> Choix de poèmes établi par Najwan Darwich

Choix de poèmes établi par Najwan Darwich

Par | 2018-02-19T08:41:00+00:00 7 décembre 2013|Catégories : Blog|

 

Haiku

1-

Laisse la pluie
S’installer dans les pro­fon­deurs
Dans le sol obs­cur
De ce lau­rier-rose

2-

Des goé­lands blancs
Atterrissent dans les eaux pro­fondes
Entre l’ombre des bateaux
Et les filets des pêcheurs

3-

0ù nous étions
Il n’y avait que les cac­tus
Les pierres
Et la brise qui passe
Parmi les oli­ve­raies

4-

L’odeur des nar­cisses !
C’est sans doute la nuit
Les che­mins sont boueux
Dans un hiver loin­tain

5-

Le châ­teau de l’Alhambra !
La musique d’un musi­cien aveugle
Tâte dans l’obscurité
Le corps des Hétaïres

6-

Ô tama­ri­nier
Combien de fois
As-tu fleu­ri dans notre absence !

7-

Seulement dans cette chan­son
Le Jasmin éclot
Plus d’une fois

8-

Sous le sable du désert
Les soli­taires écoutent
Le chant de la pluie
Raconter leurs his­toires

9-

Une fois vieille
Ma mère ne recon­nais­sait plus les visages
Et les voix
Mais seule­ment ses chan­sons

10-

L’été des tombes aban­don­nées
Transforme nos vieillards
En fleurs
Jours après jour

11-

Les enfants morts ne reviennent pas
Sur les mêmes che­mins sablon­neux
Mais d’en haut
A tra­vers les branches des oli­viers

12-

Ô Indien silen­cieux
Que sait-il le gémis­se­ment de la cithare
Et que cache-t-il ?

13-

Ô rouges bou­gain­vil­liers
Etes-vous sûrs
De la finesse de l’été
L’été des larmes rete­nues ?

14-

Ce silen­cieux
A la gorge blanche
Les papillons le couvrent
Le vent le tra­verse

15-

Elles n’ont pas de noms
Mais elles éclosent
L’une après l’autre
Ces fleurs blanches

 

La chan­son de l’oiseau en pierre

Je vais tout libé­rer en toi
Pour que tu sois mien
Ô oiseau en pierre
Ô silence d’une gui­tare per­due
Dans la brume des siècles,
Où mon coeur trouve ses réjouis­sances
Où trouvent leurs noms
Cette fleur
Cette chas­se­resse rusée
Les tri­bus d’herbes
Et la chan­son des racines
Qui va bien­tôt se chan­ger en pierre

Je vais tout libé­rer en toi
En pen­sant aux larmes qui sont
Les petits-enfants des tor­nades
Aux lettres qui n’ont pas été écrites
Car elles partent tou­jours vers la nuit
Aux langues qui sont un oiseau per­plexe
Qui ne trouve pas ce qui le nom­me­rait
Entre deux corps

Ô oiseau en pierre,
Mon ami
Mon frère
Mon sem­blable
Victime de la chan­son
Bruissement du vent entre les feuilles d’arbres des­sé­chées
Ô équi­libre véné­rable
Qui nous évite le ver­tige de la chan­son
Et nous laisse un laps de temps
Pour échan­ger
Nos bagues en pierre

Ce soir

Une pluie fine
Peut-être les fleurs des oran­gers jonchent-elles le sol
Peut-être le corps a-t-il fait atten­tion
Ce soir est un jar­din comme moi
Comme toi
Il se réveille sans patrie
Nulle terre au gre­na­dier
Nul fleuve à mon ombre
Ou à la tienne
Personne
Une pluie fine pour les racines
Et une brise qui passe
Furtivement
Entre les feuilles du corps

 

Ainsi les aïeux se sont réveillés

Ils n’ont pas fré­mi comme la pluie
Ni regar­dé comme un désert
Devant leurs petits-enfants qui les ont trans­por­tés sur des bateaux de rivière
Ils étaient silen­cieux
Et sor­taient des rochers
De l’argile
De la pous­sière
Sous les coups de pioche
Dans le bruis­se­ment des feuilles d’arbres
Sous une pluie fine
Partant comme ils sont par­tis jadis
Dans le temps
Partant comme ils sont par­tis jadis
Dans la blan­cheur du marbre
Mystérieux comme ils le sont dans les légendes
Dans les forêts
Dans les val­lées pro­fondes
Dans les déserts
Et dans les chan­sons des mères

Ils n’ont pas tres­sailli en s’allongeant avec
Leurs armes au com­plet
Leurs amples vête­ments
Et leurs langues gra­vées
Sur les poi­trines, sur les épaules
Et sur les socles en pierre
Ils se sont sou­mis comme les sta­tues
Aux cou­rants marins
Aux soleils
A l’obscurité des salles vitrées
Et à la curio­si­té des hommes de science occi­den­taux

