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Cinq poèmes

Par |2018-10-22T05:40:15+00:00 2 novembre 2016|Catégories : Blog|

 

 

LIEUX D’ORIGINE

 

 

Je viens de ce poème
À l’origine de tout poème

 

De ce mot
À l’origine de tout mot

De toute langue

 

De ce nom
À l’origine de tout nom

 

Je viens de cet amour
À l’origine de tout

 

N’ayez crainte
Je viens d’où je vais

 

 

 

*

 

 

 

LA DANSE

 

 

La pous­sière tremble
Dans l’air noir

 

Sous les pas
La danse happe l’air

S’élance

 

Quelques pas encore
L’échange tran­quille

 

Puis l’espace
L’immense autour

Peu à peu
La danse peut être bleue

 

La lumière la tran­quillise

 

 

 

*

 

 

 

TON VISAGE SI TES YEUX

 

 

Tu es celui ici qui est
Celui qui sau­ra l’être

 

Ton visage si tes yeux
Rien d’autre

 

Ton corps si tes gestes
Rien d’autre

 

Ton tou­cher si tes mains
Rien d’autre

 

Tes mots si ta voix
Rien d’autre

 

Ton être si ton âme
Rien d’autre

 

Rien d’autre
N’est mieux.

 

 

*

 

 

INNAH AHHH INNAH IHHH

(LA CANTATE DES PIERRES)

 

 

 

Ce poème évoque la ren­contre,
en concert,

d’un chant innu
et d’une can­tate de Bach.

 

 

Je le vois de toutes mes forces je le vois
La vie se jette dans la vie
innah ihhh

Et le bruit dans le bruit
Le ciel se jette dans le ciel innah ahhh
Et la lumière dans la lumière
Et la pous­sière se jette dans la pous­sière
Et la boue dans la boue
Et les pierres dans les pierres
Qui font champs et che­mins
Maisons gîtes et cha­pelles
D’où montent lourds de semence
Les concerts le dimanche
Qui me sauvent moi ici
Qui choi­sis l’écoute
D’un unique récit chan­té par une voix seule un jour
Une voix innue innah uhhh
Gorgée de sève lan­cée si haute
En cette enceinte large
Avec ses mon­tagnes à perte de vue et ses Grandes Eaux
Caribous et vols d’oiseaux
Une voix qui habite tout ain­si l’Infini
Et qui m’a rejoint moi
Dans l’habitacle d’une can­tate de Bach
Jouée aux ins­tru­ments
Un vio­lon si c’est un aigle
Un vio­lon­celle si c’est une rumeur des arbres et des bêtes
Une contre­basse si c’est un pas lent Esprit chas­seur
Un chœur mixte si c’est un monde à renaître immen­si­té
En cette voix sage parole et musique
Qui me guide moi innah hehh
Qui ne sais rien des par­cours mil­lé­naires
De l’aurore longue
Qui ne suis pas venu là dans la verte toun­dra
Avec quelque chose dans mes mains d’écrit
De construit avec un souffle sau­vage
Une œuvre à don­ner au vent
Née de l’intérieur
Prête à être regar­dée
Ocre rouge vibrante
Dans la lumière nomade innah uhhh

 

