do sea ahon­da­do, para que se abrie­ra y cer­ra­ra
Sin nece­si­dad de un movi­mien­to de mares y de cie­los, así sólo
Y qué se puede traer desde la pro­pia cegue­ra,
Sino agua, agua que nos pro­tege de los espa­cios inexis­tentes
Donde las ove­jas cor­ren libres de cas­ta y de sacri­fi­cios ama­rillos
Y no existe nadie que con gri­tos de loca las amarre al parrón
Entonces baja­mos y en cajas de ter­cio­pe­lo guar­da­mos los peda­zos de aquel­las ove­jas
Y los pusi­mos al pie de los espe­jos enca­de­na­dos
Donde te mira­bas cada vez que regre­sa­bas de un viaje en bar­co
Guardamos los peda­zos de aquel­las ove­jas en cajas de ter­cio­pe­lo
Para que consta­ra nues­tra dona­ción
Es la hora de sacar esas caver­nas de las cruces
Ponerles el man­to enci­ma, un beso de jinete elás­ti­co que las haga
Subirse al balancín para com­pro­bar la sepa­ra­ción de los cie­los y los mares
Su desan­gra­mien­to es dona­ción a un espa­cio inexis­tente
Aunque arma­du­ras y algas se vuel­van un solo cau­ti­ve­rio
Tu ombli­go es apren­diz de bru­jo, cuan­do apa­re­cen diez o cien o más pozos rodeán­dote
Toda cár­cel arte­rial yace de paso en los infier­nos
Esperando que ese anillo vuel­va a empu­jar­la de nue­vo
Tú lo sabes, des­pués de come­ter la dona­ción más furio­sa
Ese tra­ba­jo de espe­jo es equi­va­lente a ese anillo que te hizo entrar a la cár­cel arte­rial
Esperando, sólo espe­ran­do que el pozo sea lle­va­do por el mar,
Que se rebalse con la des­nu­dez de los muer­tos
Y que aquel­la que tiene cabel­le­ra de llaves hun­da sus uñas en las estrel­las
Porque su cuer­po será de una sola vez ese altar de nie­bla
Donde lle­garán sin pie­dad los fue­gos y las aguas a cum­plir con cua­tro naci­mien­tos.

VINGT-QUATRIÈME ANNONCE

À Angye Gaona

« Ô tant de cendre, ver­sée par la cendre sata­nique »
                                                                                      Winett de Rokha

