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Comment vivre en poète, lettre à Éric Poindron

Par |2021-01-06T09:06:39+01:00 6 janvier 2021|Catégories : Éric Poindron, Focus|

En manière d’introduction, cette lettre-mail qui explique la genèse du dia­logue entre Éric Poindron et l’auteur.

 

Louvigné-du-Désert le 24 novembre 2020

Bonjour Maryline,

En accord avec mon ami Eric, je te joins ce texte : Dialogue avec Eric Poindron (ou Lettre à Eric Poindron, tu juge­ras, à l’occasion, du meilleur titre à lui don­ner). J’espère qu’il te plaira. 
Il s’agit d’un jeu de questions/​réponses entre l’auteur et moi. Au crayon à papier, comme c’est mon habi­tude, j’ai direc­te­ment écrit sur le livre que je lisais. Il s’agissait de son ouvrage (inclas­sable mais poé­tique sûre­ment) Comment vivre en poète paru en février 2019 au Castor Astral.
A la réécri­ture, je me suis astreint, pour un maxi­mum de sin­cé­ri­té, à reprendre le plus pos­sible le pre­mier jet très impul­sif. On y trouve donc nombre d’imperfections, mais je l’assume, et pour Eric Poindron, et pour toi, et pour la néces­si­té du res­sen­ti, si j’ose dire.
Techniquement, le livre de Poindron est tout fait de cita­tions d’auteurs entre guille­mets, de réflexions en police grasse, ou majus­cule, ou plus habi­tuelle Times New ROMAN… J’ai ajou­té une note de départ expli­quant tout cela. Pas facile à suivre peut-être. J’espère que le lec­teur s’y retrouvera.
J’ajouterai qu’il n’y avait aucun pro­jet de publi­ca­tion dans l’écriture de cet échange. Juste l’envie d’un par­tage avec le poète. 
Par la suite, l’ayant joint au télé­phone, nous avons ensemble évo­qué cette éven­tua­li­té de publier dans ta revue en ligne.
Tu en jugeras.
Dans l’amitié des mots. 

Serge Prioul

Vaucluse 18 octobre 2019 – Louvigné-du-Désert 1 jan­vier 2020

Salut Eric,

Je te connais peu ; j’ai seule­ment remar­qué un type pas comme les autres – poètes – la sin­cé­ri­té de ta pré­sence quel­que­fois sur Facebook, et ça me fai­sait du bien.

Alors quand j’ai trou­vé ce livre dans le rayon poé­sie – encore trop modeste à mon goût ! – de la librai­rie Le Bleuet à Banon, je l’ai ache­té sans hési­ter (Du coup, double effet du plai­sir, j’en ai même dépo­sé deux des miens !).

Comme la poé­sie, ce livre convie des poètes à prendre place en ces pages, écris-tu.

L’invitation était trop belle : le crayon à papier, léger ; du genre à effleu­rer sans effeuiller, sans affir­mer sur­tout. Je t’ai pho­to­co­pié deux pages de mes notes direc­te­ment sur ton texte, juste pour mon­trer l’effleurage – et c’est illi­sible ! Alors, il m’a fal­lu tous ces mois pour reprendre mes petites réflexions (par­donne-moi d’avoir été si long – je suis très mau­vais écrivain !)

Non pas que je ne croie pas en la valeur de mon texte, de ma cri­tique, mais sou­vent j’écris péni­ble­ment, et j’avais l’impression de ne rien dire d’intérêt, de m’être atte­lé à trop gros, de m’être atta­qué à… le siège m’épuisait.
Pourtant je n’ai qua­si­ment pas chan­gé les mots cou­chés lors de cette lec­ture d’octobre. Et je te les res­ti­tue tels quels.

Je le répète, ce n’est guère une cri­tique, plu­tôt un dia­logue avec un ami poète dont j’aime lire les textes. Sans doute un peu ce que tu espé­rais en écrivant.

Eric Poindron, Commet vivre en poète, pré­face de Chalélie Couture, Le Castor Astral, 2019, 137 pages, 15 €.