Je vous demande si peu – je vous le demande
Une prière s’élève déjà

De quel rêve est faite mon âme blanche
De quel chant ma voix muette – silence !
D’un plus loin
Innah ahhh innah ihhh
Elle est celle qui appe­lait éper­due affo­lée
Qui en appe­lait et en appe­lait d’une voix
Aussi loin­taine pou­vait-elle être
Qui en appe­lait des mille éter­ni­tés
Telles ces mains gra­vées aux parois des cavernes
Ces mains de Césarée noires criardes écar­te­lées
Qui en appe­lait et en appe­lait
Dans les plis de ses cris
Dans les flammes de ses feux
Qui en appe­lait d’une voix ô si sacrée innah hehh
Capable encore au som­met du tra­gique : mythique
De faire entendre la vie
Innah ahhh innah ihhh
Et il y en eut une des forêts et une autre des archets
En chœur enten­dues un jour ces voix
Cantate et chant de gorge réson­nant pleins murs
Timbales et tam­bours fis­su­rant les pierres
Libérant leurs psaumes
Échos & mur­mures ~ Éclairs & fra­cas
Ô qu’elles me rejoignent ces voix
Des villes habi­tées des hori­zons fou­lés
Qu’elles encensent mes pas
Des Terres Hautes des Terres Basses
Qu’elles me rejoignent moi un corps d’ici
Cœur dou­leur mains au ciel dres­sées
Qu’elles me rejoignent récon­ci­liées ces voix
Terres mêlées au soleil !
Et qu’elles me ramènent enfin au poème
Innah hehh innah uhhh
Pour qu’il me l’enseigne Mémoire à jamais
La beau­té ici-bas qui règne Légende Destinée
La beau­té ici-bas qui règne… sur nos dieux !
Innah ahhh innah ihhh
Innah ahhh innah ihhh
Innah ahhh innah ihhh

 

 

*

 

 

QUE FAIRE MAINTENANT
NOTRE HISTOIRE RÉVÉLÉE ?

 

 

Déposer des mots sur le silence sans le bles­ser
Exhiber le sublime ‒ infi­ni­ment du dedans

infi­ni­ment du dehors
Parcourir le monde habillé d’une vie à vivre
Poursuivre le tra­vail par le poème armé
des espé­rances inalié­nables
Dévoiler sa liber­té cachée affran­chie de son ombre
S’arrimer au souffle éper­du du verbe
Puis s’adjoindre les hautes figures du feu
Croire à la lumière des fonds noirs
Entendre le tout de toutes langues
Et se repo­ser une musique à la main
sûr de ses amours volées aux drames
aux meur­triers des corps ardents
aux paroles assas­sines
cœur sou­ve­rain
Est ain­si tou­jours vivant
celui qui est à aimer

 

 

 

Extrait de L’autre est ta demeure
Éditions du Cygne 2015

 

Cinq poèmes

Par |2018-10-22T05:40:15+00:00 19 mars 2016|Catégories : Blog|

 

mer­ry-go-round

 

 

 

par­don je répon­dais
à une jeune femme
au télé­phone
je notais son adresse,
en même temps que la tona­li­té
de sa voix
ven­ge­resse
vapo­reuse
telle une branche d’arbre
déta­chée de tout
humide
qui frappe pour­tant des visages dans la nuit

un auto­ma­tisme me por­trait
vers elle
en pom­meau de canne
prêt à ver­ser sur son ventre des solu­tions salines
je la vou­lais pour mon jeu de cartes
prêt à don­ner de ma per­sonne
prêt à lui réci­ter les consignes d’évacuation
les ins­truc­tions de secours
en lui léchant le pavillon

je lui fai­sais des signes der­rière la vitre de la cabine
la der­nière cabine télé­pho­nique avant la fin du monde
qui ne ser­vait plus qu’à nos jeux
le jeu de change-époque
on se criait ce verbe nuo­vo qui signi­fiait « res­ter dans le bruit
à ne plus faire que des pro­messes »
aux bras nus en dés­équi­libre

je voyais à tra­vers le tableau de bord
pas­ser les vitesses ultimes de la fièvre
avant même d’avoir mis la main
sur le velours, la panne, la paume
les étoiles s’allumaient une à une
avec fias­co
fusion­nant l’envers et l’endroit

sa voix conti­nuait de gré­siller dans le com­bi­né
« est-ce toi qui a mis les beaux draps dans la pénombre ? »
j’avais pour elle un bijou en broche une forme de flèche
trou­vé dans une bro­cante du sixième dis­trict
afin qu’elle l’accroche à hau­teur de son sexe
pour l’amour émettre sans inter­fé­rences

j’avais envie de négli­gés-frois­sés
face au réel ses embar­dées un peu trop esthé­tiques
le silence m’échappait depuis la cabine de verre fêlée
réson­nait dans ma tête sans cesse le mot Élasthane
comme le nom invo­qué d’un Dieu inat­ten­du

