> Cliniques d’hiver

Cliniques d’hiver

Par |2018-08-15T11:38:35+00:00 31 mai 2014|Catégories : Blog|

 

Je n’en peux plus n’en peux plus n’en peux plus

chaque mot déclenche en moi des images :
labo­ra­toires cli­niques bou­che­ries – les anti­chambres
qui mènent à la morgue muni­ci­pale

Je n’en peux plus de l’abattoir de mon cer­veau :
bles­sures sang trans­fu­sions sutures membres refroi­dis
bras ampu­tés aban­don­nés sur les tables
tumeurs grais­seuses
Mes yeux morts me regardent depuis le petit pla­teau à organes

Je n’en peux plus jour après jour nuit après nuit
de mon corps comes­tible
dans cette odeur que répand la mala­die

Tes mots d’amour déclenchent des hémo­pty­sies
Ô. Je vois le spec­tacle du sang
révol­té contre sa pri­son sou­ter­raine
la nuit je rêve d’hémorragies
de l’hémoglobine étin­ce­lante
et épaisse comme la crème chan­tilly
comme la mousse de fruits

Je n’en peux plus des fram­boises mûres des neiges pourpres
Mon cer­veau qui abrite des abat­toirs
je le pose, sous forme d’aspic, sur des pla­teaux en por­ce­laine

Je n’en peux plus
du sang du goût rouge et dou­ceâtre de fruit
de mon corps ron­gé pris dans ce piège

 

 

Biobibliographie et tra­duc­tion © Linda Maria Baros

X