Tu places des miroirs au-des­sus des puits
Pour éprou­ver la soif de tes quatre nais­sances
Dès à pré­sent les roues sont les seules alliées de la nuit
Souviens-t’en, c’est cette fête qui flé­trit les arbres
Tes quatre nais­sances viennent à tra­vers le ciel
Tu as plon­gé ta tête dans les puits
Il y a une caverne cru­ci­fiée, qui saigne car c’est une armure
Tu es sous un ciel qui trouble les miroirs
Par tes mains montent quatre nais­sances
Tu dors sur les miroirs, tu pars avec une armure pro­pa­ger un cal­vaire d’algues
Tu as extir­pé ta tête des puits
Tu t’es éveillé à côté de quelqu’un qui a une che­ve­lure de clés
Tu l’as connue à cette fête-là
Sous des astres qui jour et nuit tra­fiquent avec la nudi­té des morts
Ô soif, ins­truis les vases, car les miroirs tra­vaillent dans chaque abîme,
De là, quatre nais­sances sortent rapi­de­ment de l’eau
Les vases adorent la mort
Elle, celle à la che­ve­lure de clés attend d’être empor­tée par la mer,
Attend d’être accep­tée par la roue mira­cu­leuse tel un ange et sa for­tune de four­mis
Chaque matin la mer peigne sa che­ve­lure de clés
C’est sûr que ces pierres naissent après qu’un ange s’est éteint
Tu dois dor­mir sur elles, caresse-les, sens comme elles couvrent pour conti­nuer à faire par­tie du cercle
Tu dois avoir des racines de tour­mente, de celles où tous les rites sont un
Ou sinon tu ne sau­ras jamais dans quelle terre ense­ve­lir ceux qui ne sont pas de ce monde
Ou rien qu’un mou­ve­ment de mers et de cieux fait de nous des cava­liers élas­tiques
Prêts à te voir flot­ter sous la mer, où ton nom­bril est un appren­ti sor­cier
Il faut gar­der un peu de sel brû­lé,
Pour le moment où le lever du jour exha­le­ra ces sta­tues
Je pars pro­pa­ger un cal­vaire d’algues
La roue mira­cu­leuse mesure la nuit.
Il est temps que mon anneau éta­blisse un paral­lèle avec ta geôle arté­rielle
Tu me le demandes, cou­vrant ton visage de tis­sus et de sel brû­lé.
Dormant sur ces pierres
Flottant sous la mer ou bien diva­guant entre les arbres flé­tris
Si les che­vaux courent, il faut que ce soit en paral­lèle à nos pleurs
Si les miroirs tra­vaillent dans l’abîme,
Il faut que ce soit en paral­lèle à ce souffle qui attache toutes les sta­tues
Et les conduit à implo­rer ce sel brû­lé
Instruis les vases, ô mer, de ta loi qui bat des pau­pières
Dans tes vagues seule­ment, se rami­fient les énigmes, se nour­rissent les simu­lacres avec des pau­pières
Ainsi est-il pré­éta­bli, comme le rêve est l’humidité de dieu
Ainsi est-il pré­éta­bli, comme le ciel s’embrasse soi-même dans les miroirs
D’où sortent les aigles la tête immer­gée dans un puits,
Volant ain­si, fei­gnant d’être ces sta­tues qui ont fait quatre seins à la lumière,
Les quatre seins qui se lèvent dans la mer,
Et plus, il y a un anneau assoif­fé rou­lant sur la terre
Du puits vers miroir il y a un don furieux
Qui n’a pas pla­cé son oreille sur un puits ou sur un miroir
Pour savoir com­ment les dieux suivent la roue mira­cu­leuse
Elle agite sa che­ve­lure de clés, et pour l’imiter la bre­bis atta­chée à la treille
Se délivre et la ren­verse et fuit avec un cercle innom­mé sur la peau
S’éveiller à tes côtés vaut recons­truire une fon­taine avec nos bouches
Nous fuyons loin sur nos che­vaux, mais nous butons sur l’éclair
Et pour ne pas buter encore sur lui
Nous for­ti­fions ce qui entre par les étoiles et res­sort par les bles­sures,
Avec des flammes qui semblent des mots croi­sés, là, en pleine nuit
Deux armures enla­cées sont atti­rées par la roue mira­cu­leuse
La nuit a déjà été mesu­rée
La nudi­té des morts est pro­prié­té du brouillard
Un mou­ve­ment de mers et de cieux innomment encore plus le cercle
Les bre­bis ago­ni­santes avalent des flammes qui semblent des mots croi­sés
Elles sont atta­chées, et de nou­veau pen­dues aux treilles
Et jetées contre la falaise avec les treilles et le reste
Pour que le cercle inno­mé soit appro­fon­di, pour qu’il se soit ouvert et fer­mé
Sans qu’il faille un mou­ve­ment de mers et de cieux, rien que cela
Et que peut-on tirer de son propre aveu­gle­ment,
Sinon l’eau, l’eau qui nous pro­tège des espaces inexis­tants
Où les bre­bis courent affran­chies des castes et des sacri­fices jaunes
Où il n’existe per­sonne qui avec des cris de folle les attache à la treille
Alors nous des­cen­dîmes et dans des boîtes de velours nous ran­geâmes les mor­ceaux de ces bre­bis
Et les pla­çâmes au pied des miroirs enchaî­nés
Où tu te regar­dais chaque fois que tu reve­nais d’un voyage en bateau
Nous ran­geâmes les mor­ceaux de ces bre­bis dans des boîtes de velours
Pour attes­ter de notre don
L’heure est venue d’ôter ces cavernes des croix
De les enve­lop­per d’un man­teau, un bai­ser de cava­lier élas­tique qui les fasse
Monter sur la balan­çoi­re¹ pour consta­ter la sépa­ra­tion des cieux et des mers
Son sai­gne­ment est un don à un espace inexis­tant
Même si des armures et des algues deviennent une seule cap­ti­vi­té
Ton nom­bril est un appren­ti sor­cier, quand sur­gissent dix ou cent ou davan­tage de puits qui t’entourent
Toute geôle arté­rielle gît de pas­sage dans les enfers
Dans l’espoir que cet anneau revienne la pous­ser de nou­veau
Tu le sais, après avoir com­mis le don le plus furieux
Ce tra­vail de miroir est l’équivalent de cet anneau qui t’a fait entrer dans la geôle arté­rielle
En atten­dant, en atten­dant seule­ment que le puits soit empor­té par la mer,
Qu’il déborde de la nudi­té des morts
Et que celle à la che­ve­lure de clés enfonce ses ongles dans les étoiles
Parce que son corps sera d’un seul coup cet autel de brouillard
Où arri­ve­ront sans pitié les feux et les eaux pour s’acquitter de quatre nais­sances.