Voilà donc ce regard sur… du “lec­teur moyen” que je suis qui n’apporte pas de réponses aux ques­tions ; l’impression plu­tôt d’y acco­ler une nou­velle ques­tion, siamoise !
Et des réponses à double sens (tu l’auras com­pris) comme doit être la poé­sie, comme j’essaie en tout cas de l’écrire. A quoi bon écrire un vers s’il n’a qu’un seul sens de lec­ture ? Travail de poète, donc ! – tu vois j’avance comme en mathé­ma­tique : argu­men­tant la démons­tra­tion. Et pour moi-même.
Comme la poé­sie, ce livre convie des poètes à prendre place en ces pages, tu l’écris donc à la page 34. Je n’avais pas atten­du d’être arri­vé là pour grif­fon­ner régu­liè­re­ment mes notes à la suite des pas­sages qui me par­laient. Parfois ils lais­saient un blanc sur la page, comme pour pro­po­ser une suite, par­fois il fal­lait se conten­ter d’un bout de marge et d’un com­men­taire laco­nique, et c’est bien ainsi !
A 17 ans, fau­ché comme un fils d’ouvrier, j’ai volé à un libraire le Baudelaire de la Pléiade. Comme sur ton livre, j’ai écrit contre chaque poème. Ce que je com­pre­nais, ce que je ne com­pre­nais pas aus­si, et c’est régal à relire ces notes intimes du gar­çon qui découvre ! Le Baudelaire m’accompagne tou­jours, il est là près de moi, sur le siège du cam­ping-car. Le tien le rejoin­dra sûre­ment. Belle compagnie !
Et tout cela res­te­ra entre nous. En noir et blanc. Comme les pho­tos de mes amis du Trás-os-Montes. Existe-t-il ce « lec­teur moyen » ? Lire et en par­ler me semble tou­jours assez excep­tion­nel. On ne te par­le­ra pas de ton livre m’avait dit Sylvie Durbec, lorsqu’elle m’avait mis le pied à l’étrier de l’édition.
Bonne lec­ture, donc ! Essaie de m’y com­prendre… Si tant est que…  J’ai moins écrit dans la der­nière par­tie ; il ne faut pas abu­ser ! Et j’y revien­drai sou­vent : quel outil pour mes ate­liers d’écriture ! Toujours, cette envie de jouer avec toi, au jeu de l’écriture – et rien là de plus sérieux.
L’amitié comme en plus.

Comment vivre en poète

 Eric Poindron1

 

” On sent bien qu’il existe une obs­cu­ri­té inhé­rente à la poé­sie, mais on ima­gine un peu vite que le poète doit la recher­cher alors qu’il doit la dissiper. “

 Roger Caillois

  Vivre en poète, c’est se sen­tir comme un élec­tron libre pro­pul­sé en dehors des limites de son chant d’attraction. A la fois joyeux et déses­pé­ré, à la fois iso­lé et confon­du à l’Univers… (page 13)

Vivre en poète, c’est pro­fi­ter d’une page blanche – ou presque – dans un livre inti­tu­lé “Comment vivre en poète” et avoir envie d’y mettre ses propres mots. A peine, comme cela, au crayon à papier qui glisse aus­si sim­ple­ment qu’on l’efface.

 

Celle que j’aime dort encore
je suis sur la ter­rasse dans le calme des coqs 
je bois du thé noir 
… (page 15)

Dire qu’il est cinq heures dans un pays qui fait mon­ter les marches* aux coqs qui se la ramènent un peu trop tôt. Que celle que j’aime dort aus­si et que j’ai près de moi mon vieux Baudelaire dans la Pléiade, épais volume volé à un libraire ce qui lui gâcha la jour­née, mais pas la vie, la mienne. 

*Expression popu­laire d’autrefois pour dire : envoyer quelqu’un au tribunal.

 

Le poète vit à Paris, qui est une ville de poètes, mais pas seule­ment. Il peut aus­si vivre en pro­vince puisqu’il est pos­sible de vivre en poète partout.

Le poète peut exer­cer un métier qui ne compte pas. Ou jouer aux échecs. Ou ramas­ser des champignons.
… (page 17)

Mon fils enseigne les échecs, fait du vélo, ramasse des cham­pi­gnons. Les fait sécher. Comme nous les mots, tout seuls. Samedi, j’irai avec lui en forêt de Rennes. A Rennes, la Maison de la Poésie est le long du canal. On dit tou­jours que c’est un coin de cam­pagne dans la ville. 

Quelquefois le poète lit les livres qu’il achète mais ce n’est pas une obli­ga­tion. Quelquefois le poète lit deux pages puis se met à écrire… (page 18)

Ce genre de page où on nous a lais­sé bien peu de place pour les notes – et à gauche, où c’est pas facile. Mais on se dit qu’on va le rache­ter ce livre, pour l’offrir. A une amie poète ; parce qu’on a une amie poète, et qu’on lui offre sou­vent des mots.


Je crois aux poètes du Grand Dehors et du Grand Vide. Quand le vent souffle large. Le Souffle et l’écho du souffle…

L’assassinat de la poé­sie est com­mis sans conscience, mais en toute conscience, par les tristes cra­pules qui la décor­tiquent à la vilaine manière d’une autop­sie. (Page 20)

Est-ce la page pour dire que je taille la pierre et qu’il en sort sou­vent un poème ? Même quand je me tape sur les doigts – mais ce n’est pas souvent.