Ô poème qui n’était pas encore né en ce temps-là
Ô che­vaux aveugles
Ô yeux bêtes
Combien d’automnes fau­drait-il
Pour que les aïeux se réveillent ?
Combien d’enfants appren­dront-ils suf­fi­sam­ment
Pour enfon­cer leurs doigts dans le sol
A la recherche de leurs pères
Et de leurs mères ?
Combien de poètes seront-ils suf­fi­sam­ment prêts
Pour la mort
Pour récu­pé­rer le plai­sir du chant
Et l’histoire de la rose ?
Combien de villes seront-elles suf­fi­sam­ment
Brûlées
Pour récu­pé­rer un ciel lim­pide
Et nos mar­chés popu­laires ?
Combien de peuples fau­drait-il
Qu’il naisse
Pour que tu entendes ce gémis­se­ment qui émane
De l’incendie de l’Histoire ?

Rome à midi

A une vieille Italienne
Qui fabrique du vin
Et loue les chambres de sa mai­son
A des peintres arabes contre leurs tableaux ;
Aux places qui regorgent de gitanes
De cari­ca­tu­ristes
De ven­deurs de chaus­sures
Et de vaga­bonds ;
A cette marée humaine
Qui porte des canettes de bière, des sand­wichs
Et des camé­ras
A midi
Entre le Colisée et le forum ;
A mon ami déten­teur d’un pas­se­port fal­si­fié
D’une four­rure volée à un com­mer­çant alé­pin ;
A son élan révo­lu­tion­naire chro­nique ;
A sa chan­son qui ne par­vient pas
Aux filles qui cherchent un ami
Et une chambre
Où repo­ser leurs pieds nus ;
A Rome avec ses ruelles, ses enfants
Ses maro­qui­niers
Et ses res­tau­rants bon mar­ché ;
A la rue Cavour si calme
Où les bour­geois s’isolent
Et les feuilles de l’automne tombent
Sur le trot­toir mouillé ;
A l’église Saint-Pierre
Avec sa fon­taine
Ses cent sta­tues
Et sa haute cou­pole
Où les tou­ristes peuvent obser­ver
Les jar­dins du Pape
Pour quelques livres ;
A toutes ces rues rem­plies de plai­sir
De vin
De tranches de jam­bon
Et d’épuisantes pro­me­nades ;
A ce midi muet…

Que dire ?

 

Pour quels arbres chan­tons-nous ?

1-

Combien d’images pour la nuit
Accompagnées par la dis­tance
Et le reten­tis­se­ment ?
Le vent annonce que cette nuit sera éclair
La fenêtre un refuge
Et la terre des humeurs
Des steppes qui ont marié leurs fils au vent
Des rochers
Qui observent les petits-fils
Un épi
Qui sur­prend le bel oiseau de l’aube
La nuit coule
Dans les veines des rochers
Est-ce notre sang qui court
Bousculé par les bou­que­tins
Ou bien sont-ce les sai­sons qui gémissent
Puis se calment
Et s’établissent
Alors que nous sommes leurs orphe­lins ?
Combien d’images pour la nuit qui res­sus­citent la rose du sens
Telle que les chan­sons nous réjoui­raient
L’eau serait là où nous serions
Les jar­dins et les déserts nous empor­te­raient
Là où nous serions
Le soleil serait fort
Et nous les bagages ?
Qui a dit que la dynas­tie de l’exil s’absente
Et dis­pa­raît dans la tor­nade ?
Nos aïeux sont un cha­grin
Sur les feuilles
Une ponc­tua­tion sur les tableaux
En langue arabe.
C’est l’exil !
Mais celui-ci
Et la nos­tal­gie,
Sont l’enfance de la nuit   Et de la splen­dide mer

2-

Combien d’images pour la terre ?
Toute l’enfance des rivages ne suf­fit pas
Pour que je cache nos larmes
Dans le laby­rinthe de l’Histoire
Tous les épis du désert ne suf­fisent pas
Pour que je cache notre faim dans les chan­sons de la mer
Est-ce notre sang qui court
Ou bien est-ce la terre deve­nue éclair
La mort une porte
Et l’enfance une tor­nade ?
Ne par­don­nez pas à la mer et au désert
Tous les bateaux des tués y passent
Notre mois­son est un voyage
Nos poèmes une lamen­ta­tion
Nous chan­ge­rons les choses jusqu’à la der­nière lune
Nulle lune excep­té notre sang
Nulle patrie
Excepté ce reten­tis­se­ment
Combien d’images pour la nuit ?
Dites une image ou deux
Les poètes auraient eu rai­son
S’ils avaient tou­ché le ciel de Dieu
S’ils avaient fon­du
Comme l’eau du fleuve
Amoureux à l’aube de l’enfance