Traduction de Pedro Vianna
pour La Voix des Autres (revue de poé­sie)

¹ Dans l’original, il s’agit, sans doute pos­sible du “jeu de bas­cule” dit aus­si “tape­cul” (en espa­gnol : balancín), où deux per­sonnes sont impli­quées et non de la balan­çoire (en espa­gnol : colum­pio) au sens strict, où l’on est seul.

 

SOIXANTIÈME ANNONCE

  À la mémoire de Cecilia González Robles

   "On a bri­sé le miroir au visage outre­mer" 

                                                                Roberto Yáñez           

 

J'ai peur de mes propres échos
Le froid abîme les roues du souffle
L'incompris de l'espace effeuille la lumière
Seuls les enfants pos­sèdent les roues du souffle
Ils fuient le froid comme des épis nasaux
Que per­sonne ne me réponde en retour
Il y a des pleurs de pierre sur le néant
Je tombe par peur de mes propres échos
Passent les sai­sons, passent les lueurs
Je veux remon­ter vers le monde avec les roues du souffle
Connaître à nou­veau cette nuit
Pendant laquelle les grillons sont géants
Les cein­tures se brisent en océans
Notre mur­mure tombe près des pleurs de pierre
Les années ne sont pas sus­pen­dues à nous, mais aux arbres
Nous sommes deve­nus sou­ter­rains à cause de nos propres échos
Nous nous sommes ôté un peu de glaise
Et nous te voyons appa­raître sous ce pal­mier stig­ma­ti­sé
Nous savons alors
Quel sabot galope sur cet incen­die
Quel scor­but de bal­le­rine par­court au galop les satel­lites
Tu appa­rais ici, juste sous ce pal­mier stig­ma­ti­sé
Quand ce qui est semé au ciel se récolte dans la vora­ci­té du sang lui-même
Tu appa­rais ici et des pleurs de pierre se déversent sur le néant
Le pal­mier stig­ma­ti­sé se des­sèche et devient un balai
Avec lequel jadis on balayait les restes de toute stig­ma­ti­sa­tion
Toi, tu montes par cet esca­lier de griffes
Pendant que les pois­sons attachent l'ouragan à ta tête
On ne t'a pas encore sor­ti ta robe de fête
C'est pour­quoi un scor­but de bal­le­rine par­court au galop les satel­lites
C'est pour­quoi un père de cendre joue du pia­no chaque nuit
Et laisse s'égoutter la cendre dans le pia­no
Pour l'accorder selon le mur­mure des grillons qui, la nuit, sont géants
Nous devînmes voraces à cause de ces cein­tures qui se brisent en océans
Nous avons peur de nos propres échos
C'est pour­quoi toutes les navi­ga­tions voguent au souffle du sang
Des pleurs de pierre se sont déver­sés sur le néant
D'où viennent ces pleurs de pierre
Si ce n'est du pétale qu'est la nuit sur une seule morte
Devant ce pétale nous ser­rons les lèvres
Devant ce pétale les sub­stances reculent
Devant ce pétale il n'y a pas d'anges vacants,
Il étreint le père de cendre, les grillons ces­se­ront d'être géants
Je deviens sou­ter­rain pour mes propres échos
Je ne veux pas remon­ter vers le monde
Car les limites des choses veulent se sui­ci­der
Et l'horizon doit se fondre avec la terre
Car nous ne savons pas de quelle sépa­ra­tion viennent les rivières
Les lueurs se sont enflées comme des fan­tômes de glaise
Les épis nasaux font des rondes comme des enfants pour évi­ter le froid
Font des rondes devant les roues du souffle
Tu appa­rais ici et la lumière s'effeuille
Et des pleurs de pierre se déversent chaque nuit.