j’étais pris dans une colère paral­lèle
laquelle de l’autre côté de la pla­nète était jouée aux dés
par un dément du poker-face enri­chi de mes dépits
rédui­sant à dis­tance
ma peau
à un cha­grin sans valeur

il fai­sait de plus en plus froid
car la ten­dresse avait été bre­ve­tée
je res­tais fas­ci­né par son plu­mage
il m’aurait suf­fi d’en arra­cher l’étiquette
pour y trou­ver le code
mais j’étais atti­ré comme un insecte
vers les maga­sins d’ors
j’y revoyais la scène où s’enfonce
l’agrume sur le visage de l’actrice
maquillage écra­sé
mon œil, sans cesse atti­ré par les cou­leurs
la voix de la jeune femme
à tra­vers des cubes de glace
(aux bords des lèvres ces gouttes cris­tal­lines)
arti­cu­lait le mot « belo­wed »
c’était une amou­reuse très contem­po­raine
je devais répondre à son appel
qui signi­fiait au-secours
dans la langue-interne du vola­til

128657 per­sonnes connec­tées à la terre
ici-main­te­nant
et elle nous moi je
l’ai talon­née
jusque chez moi
gui­dé par le rou­le­ment labile de ses hanches
pour gagner du temps elle savait
où je logeais quel étage quelles vaines vani­tés
et avait la clé
éphé­mère
du local pla­to­nique
où tout n’était plus que remous
à suivre

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

poème décep­tif /​1
(exul­toire)

 

 

 

-esthé­tique du sèche-che­veux
-j’en ai frois­sé, des lettres d’amour
-la confiance aveugle des moteurs
-véri­té du papier-peint
-pres­sé, un klaxon
-beau­té qua­si dis­pa­rue des bou­che­ries
-forme par­faite des pré­ci­pices
-le faux feu­lait
-impos­si­bi­li­té de fixer l’étincelle
-un équi­valent aux télé­grammes et aux sou­pirs
-bruit du bijou qui racle la sur­face
-j’ai pas­sé le por­tique en son­nant
-edward g. robin­son s’endort sur le fau­teuil du club
-les images oui au frais dans le fri­go
-cou­loir d’hôtel fou­toir hon­nête
-je m’expose sous la lumière élec­trique
-une leçon de cos­mé­tiques
-je connais par coeur l’oubli
-la vie des des­sous, le vide des bureaux
-trop tard pour les sirènes
-c’est faux en sor­tant après le coin
-j’ai lar­mé le vin d’opale
-pas de mes­sage de nulle part en pleine nuit
-une marque de bai­ser qu’on ne trouve plus nulle part
-unn filmm noirr
-her­bier des pen­sées
-la véri­té sous le papier-peint
-les enfants du manège ont gran­di

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

bou­le­vard de dépit (rue du départ)

 

 

 

amer mais j’ai mor­du dans rien
tout le monde était de sor­tie sans moi
et pour­tant les rues que je pre­nais res­taient obs­ti­né­ment vides
et mes chaus­sures ne fai­saient aucun bruit sur le trot­toir

j’ai fini par arri­ver sur le 105 bou­le­vard
his­toire de voir les gens se par­ler
et cha­cun mener son petit tra­vel­ling

che­ver­ny excu­sez-moi mon­sieur
me disait le ser­veur à chaque pas­sage
car il oubliait sans cesse de me ser­vir
il y a ceux qui sont et ceux qui ne sont pas

c’était cette petite mélan­co­lie détes­table
d’un cœur qui hésite entre automne et prin­temps
et j’entendais sur la ter­rasse une femme répé­ter n fois le mot « erreur »
quand réson­nait sans cesse dans ma tête le mot « dépit »

pas­saient de grands cygnes en mode escar­pins
des proies et des ombres
des lécheurs de glaces
des cos­tumes rayés genre « pas mal »

le gar­çon réci­tait le menu et ses varia­tions
j’entendais un type par­ler de faux-départs
il me fai­sait pen­ser à quelqu’un qu’il n’était pas
il y a ceux qui sont et ceux qui ne sont pas

j’imaginais qu’assez loin en face
dans ce grand immeuble d’un autre temps
un homme nous regar­dait der­rière sa haute fenêtre noire

pour­tant le spec­tacle se ter­mi­nait
et je n’avais même pas envie d’achever le poème