 

3-

Nous sommes reve­nus
Notre charge sans abri
Là-bas nos filets dans l’eau
Veillent
Ne por­tant que nos aimés
Tués
Ne par­don­nez pas à la nuit et aux exils
Ne par­don­nez pas
A la voix et au sens
Nous avons posé le pied à terre
Et marié la chan­son à un cor­beau
Elle n’était pas à notre image
(Tous les côtés sont des hanches
Et toutes les étoiles des mariées)
Mensonge
Et ma voix en est témoin
Nul épi sans que ses débris
Ne soient mouillés par mes larmes
Nulle image sans que mon corps ne soit
Sous son mur
Interrogez les vivants sur une racine
Sur les aïeux
Sur com­ment se sont-ils déchi­rés dans le cahier du sou­ve­nir
Nous nous infor­me­rons sur ce que serait
La résur­rec­tion de la vision

4-

La nuit coule dans les veines des rochers
Qui témoi­gne­rait en faveur d’un oiseau
Qui récu­père la résur­rec­tion de l’oiseau
En faveur d’un jar­din qui part der­rière sa ver­dure
Dans la soli­tude de l’âge
En faveur de bateaux qui viennent
En traî­nant der­rière eux le saule de la mer ?
C’est notre mys­tère qui résiste aux sages
Alors ils l’ont contour­né
Ils l’ont jeté dans un fos­sé sur le che­min des cara­vanes
Et ont pré­ten­du
Que les oiseaux sont une fic­tion
Et les chan­sons un laby­rinthe
Ô mer
Ô désert
Savent-ils
Que che­min est notre sang
Et tor­nade sont les enfants orphe­lins ?
C’est notre sang qui court
Bousculé par les bou­que­tins
Comme si une muraille était tom­bée sur lui
Et les créa­tures se sont éga­rées
Et ont prê­té l’oreille au jour du juge­ment der­nier
Qui sommes-nous ?
L’argile des peuples
Et leur sel
Nous ne sommes pas ici ou là-bas
Pour être encer­clés dans les failles des régimes
Nous ne sommes pas sur le papier des jour­naux
Pour mou­rir
Avec les cou­pures d’électricité
Et l’épuisement du pétrole
Dans ces déserts sombres
Nous sommes les racines mariées à toutes les sai­sons
Nous sommes des ver­sets
Chantés par les sai­sons
Et chaque sai­son est une épo­pée.

Naji Al-Ali

Tu m’as aban­don­né beau dans les langues
Tu m’as aban­don­né
Et tu es par­ti
N’est-ce pas peu que la mort s’écarte de nous
N’est-ce pas peu ?
Ô sur­pre­nant qui ignore que nous avions un ren­dez-vous
Dans les alma­nachs
Plus simple que ce que tu as accom­pli
Pourquoi changes-tu mon monde
Et appa­rais-tu comme un nou­veau cli­mat sur la terre ?
Pourquoi effaces-tu et abrèges-tu jusqu’à ce que le sacré devienne
Une longue plaie ?
Tu m’as lais­sé seul en plein air
Et tu as nom­mé
Jusqu’à ce que j’imagine une terre autre que la terre
Un peuple autre que le peuple
Jusqu’à ce que je me mul­ti­plie comme toi
Et que je rede­vienne beau
Comme je ne l’ai jamais été.

Ô rosée des humbles
Ô cou­leur des pays loin­tains
Ô feu
Résistant géné­ra­tion après l’autre
Ô blanc affran­chi et pro­vo­qué
Quand les connais­seurs se troublent
Et que le gris devient
Une longue époque
Ô gitan qui, pour­chas­sé par les tri­bus au nom du cou­cher,
Prépare pour nous une aurore
Et un cré­pus­cule
Ô gitan avant lequel il n’y avait nulle langue pour la beau­té
Mais bras­sage
Sur le théâtre des créa­tures
Qui enno­blis­sait la hyène
Et éle­vait l’éléphant,
Tu es seul à pré­sent dans la cage des créa­tures
A obser­ver une époque
Soumis
Seul main­te­nant à dénon­cer le men­songe des conteurs
Et à séduire les pierres et l’impossible
Par le temps des monstres
Tu étais un rêve
Que tu as pour­sui­vi jusqu’à la fin
Vif ou mort
Tu n’es pas arri­vé…
Comment pour­rais-je être un mar­tyr
Solitaire
Sur une graine
Où toute une nation s’est éta­blie
Et sur une conscience
Qui fait ses adieux à une géné­ra­tion et en réveille une autre ?