   Traduction du cas­tillan (Chili) : Denise Peyroche

 

QUATRE VINGTIÈME ANNONCE

   À la mémoire de Patricio Valera
  

"Avant que ne tombe la nuit com­plète nous étu­die­rons les taches sur le mur :
   Certaines semblent des plantes, d'autres des ani­maux mytho­lo­giques"

                                                                                                                            Nicanor Parra

 

Les augures tombent avec un para­chute de pau­pières
Sur la pous­sière qui ne doit plus être réveillée chaque matin
Elles font un pas explo­sif qui nour­rit les pierres tom­bales
Un rythme arach­néen hiverne dans nos syl­labes
Quelque chose nous regarde de l'intérieur et ce n'est pas de la pous­sière
Car la pous­sière a déjà fait son ultime voyage
C'est quelque chose qui vient tel un volume quel­conque
De ce ciel empê­tré dans tant de dieux
Tel un volume quel­conque depuis que nous avons emplu­mé l’anonymat
Les modistes tirent le meilleur par­ti de cette déten­tion du rayon ves­ti­bu­laire
Des machines ren­ver­sées frappent le ciel
Dieu emporte sur son dos toute cette brume
Les augures tombent avec des para­chutes de pau­pières
On leur a offert des porte-avions de quartz
On leur a offert les machines ren­ver­sées où notre âme est vue avant notre             [nais­sance
Eux, ils ont com­man­dé aux modistes un para­chute de pau­pières
Elles, qui ont tiré le meilleur par­ti de cette déten­tion du rayon ves­ti­bu­laire
Ont exé­cu­té la com­mande
Et voi­là que les augures tombent
Sur cette pous­sière qui n'est pas ce qui nous regarde de l'intérieur
Ce ne sont pas les restes du jour qui frappent le ciel
Portés ensuite par les machines ren­ver­sées dans une décharge
Oh vibra­tion sans ciel,
Les cieux sont issus de cette beau­té
Quelque chose nous regarde de l'intérieur et ce n'est pas de la pous­sière
Ce n'est pas non plus cette pure­té qui ne s'est pas encore habi­tuée à son arc
La pous­sière ne doit plus être réveillée chaque matin
Les augures s'approchent main­te­nant avec leur para­chute de pau­pières
Une fois encore le tra­vail des modistes est impec­cable
Voyez comme ils planent dans l'air
Voyez le rythme arach­néen hiver­nant dans nos syl­labes
Il se fait tard déjà et l'on doit mon­trer si les abîmes furent légi­times pour la nuit
On leur a offert un porte-avions de quartz  qu'ils pou­vaient par­fai­te­ment por­ter              [en guise de cein­tu­rons
Et pla­ner aus­si avec eux
Aujourd'hui c'est une tanière de machine ren­ver­sée à l'intérieur des arbres
Gardons le silence
Nos âmes vont dévo­rer les arbres
Puis nous boi­rons à cette coupe de gros nuages où notre pré­sence pré­serve du               [zèle des huiles
Préserve des expul­sions et des dis­pa­ri­tions
Nous boi­rons à cette coupe de gros nuages qui noir­cissent plus encore pour que               [nous buvions
Nous boi­rons tan­dis que les visages pleurent et ces larmes aus­si nous les buvons
Ô dieu toute cette brume que tu portes sur ton dos
Pourquoi cet éclat veut-il  sacri­fier à la mer ?
Dieu tu portes sur ton dos toute cette brume et cette brume court sur ce qui ne              [peut pas te bles­ser
Regarde nos machines ren­ver­sées dans une tanière à l'intérieur des arbres
Regarde les augures tom­bant avec leurs para­chutes de pau­pières
Sur cette pous­sière qui ce matin ne devra pas être réveillée
Les pierres tom­bales nour­ries de pas explo­sifs
Qui sait pour­quoi je pose des feuilles mortes sur toutes les syl­labes
Je ne puis extraire tout le rythme arach­néen qui en elles hiverne
Je ne puis t'extraire de tout ce dans quoi tu as plon­gé, je ne puis lais­ser cette
   [ombre épou­van­ter toute his­toire
N'importe quel volume vient de ce ciel, oh ce ciel empê­tré dans tant de dieux
Oh modistes, vous pou­vez faire quelque chose de ce volume
Dans la mesure du pos­sible quelque chose de sem­blable à ce para­chute de pau­pières
  [que vous avez impec­ca­ble­ment fabri­qué pour ces augures
Vous qui avez tiré le meilleur par­ti de cette déten­tion de rayon ves­ti­bu­laire
Dites-moi quel prix vous deman­de­rez et pour quand ce pour­rait-il être prêt
N'attendez pas que ces machines ren­ver­sées cessent de se reti­rer à l'intérieur des                [arbres
Ni que les augures foulent la pous­sière, ni qu'ils nour­rissent des pierres tom­bales              [de leurs pas explo­sifs
Je ne veux pas finir en por­tant une telle brume sur mes épaules
Je ne veux pas de ces restes du jour qui frappent le ciel en deman­dant à dieu de
   [se bles­ser où il ne peut se bles­ser
Ni en me met­tant des porte-avions de quartz pour le retour des machines               [ren­ver­sées
Ni en emplu­mant l’anonymat
Ni en regar­dant de l'intérieur sans savoir
Si je suis pous­sière qu'on ne réveille­ra pas ce matin
Ou son der­nier voyage.