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

poème super­réa­liste
 

 

 

des longues phrases
des cous de télé­phones

on passe la jour­née à gru­me­ler ensemble, entre les grilles de la clim
à l’hôtel des arai­gnées comme d’âpres majes­tés

« oh passe moi le ciel de novembre que je t’en fasse un puits à cham­pagne »

elle me met la main sur le ventre à la video­drome et
j’éclate de rire
car « mais il n’y a aucune épais­seur ! »!

plus tard on des­cend à la phar­ma­cie cen­trale, pour voler des cure-dents,
qu’on va fis­sa au musée
plan­ter dans des picas­so
pour qu’ils aient l’air plus vrais.

en ren­trant, j’achète des gro­seilles en pro­mo
dans sa bouche, qu’on écrase, pour faire un sang joyeux liquide acide et sucré
et on se laisse tom­ber lour­de­ment sur le lit, comme ces objets dont on ne veut plus

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

phrases auto­nomes
 

 

 

je m’étais endor­mi en regar­dant les yeux
une sorte d’attente sans objet
une attente A
et chaque soir par les airs m’arrivait tou­jours le même mes­sage
« dor­mez bien » ;

j’hésitais quant à
l’expéditrice
que j’appelais aus­si l’exécutante
mes­sage simple mais dou­blé d’un mys­tère
qui était-elle, et que vou­lait-elle ? dire ?

« les reines adorent l’onde »,
une phrase dans un jour­nal que j’avais rete­nue
qui se sur­ex­po­sait à tout le reste
je n’en avais plus le contexte, mais l’usage hasar­deux
quand je ne savais quoi dire ;

il y avait des sens à man­ger de toutes parts
et je n’arrêtais pas de sor­tir les griffes ;
à chaque pas­sage pié­ton je me disais :
« je n’ai jamais vu de cerf »
mais trop de choses, der­rière leurs vitrines, arrivent ou pas,
gélules à espoirs faibles dans des blis­ters ;

ces phrases par­laient d’elles-mêmes, sans contrôle, elles se disaient toutes seules
sans dates de phrases d’achats
sans l’aide d’aucune bouche ni mode d’émoi

blush sans maî­trise
par l’air m’arrivait l’air d’un cerf qui res­pire
et des auto­ma­tismes de sangs froids 

Cinq poèmes

Par |2018-10-22T05:40:15+00:00 7 février 2016|Catégories : Blog|

 

 

Rêve
aux entrailles
du
            pos­sible

après éblouis­se­ment
recueille­ment

puis
écou­ter le silence
sou­ve­rain

 

 

 

***

 

 

 

Voici venu l’hiver
où toutes forces

toutes joies et peines

hiver où dan­gers d’espérances

se replient au creux tiède
des pen­sers

hiver je t’attends

depuis toute une année
depuis toute une vie

en ton recueille­ment
ce qui doit être vu
sera vu

ce qui doit être dit
sera dit

ce qui doit être su
sera appris

 

 

 

***

 

 

 

J’ai vu sur le ciel d’azur
lumi­neux et clair
d’un très beau soir d’hiver
les arbres aux branches nues
écrire vos lignes de cœur
tan­dis qu’en cet ins­tant
à vous
mes prières ver­ti­cales
            ave­nue des pla­tanes
            où cou­rut mon enfance

 

 

 

***

 

 

 

Toujours ce regard très
per­çant et très pur
ouvri­rait la porte des
                       des­tins
s’y fondre à jamais
plus léger qu’espérance

les chants de la
                         Terre
portent haut l’horizon
                      d’une vie
loin du bruit déri­soire