 

Les bar­bares sur la côte pales­ti­nienne

Leurs années filent
Pendant qu’ils se déplacent sur les plages
Effrayés
Leurs yeux sur la mer
Habités par des peurs sans forme ;
Des femmes qui s’étirent
Des bour­geois en vacances
Des enfants
Des agents de change
Des sol­dats pour les mas­sacres
Et d’autres pour la sur­veillance
Depuis qu’ils ont fou­lé la côte et ses mai­sons

 

Prélude pour le camp -1-

Nous ne t’avons pas connue, ô souf­france
Ô mères
Ô vil­lages
Ô enfants
Nous ne t’avons pas connu, ô pay­san
Qui fabriques les lits
Et les jarres
Nous ne t’avons pas connu, ô pécheur doré
Pendant que tu pour­chas­sais tes jours
Au fond de la mer
Nous ne t’avons pas connus, ô mys­té­rieux tis­se­rand
Ô amants dans les caves des oubliés
Ô vous qui par­tez vers la mort
Ô soi­rées
Durant les­quelles la terre et les pou­mons s’élargissent
Et que nous visi­tons nos mai­sons
Flairant
La fumée des vil­lages

Nous n’avons pas enten­du le tin­te­ment des cloches
Ni les san­glots de nos morts
Ni la danse des aïeux et des soeurs
N’avons pas goû­té au fait d’avoir des parents
Une mai­son et une chan­son

Désolé, ô vaste souf­france
Ô dieu du tiers-monde
Désolé, ô enfants
Devenus argile
Ô mères consti­tuées de gin­gembre, de can­nelle
Et de légendes
Ô pères per­dus à l’aube du siècle der­nier
Entre les guerres des Ottomans
Et les conflits entre clans bédouins
Désolé, ô patrie ensor­ce­lée par la main des poètes
Et chan­gée en gazelle ou nuage
Désolé, ô ver­dure
Ô sang
Qui avales les cou­leurs per­dues
Dans l’arbre de notre enfance

 

Prélude pour le camp -2-

Privés des cou­leurs
Nous essayons de com­men­cer
Oubliés
Nous essayons de sor­tir
Du fond de notre enfance
Comme la ver­dure, nous grim­pons
sur les murs des étages
Nous vous appa­rais­sons
Du cime­tière des mar­tyrs inter­dits de cir­cu­ler
Nous venons vers vous en rivières
En sang
En langues
Allons-y, ô soli­tude, sor­tons
De tous les noms
Vers nous-mêmes, sur nous-mêmes
Allons-y, ô vers insen­sés
Qui sème en sort doré comme le blé
Et qui s’enfonce dans la forêt
Revient en bou­que­tin
Alors pour­quoi mon peuple est-il
Une expres­sion futile
Dans la bouche des poètes ?
Pourquoi mon peuple devient-il une ferme
Pour les salauds ?
Pourquoi
Ô feu oublié de la Palestine
Ô feu sau­vage de la Palestine
Ô âge des mar­tyrs ense­ve­lis
Pourquoi
Périssent les choses
Les enfants
Les arbres
Pour ne res­ter que le visage de la bétyle
Et les com­mer­çants de Qoreich
A tous les tour­nants ?

Allons-y, ô vague
Que déluge se retire
Que la genèse com­mence
 

Traduit de l’arabe (Palestine) par Antoine Jockey

 

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قصائد هايكو

 

1
دعي للمطر ْ
أن يستقر ّ في الأعماق ْ
في التراب ِ المعتم
لهذه الدفلى البرّيةْ

2
نوارس ٌ بيضاء
تحط ّ في المياه  ِ العميقة
بين ظلال  ِ السفن
وشباك ِ الصيادين ْ  

3
حيث كنـّا
ليس سوى الصّبار ِ
والحجارة ْ
والنسيم ِ العابر ْ
بين أحراش ِ الزيتون ْ

4
رائحةُ النرجس !
لابد ّ أنه الليل ُ
والطرقات ُ الموحلة ْ
في شتاء  ٍ بعيد ْ

5
قصور الحمراء !
موسيقى عازف ِ أعمى
تتلمس ُ في العتمة
أجساد َ المحظيات ْ

 

6
يا شجر َ الصبار ْ
كم مرّة ٍ
أزهرت َفي غيابنا !

