> Choix établi par Najwan Darwish

Choix établi par Najwan Darwish

Par | 2018-05-23T09:09:18+00:00 13 avril 2014|Catégories : Blog|

 

On Reflection

To a Greek poet

 

The inva­ders you wait for out­side the poem
are behind you in the city :

the mil­ler pil­fe­ring weights of grain,
the one who stole the wheel from the temple,
the mer­chant with his stack of deeds,
the judge with grea­sy hands,
the rabid lawyer,
the offi­cer of poli­shed medals,
the sol­dier with a sha­dow on his lip
thin and naked in a stranger’s bed,
the infor­mer, the lowest, the lowest,
who sub­mits reports in the ink of the flag.

You wait for them in the upper city,
with your anthems,
with lof­ty expec­ta­tions,
with foam in the mouths of spo­kes­men,
with scales of begui­ling balance,
with ban­ners of the bat­tle,
inva­ders are behind you
in the bazaar, in the castle.

Al-Hamidiya, how will you speak
to the cres­cent of Ramadan this year ?

The inva­ders, mothers wait for them
in the fields with jugs of milk
and fathers car­ry plates of food
and grand­mo­thers bring embroi­de­ry.
The inva­ders, who stir the thoughts of women
and turn water to a bur­ning tri­ckle,
pass through your waking hours
and pass through your sleep.

Thus ima­gi­na­tion triumphs over the city,
clouds of smoke over the moun­tains,
the slee­pers in the honey of ideas triumph
over those who punch the salt
and over tran­sients in the blood of night ;
how the slee­ping sol­dier triumphs
over he who sits awake,
how the coward who runs triumphs
over the stal­wart who stays to hold the wall.

The vehe­ment ora­tor, the flexible poli­ti­cian,
the scan­da­lous consul, all sing toge­ther
to the bel­ly dan­cer tonight,
Long live the home­land !
Long live the home­land !

No one asks for pho­tos of the vic­tims,
nor the names of the woun­ded and the mis­sing.
They throw the dead and inju­red on car­riages
and dump on them piles of lau­rels and bar­ley bags.

The inva­ders you wait for inside the poem,
in the sha­dow, are with you in the mar­row of the city.

 

Tout Compte Fait

 

à un poète grec

 

Les enva­his­seurs que tu guettes hors du poème
sont der­rière toi dans la cité :

le meu­nier qui triche sur le poids du blé,
celui qui vola la roue du temple,
le mar­chand avec son tas d'actions,
le juge aux mains grais­seuses,
l'avocat enra­gé,
l'officier aux médailles qui luisent,
le sol­dat dont la lèvre s’ombre d’un duvet,
mince et nu dans le lit d'une étran­gère,
l'informateur, le plus vil de tous,
qui écrit des rap­ports de l'encre du dra­peau.

Tu les attends dans la ville haute,
avec tes hymnes,
et de nobles attentes,
de l'écume à la bouche des ora­teurs,
de trom­peuses balances,
des ban­nières de bataille,
les enva­his­seurs sont der­rière toi
dans le bazar, dans le châ­teau.

Al-Hamidiya, com­ment par­le­ras-tu
au crois­sant du Ramadan cette année ?

Les enva­his­seurs, les mères les attendent
dans les champs avec des pots de lait
et les pères portent des plats de nour­ri­ture
et les grand-mères, des bro­de­ries.
Les enva­his­seurs, qui excitent les pen­sées des femmes
et font de l’urine un  filet brû­lant,
tra­versent tes heures de veille
et tra­versent ton som­meil.

Ainsi l'imagination triomphe de la cité,
nuages de fumée par-des­sus les  mon­tagnes,
les dor­meurs dans le miel des idées  triomphent
sur les bras­seurs de sel
et ceux qui passent  dans le sang de la nuit ;
comme  triomphe  le sol­dat qui dort
sur celui qui reste assis éveillé,
comme triomphe le lâche qui s'enfuit.

 

 

A Late Party

 

I hadn’t noti­ced they were dead –
the par­ty-goers thum­bing emp­ty glasses –
until she rushed through their chat­ter
with a drip of wine down her suga­ry blouse.

Is she now strip­ped to her bra at the sink,
dab­bing the stain with paper towels ?
And tonight, when she is lau­ghing
and naked, who is it she will lie with
while we pale employees of the pay­roll
are bloo­dless, adrift in our rooms ?

 

Fin de Réception

 

Je n'avais pas vu qu'ils étaient morts –
les invi­tés de la fête,  un verre à la main –
jusqu'à ce qu'elle ne file à tra­vers leur rumeur,
une goutte de vin sur son cor­sage clair.