Celui qui vit en poète, c’est celui qui fait, qui dit, qui lit, qui luit. Qui pille, puis épar­pille. (page 23)

Et puis, de ci, de là, quelques petites traces dans la marge. Touches à tout. 

 Vivre en poète, c’est peut-être /​ être tou­jours quelque part au milieu de nulle part éga­ré au cœur des cha­huts et des chaos ; être seule­ment ici ou là, là où je ne m’attends jamais. … (page 25)

Je marque cette page avec un marque-pages de la librai­rie Le Bleuet à Banon. J’ai croi­sé cette route, ce vil­lage de Provence dont je ne savais rien, sur­tout pas qu’y vivaient, que s’y débat­taient tous ces poètes dans cette “plus grande librai­rie de France”, m’a-t-on dit. Alors moi, comme cela, j’ai dépo­sé deux volumes, d’un de mes deux livres, comme cela… 

Comment vivre en poète, c’est peut-être /​ cette réponse de Jean-Claude Pirotte : “Lorsque les gens me demandent si je suis écri­vain, je fais le mort.”

Quant à l’édition d’un texte, ça vaut à peine un paraphe. Là n’est pas l’enjeu. Une fois la pre­mière phrase pas­sée, il n’y a plus de morale. (page 26)

Ecris, écris” dit Jacques Josse “le reste… !” Et il regarde le ciel, comme il regarde la mer. 

(page 27) La page d’avant ou celle d’avant, je lis les mots de Reverdy, sur la neige bleue du toit fen­du. De mon cam­ping-car où je vis en poète, il n’y a pas de toit fen­du, et c’est heu­reux. Juste des rideaux-volets qui ferment presque bien par où un matin de grand soleil, dans la boîte presque noire, je voyais les gens du dehors mar­cher sur la tête.
Alors par­fois, je les ouvres en grand, ces volets, sur la Lune.

L’écritoire est un vaste pays en silence.
Qu’ai-je fait de l’hiver ? (page 29)

Tu ver­rais la taille de ma table d’écriture. Entre le bol, le lait, le miel, le tes­teur de dia­bète, la page blanche – ou pas.
Tu cher­che­rais la place de ton livre – ou pas.

On n’écrit pas de la poé­sie parce qu’on ne peut pas faire autre­ment, mais parce qu’on ne sait pas faire autrement. 

Ecrire sur une pierre trou­vée, c’est lui offrir des yeux et le don du regard.
On a vu des poètes écrire sur des galets, et les pierres se mettre à sou­rire. (page 30)

Si c’est de la poé­sie, c’est pour tout le monde ; et si ce n’est pas pour tout le monde, alors ce n’est pas de la poé­sie. (page 31)

Pour la pierre, si tu savais… !
Mais tu sais. Sur le chan­tier, Thierry Metz. Tu sais !  

Tu vois, ami,
Apprendre à lire un pay­sage ne détruit abso­lu­ment pas le pay­sage. Il faut apprendre à regar­der pour rien ; et regar­der le pay­sage comme une suc­ces­sion de strates ne tue pas la poésie.


Tu vois, ami,
Si on écrit quelque chose, il faut racon­ter les à-côtés.
On ne gagne pas ses galons parce qu’on découvre quelque chose de sen­sa­tion­nel. Tout est déjà écrit : il faut seule­ment trou­ver une petite place. (page 32)

Ami, cette envie de te répondre. Bon, c’est déjà fait. Et puis, j’aime pas écrire sur la page de gauche. Je sais, tu me feras sur la page de droite, une petite place plus confor­table. 

Comme la poé­sie, ce livre convie des poètes à prendre place en ces pages. 
Ce livre pose des ques­tions mais n’apporte pas de réponses.

Souvenez-vous aus­si qu’il n’existe ni bonnes ni mau­vaises réponses, et qu’à la ques­tion posée “pour­quoi écri­vez-vous ?”, la réponse la plus brève du poète Saint John Perse sera tou­jours celle de l’essence : ” Pour mieux vivre.” (page 34) 

Je t’envoie, Eric, “Le ques­tion­naire Vagamundo” de mon pre­mier livre – enfin, l’avant-dernier !  

Le ques­tion­naire Vagamundo

Depuis quand écrivez-vous ?
Depuis que le vin ne m’écrit plus.

Quand écri­vez-vous ?
Le matin quand un grand cœur bat dans l’aube et le silence.

Ecrivez-vous ?
Comme je caresse les pierres,
De ma grosse main de tailleur de pierre.