 

 

 

***

 

 

 

Hiver
recueille­ment des sai­sons
reve­nues à la terre
recueille­ment de l’âme
ren­due à l’essentiel

Hiver
chantre
de l’Eternel Retour

Entre tes racines
endor­mies
la Vie

CINQ POEMES

Par |2018-10-22T05:40:15+00:00 13 juillet 2014|Catégories : Blog|

 

*

-conver­sa­tion-

 

 

 tu pen­sais  à la démo­cra­tie des dési­rs
-ou peut-être des envies-
celle qui est terre à terre
qui n’élève pas et nous place tous
sur les rayons du bas
-tous plus proches de la pous­sière-
Des choses qui touchent à la dimen­sion des héros,
puis déraillent dans une simple répé­ti­tion
d’ évè­ne­ments  séra­phiques…
Mais c’est  –dis-je-  le train-train quo­ti­dien,
le chif­fon de papier des gestes, l’acquisition
de par­celles signi­fi­ca­tives,
la fami­lia­ri­té léni­tive du tan­gible.
C’est cela, je sup­pose… quand on aspire
à la sim­pli­ci­té du moment, l’illusion
du tous égaux, le rêve qui se répète.
A quoi bon dési­rer ? exis­ter ? quand expire
cette pres­sion sur l’accélérateur ?
où cher­cher notre iden­ti­té, en nous ?
Si tout passe plus vite
la vie ne se mange pas…
         Tu te regardes les doigts : on dirait le reflet
l’énumération infan­tile du peu que l’on pos­sède,
la sup­pu­ta­tion de cer­tains nœuds …

 

                                                        Traduction de l’italien de Raymond Farina

 

 

*

– conver­sa­zione –

 

pen­sa­vi alla demo­cra­zia dei desi­de­ri
– o forse delle voglie – :
quel ché di ter­ra ter­ra
che non ele­va e ci pone tut­ti
sugli scaf­fa­li ai pia­ni bas­si
– tut­ti più vici­ni alla pol­vere – ,
cose che attin­go­no la dimen­sione degli eroi,
poi dera­glia­no in una sem­plice ripe­ti­zione
di even­ti sera­fi­ci…
Ma è roba – dico – di tut­ti i gior­ni,
la car­ta strac­cia dei ges­ti, l’acquisto
di par­celle signi­fi­ca­tive,
la domes­ti­chez­za leni­ti­va del tan­gi­bile.
E’ ques­to, sup­pon­go…  aspi­ran­do
alla sem­pli­ci­tà dell’ora, l’illusione
del tut­ti ugua­li, il sogno che si repli­ca.
Ci serve desi­de­rare ? essere ? quan­do espi­ra
ques­to pre­mere sull’acceleratore ?
dove il rico­nos­ci­men­to di noi, in noi ?
Se tut­to scorre più svel­to
la vita non si man­gia…
Ti guar­di le dita : sem­bra riflet­ten­do
enu­me­ra­zione infan­tile di pochi ave­ri,
il com­pu­to di cer­ti nodi…

 

 

 

*

(des trop nom­breux rac­cour­cis que j’ai pris)

 

des trop nom­breux rac­cour­cis que j’ai pris
res­tent des sillages, des sen­tiers qui s’effacent
comme des espaces que le maquis reprend.
c’étaient  des  pen­sées faciles, des cam­pe­ments
de petits loi­sirs, réfrac­taires
aux ana­lyses  impi­toyables.
c’étaient  des plai­sirs, des ajour­ne­ments
d’engagements avec  soi-même,
des agen­da oubliés ailleurs.
avec quelles igno­mi­nieuses rai­sons
je les clas­sais par­mi les choses à faire.
je croyais être un
mais je par­ta­geais un des­tin.
ce n’était pas facile, rien de mer­veilleux
dans la façon dont ça s’est pas­sé.
les sillages, les traces reviennent
comme des cercles sur l’eau.
quelques déchets modestes
battent l’herbe des bords.
c’est pour­quoi je le dis,
à qui­conque pour­rait-être inté­res­sé…