Maintenant,  en sou­tien-gorge à l'évier,
tam­ponne-t-elle la tache avec des ser­viettes en papier ?
Et ce soir, rieuse
et toute nue, dans quel lit va-t-elle cou­cher,
tan­dis que nous,  employés du registre,
déri­vons, pâles, vers nos chambres ?

 

A Black Balloon

 

After only a week can I say, I was in London or
When I was in London or Oh… it was beau­ti­ful,
and add, in a snap­py way, so cold and so ugly ?
I’ll conclude, Time passes like a sick­ness on a bridge.

Is a week enough for someone like me to tick off
the afternoon’s hal­lu­ci­na­tions and real­ly test a city,
find a way through Siamese streets and read
a few pages of Orwell in a crum­my hotel in Paddington ?

The win­ter cold leads me strol­ling indoors.
I will ask Reception to switch my room
for one of those that over­looks the mur­ky canal.
London might as well be a ceme­te­ry in the sea.

Afternoons seem to sum it up pret­ty well ;
the black cabs scowl in the road and the men
that were heroes of El Alamein wear star­ched col­lars
and rush to mar­ve­lous par­ties where eve­ryone dances.

On the road, in the gray-green park, is a pret­ty secre­ta­ry
pushing her boss on a swing. His neck is flu­shed and full,
as though pum­ped with all the blood of Indians
and his pale hand grips the string of a black bal­loon.

 

Un Ballon Noir

 

Une semaine suf­fit-elle pour répé­ter, J'étais à Londres, ou
Quand j'étais à Londres, ou Oh… c'était  bien,
ajou­tant  vive­ment,  très froid et laid ?
En somme,  Le temps passe comme une mala­die sur un pont.

Une semaine suf­fit-elle à quelqu'un comme moi pour dépas­ser
les hal­lu­ci­na­tions de l'après-midi et tes­ter une ville,
trou­ver son che­min dans des rues sia­moises et lire
quelques pages d'Orwell dans un hôtel minable à Paddington ?

A cause de l'hiver, je pique­nique  à l’intérieur ;
inévi­ta­ble­ment, il faut repous­ser les choses.
Je vais deman­der qu’on me donne plu­tôt
une chambre sur­plom­bant le canal.
Et si Londres n'était qu'un cime­tière du fond des mers ?

Les après-midis illus­trent assez bien  la situa­tion :
les taxis sont noirs et froncent les sour­cils,
les héros d’El Alamein  ne sont plus que des cols ami­don­nés
se ruant à des fêtes où tout le monde danse.

Sur la route, dans le feuillage vert-de-gris, une jolie secré­taire
pousse son patron sur une balan­çoire. Les veines de son cou sont écar­lates,
comme s'il avait bu tout le sang des Indiens
et sa main pâle étreint la cor­de­lette d'un bal­lon noir.

 

Pillow Talk

 

before the guillo­tine before sleep
before the hand that plu­cked is lif­ted

before sleep
and a swarm of light
before sleep
and the bur­ning of the colours
flaps blooms
and curls from heat
breaks from the blood
and set­tles untou­ched

before sleep before fire
before the island cracks from the shore

 

Ce que dit  l'oreiller

 

La guillo­tine pré­cède le som­meil
avant de savoir que  la main
a lais­sé ce qu’elle tenait glis­ser comme du feu
avant le som­meil
avant l’éclat de la lumière
dans le silence
et l’embrasement  des cou­leurs ;
avant le som­meil
un oiseau bat des ailes
les ouvre quand il s’écroule
et  bat des ailes encore
impal­pable dis­pa­rais­sant
dans d’amoureux voiles blancs,
dans l'explosion de sang
d’un autre amour ardent
avant d’être tou­ché
avant la fuite et l’exil.

 

Damascus

 

In this lit­tle bag that bumps at my shoul­der,
I car­ry down a ques­tion big­ger than Mount Qasioun.

The entrance to Damascus is locked and che­cked ;
out of reach, the city’s sta­shed its heart away.
Boys who killed them­selves left balls of wool ;
I tie my door, knit jum­pers for the dead, wait.

 

Damas

 

Dans ce petit sac comme une bosse à mon épaule,
je porte un ques­tion plus grande que le Mont Qasioun.

L'entrée de  Damas est fer­mée et contrô­lée :
hors d'atteinte, la ville a caché son coeur.

Des gar­çons qui se sont tués ont lais­sé des balles de laine :
Je ferme ma porte, je tri­cote des pulls pour les morts, j’attends.

 

Poèmes tra­duits de l'arabe vers l'anglais par Tom Warner, et de l'anglais vers le fran­çais par Marilyne Bertoncini
 

X