Vous ?
Même plu­riel, n’est pas une fin
Puisqu’il reste ils
Et sur­tout elles

?
J’ai tou­jours aimé poser la ques­tion : Quoi ?

 

***************

Ensuite, ici et là dans :

QUESTIONS SANS REPONSES
SENTIER D’ECRITURE 

Des pages à noter où rien n’est noté.
Trop de place, peut-être.

 

En si peu de mots, quel poème
allez-vous écrire dans les rares blancs d’un ticket
de métro, d’un titre de trans­port – amoureux ? –
et à qui ? (page 51)

J’ai sou­vent écrit sur les tickets de bar (il n’y a pas de métro à Fougères)
Mon édi­teur a tout refu­sé, ce devait être très mauvais
Il y avait encore trop de place.

  Comme ce poète Celan qui cher­chait un “Tu à qui par­ler”, j’ai un “je” qui traîne ;

 ai-je le droit de dire je
dans une his­toire de poèmes ?
(page 53)

Je. Tu. Qu’importe ! Parfois je te dis-tu. A d’autres c’est à moi, ce tu.

 

pour­quoi celui qui n’écrit pas peut-il vivre en poète ?
(page 62)

Je voyage en cam­ping-car ; je dois faire de la poé­sie avec des che­vaux fiscaux.

 

” Quelle huma­ni­té dans l’œuvre qui n’aura pas col­la­bo­ré avec le hasard. “
(page 62)

Voilà le genre de phrase hasar­deuse née des ren­contres avec la page de droite.

 

Alors, quel pois­son êtes-vous ?
(page 63)

Un che­vesne, qu’en pays Gallo, on appelle un dard, du fait de ses nom­breuses arêtes sans doute.

 

 Pour Marie-Claire Bancquart, le poème est “comme une série de “déso­béis­sances” à la langue commune.”

Quelles sont vos désobéissances ?
(page 68)

Je m’en fais des obli­ga­tions mais ne sais pas si j’en ferai fortune.

 

” Lucarne. Par cette lucarne – la seule dans la ville – on assiste aux tra­vaux secrets de la nuit.”

André Hardellet
(page 69)

Comme je n’aime guère le bleu, si fati­gué, si usi­té, j’allume une chan­delle jaune pour voir la nuit.

 

Qui est ce lec­teur, cet ami incon­nu, à venir ?
(page 69)

Il fau­drait trois points d’interrogation à cette phrase.


en typo­gra­phie étour­die – ou fantôme -,
un “blanc” mal pla­cé, comme un ange qui passerait,
est peut-être une ” coquille vide ” ?
(page 73)

 

Ici, pas de note ; juste un trait en marge pour dire aimer (il y en a beau­coup tout au long de ton livre, ami). Mes traits sou­vent sont cir­cu­laires, comme en mathé­ma­tiques, les vec­teurs d’un cercle.

 

FAUT-IL entre­te­nir des correspondances
avec d’autres poètes,
ET POURQUOI faudrait-il
éta­blir des cor­res­pon­dances entre poètes ?
(page 77)

La page m’a-t-elle lais­sé la place pour répondre ?
Devait arri­ver cette question. 
Et avec elle, celle que je me pose : dois-je t’écrire ? T’envoyer mes notes ? 
Mes ques­tions ? Mes non-réponses ? A quoi bon ?
Et puis, je me dis qu’il faut vivre en poète. Dangereusement !

 

Quel télé­gramme écri­riez-vous à un poète admiré ?
(page 78)

Ça ne doit pas être facile (!) (?) /​ Stop

Quel télé­gramme écri­riez-vous à l’être aimé ?
(page 78)

Ça n’a pas été facile (!) (?)/​ Stop

 

… Et puis le soir des­cend, il fait rouge et jaune, le jaune de la nuit…
(page 79)

Je sou­ligne ta “nuit jaune”
Enfin jaune !
T’en a pas marre, toi, de tout ce bleu dans les poèmes ? A croire qu’il n’y a qu’une couleur !
La nuit surtout !

  

On peut être écri­vain à temps par­tiel et poète à plein temps. Même celui qui n’écrit pas. Quant à l’édition d’un texte, ça vaut à peine un paraphe.
(page 81)

Oh, comme c’est mon cas ! A part, peut-être pour la der­nière pro­po­si­tion : le plai­sir de voir mes textes publiés ! Je ne “cra­che­rai pas dans” le livre/​soupe.

 

J’ai enle­vé le masque et me suis vu dans le miroir…
J’étais l’enfant d’il y a tant d’années…
Je n’avais pas du tout changé…

                                                           Fernando Pessoa   
                                                                                   (page 82)

 

Récemment, j’ai rêvé que j’étais le fils de Jacques Chirac (il venait de décéder).
Prévenez-moi quand mour­ra Pessoa.