7
في تلك الأغنية وحدها
يتفتح الياسمين
أكثر من مرّة ْ

8
تحت رمال الصحراءْ
يسمع ُ المتوحدون
أنشودة َ المطر ْ
تروي حكاياتهم ْ

9
بعد أن هرمتْ أمّي
لم تعد تتعرف على الوجوه ِ
والأصوات ْ…
أغانيها
هي كل ّ ما تتذكر ْ

10
صيف المقابر المهجورة
يحوّل َ عجائزنا
إلى أزهار ٍ
يوما ً بعد يوم ْ

11
لا يعود الأطفالُ الراحلون
على الطرق ِ الترابية ِ نفسها
بل عاليا ً
عبر َ أغصان ِ الزيتون ْ

12
أيها الهنديُّ الصامتْ
ما الذي يعرفه ُ
ويخفيه ِ
أنين ُ السيتار ْ ؟

13
يا أزهار البوكنفيليا الحمراء
هل أنت ِ واثقة ٌ
من رقّة ِ الصيف ِ
صيف ِ الدموع ِ المكتومة ْ ؟

14
ذلك الصامتْ
بمحاجره  ِ البيضاءْ
تجلببـه ُ الفراشـات ْ
تمـرُّ بـه ِ الريح ْ

15
لاأسـماء َ لهـا
ولكنـّها تتفتـح ُ
واحـدة ً بعد أخـرى
هذه الأزهـار ُ البيـضاء ْ

 

 

أغنية الطائر الحجري

سأطلقُ كلّ ما فيكَ
لتكون َ لي
أيها الطائر ُ الحجري ُّ
يا صمت َقيثارة ٍ ضائعة ٍ
في ضباب ِ القرون ْ
حيث يجد مسّراته ِ قلبي
وتجد أسماء ً لها
هذه الوردة ْ
وهذه الصيادة ُ الماكرة ْ
وقبائل ُ الأعشاب ْ
وأغنية ُ الجذور ِ التي
ستتحوّل إلى حجر ٍ بعد قليل ْ

سأطلق ُ كل ّ ما فيك َ
مفكّرا ً بالدموع ِ التي هي
أحفاد ُ الأعاصير ْ
بالرسائل ِ التي لم تـُكتب
لأنها تمضي باتجاه ِ الليل ِ دائما ً
باللغات ِ التي هي طائر ٌ مرتبك ٌ
لا يجد ما يسميّه
بين جسدين ْ

أيها الحجريُّ
يا صديقي
يا أخي
يا شبيهي
يا ضحية َ الأغنية ْ
يا خفقة َ الريح ِ بين الأوراق ِ اليابسة ْ
أيها التوازن ُ الجليل ُ الذي
يحفظ الأغنية من أن تميد َ بنا
ويترك لنا فسحة ً من الزمن ْ
نتبادل ُ فيها
خواتمنا الحجريـّة ْ

 

هذا المساء

مطرٌ خفيفٌ
ربمـا انتثرت ْ زهور ُ البرتقال ِ
وربمـا انتبه الجسد ْ
هذا المساء ُ حديقة ٌ مثلي
ومثلك ِ
يستفيق ُ بلا بلد ْ
لا أرض َ للرمّـان ِ
لا نهرا ً لظلي
أو لظلّك ِِ
لا أحد ْ
مطر ٌ خفيف ٌ للجذور ِ
ونسمـة ٌ مرّت
سريـعا ً
بين أوراق ِ الجسـد ْ

 

هكذا استيقظ الأجداد

لم يرتعشوا مثل َ أمطار ٍ 
ولا تطلعوا مثل صحراء ٍ
أمام أحفادهم الذين نقلوهم إلى السفن ِ النهرية ْ
كانوا صامتين َ
يخرجون من الصخر ِ
والطين ِ
والغبار ِ
تحت رنين ِ المعاول ْ
وحفيف ِ أوراق ِ الصنوبرْ
والمطر ِ المشرقي ِّ الخفيف ْ
ذاهبين كما ذهبوا ذات َ يوم ٍ
في الزمان ْ
راحلين كما ارتحلوا ذات يوم ٍ
في بياض ِ الرخام ْ
غامضين كما هم في الأساطير ِ
والغابات ِ
والوديان ِ الهائلة ِ الأغوار ِ
والصحارى
وترانيم ِ الأمهات ْ

لم ينتفضوا وهم يتمدّدون َ بكامل ِ
أسلحتهم
وأثوابهم السابغة ْ
ولغاتهم المنقوشة ْ
على الصدور ِ والأكتاف ِ
والقواعد ِ الحجرية ْ
استسلموا مثل كل التماثيل ِ
للتيارات ِ البحرية ِ
والشموس ِ
وعتمـة ِِ القاعات الزجاجـية ْ
وفضول ِ العلماء ِ الغربيين ْ