 

                                                          Traduction de l’italien de Raymond Farina

 

 

*

(di molte scor­cia­toie che ho pre­so)

 

di molte scor­cia­toie che ho pre­so
riman­go­no scie, sen­tie­ri che scom­paio­no
come spa­zi che la mac­chia ricon­quis­ta.
era­no age­vo­li pen­sie­ri, accam­pa­men­ti
di pic­co­li ozi, refrat­ta­ri
ad impie­tose ana­li­si.
era­no pia­ce­ri, aggior­na­men­ti
d’impegni con se stes­si,
agende dimen­ti­cate altrove.
con quale igno­mi­nio­sa ragione
li cata­lo­ga­vo tra le cose da fare.
cre­de­vo di essere uno
ma divi­de­vo un des­ti­no.
non era facile. nes­su­na mera­vi­glia
su come è anda­ta.
le scie, le tracce ritor­na­no
come cer­chi nell’acqua.
qualche modes­to rifiu­to
batte alle sponde erbose.
per­ciò lo dico,
a chiunque pos­sa inter­es­sare…

 

 

*

(les voix une réduc­tion)

 

les voix une réduc­tion
la frag­men­ta­tion du son
comme une pro­pre­té de mots,
cel­lules d’œuf  aux mem­branes  ten­dues
et l’air, aspi­ré et per­du dans les gorges,
simple vibra­tion de la pen­sée…
elles arrivent, elles arrivent  et par­viennent à l’oreille
sans omis­sions, elles occupent
un espace d’ondes concen­triques
comme des petits bal­lons au pla­fond,
sons invi­tés à aucune fête,
nés pour être dits ou tus,
morts nés.
par­mi elles il n’y a pas celle-là,
ni syl­labe ni pho­nème, celle
de la réponse et du refus,
qui  babille, fasse un clin d’œil, recon­naisse
l’idée et le désir d’alors.
les pies dehors rient.
le gris le bleu
la rugo­si­té des murs
est une réa­li­té dif­fé­rente. 

 

                                                         Traduction de l’italien de Raymond Farina

 

*

(le voci una ridu­zione)

 

le voci una ridu­zione,
il fram­men­tar­si del suo­no
come una puli­zia delle parole,
cel­lule d’uovo tese alle mem­brane
e l’aria, aspi­ra­ta e per­sa in gole,
sem­plice vibra­zione del pen­sie­ro…
arri­va­no, arri­va­no e giun­go­no all’orecchio
sen­za omis­sio­ni, occu­pa­no
uno spa­zio concen­tri­co di onde
come pal­lon­ci­ni al sof­fit­to,
suo­ni non invi­ta­ti a nes­su­na fes­ta
per­cuo­to­no una cam­pa­na sor­da,
nati per essere det­ti o taciu­ti,
nati mor­ti.
tra esse non c’è quel­la,
né silla­ba né fone­ma, quel­la
del­la ris­pos­ta o del rifiu­to,
che lal­li, ammic­chi, rico­nos­ca
l’idea e il desi­de­rio che c’era.
fuo­ri le gazze rido­no.
il gri­gio l’azzurro
la ruvi­dez­za dei muri
è una real­tà diver­sa.

 

 

*

(Dans la sereine dis­po­si­tion des choses)

 

Dans la sereine dis­po­si­tion des choses,
objets qui trouvent place
dans notre vie,
objets parents, icônes d’une par­faite
conjonc­ture, d’un soir d’anniversaire,
une année pas­sée comme à la hâte…
Rumeurs, dehors, dis­tantes au point
que le monde paraît inexis­tant,
fait de paroles déshy­dra­tées,
tech­nique, chaos, entro­pie des média.                                                                              
Sa pré­sence est faite
de pro­jets sans suite et de rêves,
terre de tran­si­tion entre jeu­nesse et len­de­mains.
Les len­de­mains  ne nous réservent pas des jouets.
S’ils se désistent c’est pour que l’on reprenne pied
par amour ou  espoir.
Ici le vin ne perd pas son éclat.
Ici la cha­leur hiver­nale et les vitres
embuées et le soir.
C’est seule­ment demain que nous appré­cie­rons ces choses,
che­mises dans une armoire, agneau au four,
retour d’un enfant à la mai­son.
Voilà pour­quoi je joue de la flûte de Pan
avec une recon­nais­sance jus­ti­fiée.