 

Je déplace des cailloux, je les glisse dans mes poches puis les aban­donne, plus loin,
ailleurs sur le che­min, comme un autre rien. Ce n’est pas un déran­ge­ment, mais une
manière déli­cate de désor­don­ner les géographies.
                                                          (page 83)


C’est curieux : je maçonne avec des pierres par­tout récu­pé­rées. Des moel­lons de gra­nites de cou­leurs, des marbres ramas­sés ici ou là, des schistes, des basaltes… Ainsi je voyage en bâtis­sant et en per­dant les géologues.

 

… Ne pas com­prendre c’est aus­si la poésie.
(page 83)

 Avec force convic­tion (ce qui m’est inha­bi­tuel), j’ai rayé ton mot “aus­si”, l’ai rem­pla­cé par “d’abord” !

 

Racontez-moi où et quand vous avez plan­té votre der­nier arbre.
(page 83)

J’espère bien qu’il en par­le­ra lui-même !

  

Que faites-vous pour promouvoir
votre mai­son d’édition et la poésie ?
(page 84)

J’écris aux poètes pour dire que je les aime.

  

Il est des com­bats qu’il ne fau­drait jamais 
perdre : celui en faveur du point-vir­gule en 
est un. Ambigu pour cer­tains ; archaïque 
pour d’autres, le point-vir­gule est pourtant 
un ami précieux
(page 92)

Le point-vir­gule, indis­pen­sable ; même à celui qui écrit sans ponctuation.
La poé­sie a besoin d’invisibles.

  

Pourquoi la poé­sie ne peut-elle être
qu’une aven­ture collective ?
(page 102)

Parce qu’on nait jamais seul à écrire
(cela a sûre­ment déjà été dit !)

 

Quels sont les dif­fé­rents sup­ports sur lequel
il est pos­sible de lais­ser des traces poétiques ?
(page 102)

Adolescent, j’aimais bien écrire sur les embal­lages du Tabac Bleu que je fumais. Je me pre­nais pour François Villon qui ne fumait sans doute pas – faute de tabac ! C’était mes parchemins.

 

Un été ailleurs /​ his­toire de déserts /​ blancs ou 
brû­lant /​ Le poète se fait voya­geur et raconte ses 
déserts /​ Au loin les mots /​ le poète prend un globe 
ter­restre et la parole. Loin ou non des tartares…
(page 103)

 

(et si un jour j’écrivais un livre où je pla­ce­rai ça en épigraphe !)

Pourquoi la photographie
peut-elle être la com­plice du poète ?
(page 104)

 Les autres poètes (les vrais (!) (?) par­fois de travers, 
regardent
mon recueil de 32 poèmes et 9 photos.
Ou bien, est-ce 10 pho­tos et 31 poèmes.

 

 ON EST PRIE
De ne pas emmer­der le Monde
S.V.P.

Etait le mot impri­mé que Guillaume Apollinaire punai­sait sur la porte de son bureau comme un mot d’ordre.
(page 105)

 

Pas de bureau ! J’écris sous l’escalier. Il y avait là, autre­fois, un lit.
Ma mère y est née, en novembre 1920.

 

Vous vou­lez dire “il pleut”, écri­vez : “il pleut” ; vous voulez 
dire “j’ai mal”, dites : “j’ai mal”.”
(page 108)

Vous décou­vri­rez, alors qu’il pleut vrai­ment, que vrai­ment vous avez mal.

 

quelle conver­sa­tion entretenez-vous
avec un simple caillou ?
(page 109)

Caillou, ça s’écrit presque comme recueil, et je suis jus­te­ment en train d’écrire un mur.

 

Quelles sont vos collections ?
(page 109)

De cailloux, justement !

 

Que vous racontent les oiseaux ?
(page 110)

 En fai­sant des mots croi­sés, ma femme a appris que la cigale “crie-crie” ;
ça n’a pas arran­gé sa confiance dans les gens du midi.

 Plus tard en véri­fiant, je n’ai pas trou­vé ce terme dans la liste des cris d’animaux ;
ça n’a pas arran­gé ma confiance dans ceux qui inventent les mots croisés.

 

Les contes, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît.
(page 111)

 Si ton poème ne raconte pas une his­toire, ce n’en est pas…

 

Quelle neige êtes-vous ?
(page 112)

Celle de “Tombe et que n’ai-je”

 

Paris, Lyon, Barcelone, Cuba, Saint-Pétersbourg, 
comme ce chan­teur et voya­geur espa­gnol, poète
aus­si, qui confie : “Je suis entre les villes et j’ai
orga­ni­sé ma vie de sorte 
à ne pas savoir d’où je suis.”