أيتها القصيدة ُ التي لم تولد آنذاك
أيتها الخيول ُ العمياء ْ
أيتها العيون البلهـاء ْ
كـم خريـف ٍ سيمـضي
حتى يستيقظ الأسلاف ْ ؟
كم طفل ٍ سيتعلم بما يكفي
ليغرس أصابعه في التراب ْ
باحثا ً عن آبائه ِ
وأمهاته ِ ؟
كم شاعر ٍ سينضج للموت ِ
بما يكفي
لاسترداد ِ شهوة ِ النشيد ِ
وتاريخ ِ الوردة ْ ؟
كم مدينة ٍ ستحترق
بما يكفي
لاسترداد ِ السماء ِ الصافية ْ
وأسواقنا الشعبية ْ ؟
كم شعوب ٍ ستولد
بما يكفي
لتسمع هذا الأنين َ القادم َ
من حريق ِ التاريخ ْ ؟

 

روما في الظهيرة

لعجوزٍ إيطاليـة ْ
تصنع النبيـذ ْ
وتؤجـر غرف َ بيتـها
لقـاء َ لوحات ِ الرسامين العرب ْ ،
للسـاحات ِ المكتـظّة ِ بالغجـريات ْ
ورسّـامي الكاريكاتورا
وبائـعي الأحذية ْ
والخرز ِ الملـوّن ِ
والمتشردين ْ ،
لهـذا السيلان ِ البشـريِّ
تحت الظهيـرة ْ
بين الكوليزيه والفـورم
حامـلاً علب َ البيـرة ِ والسندويشات ِ
وكاميرات التصوير  ،
لصديقي حامل ِ جواز ِ السـفر المزوّر ْ
وفروتـه ِ المسروقـة من تاجر ٍ حلبي
لثوريتـه ِ المزمنـة ْ
لأغنيته ِ التي لاتصل ْ  ،
للفتيـات ِ الباحثـات ِ عن صديق ٍ
وغرفـة ٍ
يلقين فيها أقدامهن العاريـة ْ  ،
لرومـا الأزقـّة ِ والأطفال ِ
وصانعـي الجلود ِ
والوجبـات ِ الرخيصـة ْ  ،
لشارع " كافور " الهـادئ
والخالي من المـارّة ْ
حيث يعتكف البرجوازيون ْ
وتتسـاقط أوراق ُ الخريف ِ
على الرصيـف المبتـلّ ْ  ،
لكنيسـة ِ " سان بيترو "
لنافورتـها القاتمـة ْ
وتماثيلها المائـة
وقبتهـا العاليـة
حيث يراقب السائحـون َ
بليرات ٍ قليلة ٍ
حدائـق َ البابا ،
لهذه الشوارع المكتظّـة ِباللـذة ِ
والنبيـذ ِ
وشرائـح ِ الجامبون ِ
والتجوال ِ المرهق ْ  ،
لهـذه الظهيرة الخرساء ْ …

مـاذا أقـول ؟

 

 

 

لأيــة ِ أشجـار ٍ نغـني ؟

كم صورة ٍ لليل ِ
تحدوها المسافة ُ
والصليل ْ ؟
الريح ُ تنبئ ُ أن هذا الليل َ ومض ٌ
والشباك َ مفازة ٌ
والأرض َ أمزجة ٌ
فيافي زوّجت أبناءها للريح ِ
صخر ٌ
يرقب ُ الأحفاد َ
سنبلة ٌ
تفاجئ طائر َ الفجر ِ الجميل ْ
والليل ُ يجري
في عروق ِ الصخر ِ
هل دمنا الذي يعدو
وتزحمـه الوعول ُ
أم الفصول ُ تئـّن ُ
تهدأ ُ
تستقر ّ
ونحن أيتام الفصول ْ ؟
كم صورة ٍ لليل ِتبعث ُ وردة َ المعنى
فتبهجنا الأغاني
حيثما كنّا يكون الماء ُُ
تأخذنا الحدائق ُ والصحارى
حيثما كنّا
تكون الشمس ُ حادية ً
ونحن الأمتعـة ْ
من قال أن سلالة َ المنفى تغيب ُ
وتختفي في الزوبعة ْ ؟
أسلافنا شجن ٌ
على الأوراق ِ
تنقيط ٌ على الألواح ِ
بالعربية ِ الفصحى
هو المنفى
ولكن ّ المنافي
والحنين َ
طفولة ٌ لليل ِ
والبحر ِ الجميل ْ

             ( 2 )

كم صورة ٍ للأرض ِ ..؟
كلُّ طفولة الشطآن ِ لا تكفي
لأغفر دمعنا
في مهمه ِ التاريخ ِ
كلُّ سنابل ِ الصحراء ِ لا تكفي
لأغفر َ جوعنا في أغنيات ِ البحر ِ
هل دمنا الذي يعدو
أم الأرض ُ استحالت ومضة ً
والموت ُ بابا ً
والطفولة ُ زوبعة ْ ؟
لا تغفروا للبحر ِ والصحراء ِ
كل ُّ سفائن القتلى تمر ّ ُ
حصادُنا سفـر ٌ
قصائدُنا عويل ْ
سنغيّـر الأشياء َ حتى آخر الأقمار ِ
لا قمـر ٌ سوى دمنا
ولا وطن ٌ
سوى هذا الصليل ْ
كم صورة ٍ لليل ِ ؟
قولوا صورة ٌ أو صورتان ِ
سيصدق الشعراء ’
لو لمسوا سماء َ الله ِ
لو ذابوا
كماء ِ النهر ِ
في شفق ِ الطفولة ِعاشقين ْ

