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Cœurs ébouillantés

Par | 2018-05-28T10:08:50+00:00 23 juillet 2012|Catégories : Critiques|

Ce sont dix-sept voix fémi­nines litua­niennes que Diana Sakalauskaitė et Nicole Barrière nous invitent à décou­vrir. Certaines sont des poètes connues dans leur pays – elles ont édi­té un grand nombre de recueils, ont gagné plu­sieurs prix : c’est le cas d’Aldona Elena Puišytė, Ramutė Skučaitė sur les­quelles s’ouvre l’ouvrage. (Notons que les recueils de l’une ou de l’autre sont tra­duits dans plu­sieurs langues : anglais, alle­mand, sué­dois, russe, ita­lien, por­tu­gais et même japo­nais, mais rare­ment en fran­çais). D’autres poètes, certes beau­coup plus jeunes, n’ont pas la même noto­rié­té. Ilzė Butkutė, par exemple, qui a vingt-huit ans, a publié son pre­mier recueil l’an der­nier.

En lisant ces textes, nous péné­trons dans un uni­vers sou­vent mélan­co­lique : la mer mur­mure, la nature sent le chèvre­feuille ou le sapin, on y célèbre la lune…

Ici et là, il est ques­tion d’un ailleurs. Quand la vie se montre trop rude. Quel est le sens d’une exis­tence dans laquelle on vieillit seul, on boit trop d’alcool ? Il arrive que l’idée de déguer­pir prenne le des­sus.

Chez Dovilė Zelčiũtė, par exemple :

Les églan­tiers fleu­rissent
ma fille au bal­con
les yeux plis­sés
se lan­guit du brouillard de Londres

Le prin­ci­pal reproche que l’on pour­rait faire à ce livre est qu’il pro­pose des pré­sen­ta­tions trop bavardes des auteures. Que nous importe de savoir que l’une écrit depuis la sixième et que l’autre a eu tel sujet en his­toire, quand elle a pas­sé son bac­ca­lau­réat ? Certes, on peut tou­jours lire en dia­go­nale ces bio­gra­phies. Si les plumes choi­sies sont de qua­li­tés inégales, le recueil est, aujourd’hui, l’un des rares moyens en France de décou­vrir cette poé­sie.

Notons que la revue Cahiers litua­niens, pro­pose un index biblio­gra­phique (réa­li­sé et mis à jour par Philippe Edel) des poètes et écri­vains litua­niens publiés en fran­çais :

http://​www​.cahiers​-litua​niens​.org/​e​c​r​i​v​a​i​n​s​.​pdf

 

Trois extraits

 

SOIRÉE

[…]

tu vou­drais plon­ger dans l’eau salée de la mer,
ne te mens pas, tu sais par­fai­te­ment que tu ne veux rien,
que tout ce que tu veux c’est mou­rir ;
tu poses le livre de côté, avec tant de solen­ni­té
on dirait que tu poses une lyre ; tu enfiles tes chaus­sures,
mets ton man­teau usé, tu ne le bou­tonnes pas :
la phar­ma­cie de garde n’est pas loin, tu y vas,
tu vas deman­der au phar­ma­cien
un peu de poudre pour la migraine,
au retour tu retrou­ve­ras l’homme de pas­sage sur le sofa ;
il dai­gne­ra se retour­ner : est-ce que par hasard
tu m’as ache­té de la bière ?

n’accuse per­sonne pour cette chienne de vie
on est tous de pas­sage
tous cœurs ébouillan­tés

 

Violeta Šoblinskaitė Aleksa
Violeta Šoblinskaitė Aleksa st née en 1954. Elle a publié cinq recueils de poé­sie, deux romans, des essais.

 

Tandis que je son­geais,
Qu’approchait le temps
De la mort,
Cette affreuse injus­tice,
Tout près de là
Sur la branche d’un saule
Un merle per­ché
De sa voix la plus claire
Commença à chan­ter
La jus­tice et la beau­té
Du monde.

Stasė Lygutaitė – Bucevičienė
Stasė Lygutaitė – Bucevičienė est née en 1936. Elle a publié douze recueils de poé­sie dont La rose dans la nuit au cœur de l’hiver.

 

[…]
Je me suis sen­tie heu­reuse une fois.
Pas heu­reuse deux fois.
Trois fois n’ai rien sen­ti du tout.
Une fois j’ai pen­sé au sens de la vie.
Deux fois au non-sens.
Trois fois à rien.

Daiva Čepauskaitė
Daiva Čepauskaitė est poète et dra­ma­turge. Elle est née en 1967.

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