Pont entre deux rives, fesses entre deux bancs, 
cœur entre deux aubes, car­reaux bri­sés entre deux 
bises ;

 

D’où êtes-vous ?
(page 113)

Autour de Negrões 
Les vil­lages se nomment
Lamachã
Lavradas
Coimbra da Miõ
Carvalhelhos où coule
Une des plus grandes sources du Portugal
…”

 Extrait de Carnets du Barroso

 

Alors, que cher­chons-nous dans le grenier ?
(page 114)

Sûrement la vieille machine à écrire.

 

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Sur quoi allez-vous écrire un livre ?
(page 118)

Le livre se char­ge­ra bien d’écrire sur moi.

 

Voyageur culti­vant l’oisiveté avec rigueur et acui­té, Hudson 
avait pour ambi­tion, entre autres, d’étudier la métaphysique. 
Toutefois, la culture du bon­heur l’occupant à temps plein, 
il n’étudia jamais la métaphysique.
(page 126)

Vivre pour vivre
Le reste est littérature.

 

Note

  1. Pour lec­ture facile : 
    En police Times New Roman nor­male : texte ori­gi­nal d’Eric Poindron
    En police Times New Roman ita­liques : réponses de Serge Prioul
    En police Times New Roman gras : notes d’explications Serge Prioul
    En plus gros carac­tères : texte d’Eric Poindron – 2ème par­tie du livre

 

Présentation de l’auteur

Éric Poindron

Éric Poindron est édi­teur (après avoir créé les édi­tions Le Coq à l’âne, il dirige pour Le Castor Astral la nou­velle col­lec­tion “Curiosa & cæte­ra”), écri­vain (Actes Sud, Flammarion, L’Épure…) et cri­tique lit­té­raire (France 3, Radio France, Le Magazine des livres, Le Magazine du Bibliophile, etc.). 

Il se pas­sionne, entre autres, pour les auteurs mineurs et les cou­lisses de la littérature.

cré­dit : Laurent Méliz

Publications

Riccardo Freda, un pirate à la Caméra, avec Riccardo Freda, Actes Sud, 1995
L’almanach joyeux de la Champagne, col­lec­tif, Coq à l’Âne, 1997
Paul Fort comme un poète, Coq à l’Âne, 1998
Mystères et dia­ble­ries en Champagne-Ardenne, Coq à l’Âne, 1999
Mes enfants, quel cirque !, Coq à l’Âne, 2000
Belles étoiles, Avec Stevenson dans les Cévennes, Flammarion, 2001
Les contes Rémois, un bio­gra­phie de Louis de Chevigné de Louis de Chevigné, Coq à l’Âne,
Sur les traces du géant, avec Jean-Loup Welcomme, Flammarion, 2003
Mystères, dia­ble­ries et mer­veilles en Champagne-Ardenne et dans le reste du monde, Coq à l’Âne, 2003
Chefs, saveurs Champagne, avec Ragnar Fridriksson, Passion Food, 2006
Le cham­pagne, dix façons de le pré­pa­rer, L’Épure, 2008
Le whis­ky, dix façons de le pré­pa­rer, L’Épure, 2008
La vod­ka, dix façons de la pré­pa­rer, L’Épure, 2008
De l’égarement à tra­vers les livres, Le Castor Astral, 2011
Ces livres qui n’existent pas, du Malin Plaisir, 2012
Le col­lec­tion­neur de pro­vi­dence ou Petit trai­té de crâ­no­phi­lie, Les Venterniers, 2013
Pathologies & Facéties lit­té­raires, Éditions Les Venterniers, 2014
Marginalia & Curiosités, Éditions Les Venterniers, 2015
Gilles Lapouge en toute liber­té, avec Gilles Lapouge, Le Passeur, 2015
Paris-Littérature by night, Éditions Les Venterniers, 2016
Nuit(s), folie, fan­tômes & quelques masques, Éditions Les Venterniers, 2016
L’étrange ques­tion­naire d’Eric Poindron…ou le livre qu’il vous fau­dra en par­tie écrire ; ou des­si­ner, Éditions Les Venterniers, 2016
Bleu comme un orage à-mer, Éditions Les Venterniers, 2016
Le Cabinet des flots et des curio­si­tés, Éditions Les Venterniers, 2016
Lettre aux fan­tômes, les miens, les vôtres & les leur(re)s, Le Réalgar, 2017
L’étrange ques­tion­naire d’Eric Poindron…ou le livre qu’il vous fau­dra en par­tie écrire ; ou des­si­ner, Le Castor Astral /​​ Éditions Les Venterniers, 2017
Comme un bal de fan­tômes, Le Castor Astral, 2018
36 choses à faire avant de mou­rir, Pré Carré édi­teur, 2018
L’Ombre de la girafe, un voyage au long cou, Bleu Autour, 2018
Apostille & Excursus à la girafe, Au long cou, 2019
Comment vivre en Poète, 300 ques­tions au lec­teur et à celui qui écrit, Le Castor Astral, 2019
Le Fou et la Licorne, post­face de Pierre Michon, Germes de bar­ba­rie, 2020
Petit train, du Petit Flou, 2020
BrueghelDes secret dans la neige, Invenit, 2020