 

             ( 3 )

 

عدنا
حمولتُنا بلا مأوى
هناك شباكنا في الماء ِ
ساهـرة ٌ
ولا تحمل ْ سوى أحبابنا
قتلى
لا تغفروا لليل ِ والمنفى
لا تغفروا
للصوت ِ والمعنى
ترجّلنا
وزوجنا لأغنية ٍ غرابا ً
لم تكن وجها ً لنا
( كل الجهات ِ خواصر ٌ
كل النجوم ِ عرائس ٌ ..)
كذب ٌ
وصوتي شاهد ٌ
لا سنبل ٌ إلاّ وفوق هشيمه ِ
دمعي
لا صورة ٌ إلاّ
وتحت جدارها جسدي
فلتسألوا الأحياء َ عن جذر ٍ
عن الأسلاف ِ
كيف تمزقوا في دفتر ِ الذكرى
سنسأل ُ ما تكون
قيامة الرؤيا
هي صورة ٌ أو صورتان ِ
وثم ثالثة ٌ
ونبصق ُ مرّة ً أخرى
على هذي المقاعد ِ
والسجاجيد ِ الأنيقة ِ
نحن غيم ٌ صاعد ٌ للأرض ِ
أمزجة ٌ
تعيد الخلق َ طينا ً
مرّة ً أخرى 

 

             ( 4 )

الليل ُ يجري في عروق ِ الصخر ِ
من يشهد لطير ٍ
يستعيد ُ قيامة َ الطير ِ ؟
لحديقة ٍ تمضي وراء خضارها
في وحشة ِ العمر ِ ؟
لسفائن ٍ تأتي
تجر ّ وراءها صفصافة َ البحر ِ ؟
هو لغزنا العاصي على الحكماء ِ
داروا حوله ُ
ورموه في جب ٍ على طرق ِ القوافل ِ
وادّعوا
أن الطيور َ خرافة ٌ
والأغنيات ِ متاهة ٌ
يا بحر ُ
يا صحراء ُ
هل عرفوا
بأن دماءنا طرق ٌ
وأبناء َ اليتامى زوبعة ْ ؟
دمنا الذي يعدو
وتزحمه الوعول ُ كأنما
نزلت به ِ سور ٌ
وتاه الخلق ُ
وانتبهوا لصوت ِ الواقعة ْ
من نحن ؟
صلصال ُ الشعوب ِ
وملحها
لسنا هنالك أو هنا
حتى نحاصر ُ في شقوق ِ الأنظمة ْ
لسنا على ورق ِ الجرائد ِ
كي نموت َ
مع انقطاع الكهرباء ِ
وشحّة ِ البترول ِ
في هذي الفيافي المظلمة ْ
نحن الجذور ُتزوّجت ْ كل المواسم ِ
نحن آيات ٌ
ترتلها الفصول ُ
فكل ّ فصل ٍ ملحمـة ْ .

 

           ناجي العلي

 

أنت َ خلَّيتني في اللغات ِ جميلا ً
أنت َ خلَّيتني
ومضيت َ
أليس قليلا ً إذا ما انزوى الموت ُ عنا
أليس قليلا ؟
أيها المدهش ُ المتجاهل ُ أن لنا موعدا ً
في التقاويم ِ
أبسط َ ممّا اجترحت َ
لماذا تغيّر َ كوني
وتطلع َ مثل مناخ ٍجديد ٍعلى الأرض ِ
تمحو
وتمحو
وتوجز حتى يصير المقدّس ُ
جرحا ً طويلا ؟
أنت خلَّيتني في العراء ِ وحيدا ً
وسمّيت َ
حتى تخيّلت ُ أرضا ً سوى الأرض ِ
شعبا ً سوى الشعب ِ
حتى تعدّدت ُمثلك َ
عدت ُ جميلا ًكما لم أكن ْ
ذات يوم ٍ جميلا ..

