> Claude Faber : Le temps des roseaux

Claude Faber : Le temps des roseaux

Par | 2018-05-28T05:39:01+00:00 23 novembre 2015|Catégories : Critiques|

 

Le temps des roseaux est un ensemble de textes choi­sis entre 1995 et 2015. Cinquante de ceux-ci se côtoient qui ne se sont peut-être jamais ren­con­trés nous dit l’auteur. Derrière cette affir­ma­tion, il y a néan­moins une uni­té de ton, de rigueur, d’images et de pen­sées qui forment un tout cohé­rent et aéré. C’est essen­tiel­le­ment une prose qui va rou­lant comme la vie par­lant de tout, d’une image à l’autre, d’une idée à l’autre, comme une ligne droite où nous allons à la décou­verte du monde, de tous ses aspects. Claude Faber ne s’attache pas, il passe. Il uti­lise un voca­bu­laire com­mun qui décrit au plus près le réel et le vécu à son­der le monde pour se l’approprier.

A l’écoute de soi par une mise à jour d’une quête déses­pé­rée de rete­nir ce que ces mains et ces lèvres n’ont pu rete­nir, il y a une volon­té de s’intégrer à tous les moments du monde oscil­lant entre par­fois une image sur­réa­liste et un réel bien frap­pé. Volonté de dépas­ser la pau­vre­té du quo­ti­dien, sa maté­ria­li­té creuse. Par delà, c’est tout le sens de la vie qui est inter­ro­gé avec ses bri­sures, ses replis, ses avan­cées. Le monde va sans nous et nous allons sans lui. Où est notre rap­port à la vie qui défi­ni­rait notre néces­si­té d’exister et appor­te­rait une réponse défi­ni­tive ? Il n’y a jamais eu de réponse, juste un espoir. L’auteur trace une fron­tière flou et mobile, comme une finis ter­rae, entre ce que nous sai­sis­sons de l’existence et ce qui nous échappe, entre ce qui rap­proche et sépare, entre vide et pré­sent. Il y a un point de conver­gence entre la vie inté­rieure et la vie exté­rieure qui débouche sur un aveu : Serait-il temps de l’avouer ? Avouer d’être de ce monde, de le déchif­frer comme véri­té dans les actes quo­ti­diens.

Chez Claude Faber, on approche, on croit presque entrer dans une réponse et puis tout retombe, rede­vient silence. Arrivons-nous au roseau de Pascal ? Et si l’auteur ne nous racon­tait que des his­toires, si ce n’était qu’invention : Il était une fois, moi, lui, l’autre, l’inconnu sur les­quels on raconte des choses pour oublier, oublier que l’on vit pour être une fois dehors, à déam­bu­ler, à rêver n’est-ce pas Louise, à déri­ver à la recherche d’un pas­sage. Ce monde est décrit dans des moments d’exactitude et de luci­di­té ter­restres. Une recherche d’un infi­ni qui ne peut se conclure que dans un lieu : qui ne dit jamais tout.

Les poèmes n’enferment pas le monde, tout reste ouvert dans un pré­ci­pi­té de sen­sa­tions, réflexions, images où l’auteur vou­drait tout sai­sir, tout fixé, depuis le détail jusqu’à l’ensemble. Mais rien ne s’arrête et nous emporte dans un bouillon­ne­ment sans fin, dans des mots qui par­fois nous res­tent à choi­sir.

Le temps des roseaux est une invi­ta­tion à vivre par une simple accep­ta­tion, un acquies­ce­ment.

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