> Comment allez-vous ? de Gérard Le Gouic

Comment allez-vous ? de Gérard Le Gouic

Par | 2018-02-19T08:49:30+00:00 29 avril 2014|Catégories : Blog|

    Oui, il a rai­son, Gérard Le Gouic, de nous poser la ques­tion. « Comment allez-vous ? ». Il nous la pose mais il se la pose aus­si à lui-même. Car les années passent et l’âge vient : ses pre­mières publi­ca­tions ne datent-elles pas de 1958 ?

         Comment allez-vous ? C’est donc le titre d’un modeste recueil de 15 poèmes, cou­su main, du poète bre­ton. On y retrouve cette pointe d’amertume qui carac­té­rise bon nombre de ses recueils ou encore ce regard sans illu­sion sur ses congé­nères. Ou, pour le moins, cette prise de dis­tance avec le monde qui l’entoure ;

     Mais sans doute est-ce l’expérience du deuil et de l’absence qui frappe le plus dans ces nou­veaux poèmes. « Mes amis sont tus, éteints/l’aimée aussi/d’une longue tra­ver­sée ». Et le poète s’interroge : « Qu’accomplir aujourd’hui/sous leurs blanches images/​dans le vitrail de leur sou­ve­nir ? ». Lui manque la com­pa­gnie de ses amis poètes dis­pa­rus : « Ne m’en exi­gez testaments/​ni longs éloges/​leurs tes­ta­ments logent/​dans leur voix/​leurs éloges dans leurs strophes ».

       Alors, Gérard Le Gouic, au bout du compte (les­té de tous ces far­deaux), on vous pose la ques­tion : « Comment allez-vous, mal­gré tout ? ». Il  nous répond : « Je vais du pas des heures qui s’effacent ». Voyagez-vous ? Sortez-vous ? « Mais non : j’ai peu quit­té mon toit/​et n’apprécie rien tant/​que les habi­tudes et les répétitions/​le res­pect d’immuables horaires/l’emprunt des che­mins qui me recon­naissent ». Et par une pirouette dont il a le secret, le poète ren­voie son inter­lo­cu­teur dans les cordes : « On m’affuble d’une réputation/d’aisance et de bonne santé/​et d’un pen­chant pour la poésie/​Tout est faux, mes bons amis/​dans votre impec­cable tableau ».

        Il n’y a pas, effec­ti­ve­ment, chez Le Gouic de « pen­chant » pour la poé­sie. Ce serait bien réduc­teur pour quelqu’un qui a voué, en réa­li­té, toute sa vie à la poé­sie et posé, d’emblée, la ques­tion de son iden­ti­té d’auteur. N’écrivait-il pas déjà en 1977 dans ses Autoportraits en noir et bleu (édi­tions Rougerie) : « Vous me peignez/​tel que je suis/​qui est une fausse identité./Je me vois/​tel que je me connais/​mais cette connaissance/​va jusqu’à l’ignorance ».

 

                                                                                                           

Sommaires