 

يا ندى البسطاء ِ
ولون َ البلاد ِ البعيدة ِ
والنار ِ
وهي تقاوم جيلا ً فجيلا
أيها الأبيض ُ المطلق ُ المستثار ُ
إذا ارتبك العارفون
وأضحى الرماديُّ
عصرا ً طويلا
أيها الغجريُّ الذي طاردته القبائل ُباسم ِ الأفولِ
فهيّأ فجرا ً لنا
وأصيلا
أيها الغجريُّ الذي لم تكن قبله لغة ٌ للجمال ِ
ولا لغة  للبهاء ِ
وكان اختلاط ٌ
على مسرح ِ الكائنات ِ
يسيّد ُ ضبعا ً
ويرفع ُ فيلا
وحدك َ الآن في قفص ِ الكائنات ِ
تراقب ُ عصرا ً
ذليلا
وحدك َ الآن تفضح كذب َ الرواة ِ
وتغري بعصر ِ المسوخ ِ الحجارة َ
والمستحيلا
كنت َ حلما ً
وواصلت َ حلمك َ حتى نهايته ِ
قاتلا ً أو قتيلا
لم تصل ْ ..
كيف لي أن أكون ُ شهيدا ً
وحيدا ً
على بذرة ٍ
تستقرُّ بها أمة ٌ
وضمير ٍ
يودّع ُ جيلا ويبعث ُ جيلا ؟

 

البرابرة على الساحل الفلسطيني

 

سنواتهم تمضي                                            
وهم يتجوّلون على الشواطيء                             
خائفين                                                    
عيونهم للبحـر                                           
تسكنهم مخاوفُ دون أشكالٍ؛                              
نسـاءٌ للتمطّي                                           
برجوازيون للعطلات                                     
أطفال                                                     
صيارفـة                                                 
جنـودٌ للمذابح                                            
والحراسـة                                              
منذ أن وطأوا الشواطيءَ والبيوتْ                         

                    

فاتحة للمخيم (1)

لم نعرفكَ أيها العذابْ
أيها الأمهاتُ
أيها القرى
أيها الأطفالُ
لم نعرفكَ أيها الفلاح
يا صانعَ الأسرّةِ
والجرارْ
لم نعرفكَ أيها الصيادُ الذهبيُّ
وأنتَ تطارد أيامكَ
في قاعِ البحرِ
لم نعرفكَ أيها النساجُ الغامض
أيها العشاقُ في أقبيةِ المنسيين
أيها الذاهبونَ إلى الموتِ
ايتها الأمسياتْ
حين تتسع الأرضُ والرئةْ
ونطلّ على بيوتنا
مستروحينَ
دخانَ القرى 

رنـّةَ الأجراسِ لم نسمعْ
ولا نحيبَ موتانا
ولا رقصاتِ الأجداد والأخواتْ
لم نتذوق أن يكون لنا أهلٌ
وبيتٌ وأغنيةْ

معذرةً أيها العذاب الشاسعْ
يا إلهَ العالم الثالثْ
معذرةً أيها الأطفالْ
يامن صرتمو طيناً
أيتها الأمهاتُ المصنوعاتُ من زنجبيلٍ وقرفةٍ
وأساطيرْ
أيها الآباءُ الضائعون في غسقِ القرنِ الماضي
بين حروبِ الأتراكِ
ونزاع العائلات البدويةْ
معذرةً أيها الوطنُ المسحورُ بأيدي الشعراءِ
غزالاً أو غيماً
معذرةً أيتها الخضرةْ
أيها الدمُ
ياكل ّ الألوان المفقودةْ
في أشجارِ طفولتنا 

 

فاتحة للمخيم (2)

نحن المخطوفونَ من الألوانِ
نحاول أن نبدأْ
نحن المنسيونَ
نحاول أن نخرجْ
من قاع ِ طفولتنا
نتسلقُ مثل الخضرةِ
جدرانَ الطبقاتِ
نطلُّ عليكم
من مقبرةِ الشهداءِ الممنوعين من التجوالِ
نجيء إليكم أنهاراً
ودماءً
ولغاتْ
هيّا أيتها العزلةُ ولنخرجْ
من كل ّ الأسماءِ
إلينا وعلينا
هيّا أيتها الأبياتُ الحمقاءْ
من يزرع يخرجْ ذهبياً كالقمحِ
ومن يتوغل في الغابةِ
يرجع وعلاً
فلماذا يخرج شعبي
ألفاظاً وهباءً
من ألفاظِ الشعراءْ؟
ولماذا يتحوّلُ شعبي مزرعةً
للأوغادْ؟
لماذا
يا نارُ فلسطين المنسيةْ
يا نارُ فلسطين البرّيةْ
يا عمرَ الشهداءِ المغمورينَ
لماذا
تفنى الأشياءُ
الأطفالُ
الأشجارُ
ولا يبقى إلاّ وجهُ اللاتِ
وتجارُ قريشٍ
في كل المنعطفاتْ؟

هيّـا أيتها الموجةْ
ولينحسر الطوفانُ
ويبدأ تكوينُ الأشياءْ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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