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COMMENT RECONNAÎTRE UN GAGAOUZE

Par | 2018-02-24T20:38:37+00:00 2 janvier 2014|Catégories : Blog|

 

Un mur, der­rière lui, quand tu colles ton oreille,
tu entends écu­mer la mer.

Derniers ins­tants avant le départ d’une ava­lanche,
un silence, seule­ment à cause de ce qui va suivre.

Silence dans une bombe, cer­clée de dure­té —
quelque chose manque après l’explosion.

Petit vil­lage dans la mon­tagne :
vivant plus haut que les nuages, ses habi­tants croient
que leurs seuils furent épar­gnés
lors de la fin du monde.

Une ville née des rêves : un espace vide est deve­nu com­pact,
et les construc­tions, un espace vide — en sou­ve­nir de vides.

Une place, où se sont accli­ma­tées des méta­phores :
j’y vais muni d’un Dictionnaire des Figures de Style
afin de recher­cher des objets et des gens
por­tant les noms d’autres objets et d’autres gens.

Le gros aspi­ra­teur qui, avec les feuilles,
aspire toutes nos pen­sées et tous nos souffles.

Le monu­ment à un libé­ra­teur, aux portes de la ville —
là où jadis, dans les orties, traî­nait une mar­mite rouge.

Un Russe conge­lé au Kamchatka,
à tel point qu’il n’est plus un Russe.

Un fou dis­cret, à tel point dis­cret,
que per­sonne ne remarque sa folie.

Moments où la ter­reur que res­sent le tyran est à son zénith :
des hur­le­ments et une écume tra­versent la pel­li­cule d’une nor­ma­li­té,
ce n’est là que l’indice d’un début de léga­li­sa­tion de la folie.

Personne ne prête atten­tion à l’espace de silence
entre deux de ses hur­le­ments.

Le tyran bran­ché sur un com­pres­seur
et gon­flé jusqu’à la taille qu’il a sou­hai­tée.
Quand il a explo­sé,
notre val­lée était rem­plie de papillons.

Gagaouzes : experts dans la recon­nais­sance de ceux-qui-ne-disent-rien
au moment où bavardent ceux-qui-ne-disent-rien.

Comment recon­naître un Gagaouze ?
Quand on pro­nonce le mot gagaouze, un Gagaouze se com­porte
comme si on avait pro­non­cé un terme abso­lu­ment banal.

 

 

Le nom de ce peuple, répar­ti entre Bulgarie, Ukraine et Russie, n’a été choi­si que pour sa sono­ri­té bizarre et cocasse.

 

Traduction de Liljana Huibner-Fuzellier & Raymond Fuzellier