Ouvrage collectif

Talleyrand chez nous, un qua­tuor rémois de Jean-Paul Machetel, Éd. du Coq à l’Ane, 2004
Le grand livre de Dumas, sous la direc­tion de Charles Dantzig : scé­na­rio de La fille de d’Artagnan, Éd. Les Belles Lettres, 2003
Abécédaire Ichtyophile
, col­lec­tif, Éd. GB & CO, 2015
Dehors /​​ recueil sans abri, Éd. Janus, 2016
Eloge et défense de la langue fran­çaise, Éd. Unicité, 2016
Merci Paris, col­lec­tif, Éd. Tallandier, 2017
L’eau entre nos doigts, Anthologie, Éd. Henry, 2018
L’Homme livre, Éd. librai­rie indé­pen­dante, 2018
Pour avoir vu un soir la beau­té pas­sée, 60 poètes d’aujourd’hui, col­lec­tif, Éd. Le Castor Astral, 2019
L’almanach du tas­te­vin, col­lec­tif, éd. D’en bas, 2019
CharlÉlie Couture /​​ Passage, Portrait du peintre à regards mul­tiples, Éd. Musée Paul Valéry, 2019
Voix vives de Méditerranée, Anthologie Sète, Éd. Bruno Doucey, 2019
Le sys­tème poé­tique des élé­ments, Éd. Invenit, 2019
Nous, avec le poème comme seul cou­rage, 84 poètes d’aujourd’hui, col­lec­tif, Éd. Le Castor Astral, 2019
Le Cabinet des mer­veilles, Invenit, 2020
Éric Poindron, Poète et édi­teur, Rumeurs – actua­li­té des écri­tures – , la rumeur libre, 2020
En collaboration[modifier | modi­fier le code] Extrait de scé­na­rio pour Le Grand livre de Alexandre Dumas, sous la direc­tion de Charles Dantzig (édi­tions Les Belles Lettres), 2003
Texte mani­feste pour No Passaran ! (édi­tions La Dragonne)
Texte pour Chemins d’étoiles (le bes­tiaire du voya­geur, (édi­tions Transboréal)
Texte « William Thierry, édi­teur, impri­meur & sin­gu­lier » in Les Éditions à l’écart, Hommage à William Thierry, Société des amis de la Bibliothèque de Reims, 2009.
Vieille mar­chande d’almanachs, (revue Charogne n° 1)
Texte « Le Grand Jeu c’est nous » pour Autour du Grand Jeu (artistes et écri­vains autour du Grand Jeu, édi­tions Éditions : Domaine d’Art Contemporain. 2003.
Participation au livre Les 807, les édi­tions du tran­sat, 2010
Texte dans Vents Contraires, le Livre col­lec­tif du Théâtre du Rond-Point, de Collectif, sous la direc­tion de Jean-Daniel Magnin & Jean-Michel Ribes, (édi­tions du Castor Astral, col­lec­tion « Curiosa & cæte­ra ») 2012.
Écriture et coor­di­na­tion de Mes enfants quelle cirque ! (édi­tions du Coq à l’Ane)
Écriture et coor­di­na­tion Paul Fort comme un poète (édi­tions du Coq à l’Ane)
Textes et coor­di­na­tion de contes et légendes pour Marne pays d’Histoires (Conseil Général de la Marne)
Coordination de Le Dictionnaire Jean de La Fontaine, de Paul Fontimpe (Éditions du coq à l’âne)
Coordination et appa­reil cri­tique de Talleyrand chez nous, un qua­tuor rémois de Jean-Paul Machetel (Éditions du Coq à l’Ane)
Préface à Contes de Champagne et au cham­pagne, de Henri Richardot (édi­tions du Coq à l’Ane)
Préface à Murmure en pays Camisard, de Sergio Cozzi (édi­tions Géorama)
Préface à Supplément au Voyage de Bougainville, de Denis Diderot (édi­tions Pocket)
Préface à Le Ratafia de Champagne, de Sandra Rota (édi­tions du Coq à l’Ane)
Préface à Au châ­teau de l’étrange, de Claude Seignolle (édi­tions du Castor Astral, col­lec­tion « Curiosa & cætera »)
Postface au Dictionnaire des idées reçus, de Gustave Flaubert (édi­tions du Castor Astral, col­lec­tion « Les inattendus »)
Préface à 76 clo­chards célestes ou presque (édi­tions du Castor Astral, col­lec­tion « Curiosa & cætera »)