     Rodrigo Verduro Pizzaro
     Traduction du cas­tillan (Chili) pour La Voix des Autres : Denise Peyroche

 

La Voix des Autres, revue de poé­sie fon­dée en 2004 par André Chenet, regroupe des poètes et artistes pro­ve­nant d'horizons très diver­si­fiés, tous reliés par la puis­sance du désir d'ouvrir des che­mins fra­ter­nels et de réduire la béance qui sépare la vie quo­ti­dienne des aspi­ra­tions humaines les plus éman­ci­pa­trices. Le Cahier Central du numé­ro 5 daté du 21 mars 2012 est dédié à la poète sur­réa­liste colom­bienne Angye Gaona qui a été incar­cé­rée pour avoir dénon­cé le régime de la ter­reur et les crimes contre les droits humains dans son propre pays. Parmi les auteurs invi­tés à par­ti­ci­per à ce numé­ro très dense : Nadine Lefebure (qui fut une des fon­da­trices de la revue clan­des­tine sur­réa­liste La Main à Plume, en 1940), Mahmoud Darwich (nou­velles tra­duc­tions de Kader Rabia), Rodrigo Verdugo Pizarro (Chili), Jean Pierre Faye, Emmanuelle K., Albert Anor (Suisse), Ernest Pépin (Guadeloupe), Cristina Castello (Argentine), Jean-Michel Sananès, Alda Merini (Italie), Kader Rabia (Kabylie), Ghyslaine Leloup … Le n° 7 paraî­tra en octobre 2014. Un numé­ro spé­cial en hom­mage à Jean-Michel Fossey et à sa revue HORS JEU est en cours d'édition et sera publié, selon les der­nières volon­tés et indi­ca­tions de Jean-Michel qui, se sachant condam­ner par sa mala­die, sous la forme d'une antho­lo­gie concen­trant ce qu'il jugeait de meilleur par­mi les soixante numé­ros qui ont vu le jour, entre Charybde et Scylla  entre 1989 et 2009.
La revue en ligne DANGER POÉSIE tient lieu de relais et de creu­set aléa­toire de créa­tion à la revue impri­mée.

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