 

                                                           Traduction de l’italien de Raymond Farina

 

 

*

(Nella sere­na dis­po­si­zione delle cose)

 

Nella sere­na dis­po­si­zione delle cose,
ogget­ti  che tro­va­no col­lo­ca­zione                                                          
nel­la nos­tra vita,
ogget­ti  paren­ti, icône di una per­fet­ta                                
congiun­tu­ra, d’una sera d’anniversario,
un anno pas­sa­to cosi in fret­ta…
Rumori, fuo­ri, cosi dis­tan­ti
che il mon­do appare inesis­tente,
fat­to di parole disi­dra­tate,
tec­ni­ca, babele, entro­pia dei media.
La sua pre­sen­za è fat­ta
di pro­get­ti ineva­si  e sogni,
ter­ra di tran­si­zione tra gio­ventù e doma­ni.
Il doma­ni non riser­va gio­cat­to­li.
Se recede è per­chè ripren­dia­mo il control­lo
per amore o spe­ran­za.
Qui il vino non perde la sua lucen­tez­za.
Qui il calore inver­nale e i vetri
appan­na­ti e la sera.
Solo doma­ni tro­ve­re­mo feli­ci queste cose,
cami­cie in un arma­dio, agnel­lo in for­no,
ritor­no a casa d’un ragaz­zo.
Perciò suo­no il flau­to pàni­co
di un moti­va­ta rico­nos­cen­za.

 

 

 

*

(Tu peux même com­men­cer)

 

tu peux même com­men­cer
avec un phra­sé inutile
si cela te fait plai­sir.
T’échauffer la langue        
contre un silence rêche
de tables, de mots,
de domi­nos noirs. Allonger
les jambes les arti­cu­la­tions
de ta pen­sée, te cacher
les pau­pières.
Tu peux faire de ton souffle des  volutes    
bruire de pages expres­sives
dans tes rides.
                 Puis
ce qui compte c’est de tom­ber
dans le mor­tier des sen­sa­tions
dans des débris de nuits infi­nis
et des dou­leurs aux doigts ser­rés contre les yeux.
De toutes les conver­sa­tions
de toutes les conver­sions
reste un brouillon.            
Mais dans ce ver­tige
ce mor­tier
le der­nier mot n’avait pas d’importance :
(des étoiles glis­saient sur la voûte
assom­mées, et l’aube
réper­toire sur les pau­pières
lumière sur les murs)
elles étaient plu­tôt des abju­ra­tions.  

 

                                                            Traduction de l’italien de Raymond Farina

 

 

*

(puoi anche iniziare)

 

puoi anche iniziare
con un fra­seg­gio inutile,
se ti fa pia­cere.
Scaldare la lin­gua
contro un tacere ruvi­do
di tavo­li, parole,
dòmi­ni neri. Allungare
le gambe le arti­co­la­zio­ni
del pen­sare, nas­con­dere
le pal­pebre.
Puoi gene­rare volute di res­pi­ro
frus­ciare di pagine espres­sive
nelle rughe.
Poi
quel­lo che conta è pre­ci­pi­tare
nel mor­taio del sen­so
nel fran­tumìo di infi­nite not­ti
e dolo­ri alle dita strette agli occhi.
Di tutte le conver­sa­zio­ni,
di tutte le conver­sio­ni
res­ta copia.
Ma in quel­la ver­ti­gine
quel mor­taio
non impor­ta­va l’ultima paro­la :
(stelle slit­ta­va­no sul­la vol­ta
tra­mor­tite, e l’alba
reper­to­rio alle pal­pebre
luce alle pare­ti)
era­no invece abiure.

 

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