SCÉNARISTE DE LONG-MÉTRAGE

Co-scé­­na­­riste de Animal’s Gang, avec Riccardo Freda et Jean-Philippe Stefani, pro­duc­tion Little Bear et Bertrand Tavernier.
Idée ori­gi­nale (avec Riccado Freda) et co-scé­­na­­riste de La Fille de d’Artagnan, de Bertrand Tavernier.
Éditeur au Castor Astral éditeur[modifier | modi­fier le code] Directeur de col­lec­tion aux édi­tions Le Castor astral – col­lec­tion « CURIOSA & CÆTERA ».
Petite ency­clo­pé­die du can­na­bis, Nicolas Millet, 2010.
Le Paradisier, roman flot­tant, Frédéric Clément, 2010.
Brefs, Georges Kolebka, 2011.
Au Château de l’étrange, de Claude Seignolle, pré­face de Eric Poindron, 2011.
Valpéri, Mémoires d’un gen­til­homme du siècle der­nier, Paul de Molènes, pré­face de Norbert Gaulard, 2011.
De l’égarement à tra­vers les livres, Eric Poindron, 2011.
Paris Macabre, Histoires étranges & mer­veilleuses, Rodolphe Trouilleux, 2012.
Petits et Méchants, Jean-Pierre Cagnat. Prix de l’Humour noir Grandville, 2012.
Vents contraires, le Livre col­lec­tif du Théâtre du Rond-Point, Collectif, sous la direc­tion de Jean-Daniel Magnin & Jean-Michel Ribes, 2012.
Le Fracas des nuages, Lambert Schlechter, 2013.
Paris Fantastique, Histoires bizarres & incroyables, Rodolphe Trouilleux, 2014.
Petite ency­clo­pé­die des vam­pires, Moquet & Pétitin, 2014
Haïkus de mes comp­toirs, Jean-Marie Gourio, 2014 (mil­lième livre édi­té par Le cas­tor Astral).
La Chambre turque, de Sapho, 2015
76 clo­chards célestes ou presque, Thomas Vinau, 2016
L’étrange ques­tion­naire d’Éric Poindron /​​ ou le livre qu’il vous fau­dra en par­tie écrire ou des­si­ner, Éric Poindron, 2017
Des étoiles et des chiens, Thomas Vinau, 2017
La méca­nique du ciel, CharlÉlie Couture, 2019
Comment vivre en poète300 ques­tions au lec­teur et à celui qui écrit, Éric Poindron, 2019
Éditeur au Éditions Invenit[modifier | modi­fier le code] Directeur de col­lec­tion aux édi­tions Invenit – col­lec­tion « LE CHANT DES POSSIBLES »
N’ai pas peur. Jamais, Baptiste Beaulieu, 2020
Éparpillés, Cali, 2020
J’irai chan­ter sur vos tombes, Marc Dufaud, 2020

Expositions

« Le cabi­net de curio­si­tés à la girafe », dans le cadre de « la science se livre », Espace cultu­rel Andrée Chedid,Issy-Les-Moulineaux, same­di 2 au same­di 23 février 2019.
« Cabinet de curio­si­tés /​​ uni­vers poé­tiques & fan­tas­tiques »”, Mairie du Ve arron­dis­se­ment, paris, du 15 au 22 mai 2019.
« Éric Poindron s’y entend comme per­sonne pour emme­ner son lec­teur en balade et, l’air de rien, entre deux digres­sions admi­rables, le faire entrer dans ce monde paral­lèle et néces­saire, l’espace poé­tique. De l’humour, de l’humanité, de la curio­si­té, de la dérive. Un poète pas comme les autres — ou plu­tôt comme devraient l’être tous les autres — ins­pi­ré, ima­gi­na­tif, ailé »
, écrit Thierry Beauchamp, écri­vain, tra­duc­teur et atta­ché de pro­duc­tion à France Culture à pro­pose de l’exposition.
« Intéressez-vous à un sujet et il vous attend à tout bout de champ ; sans le vou­loir vous tom­bez sur des traces, des fos­siles et vous allez de décou­verte en décou­verte. » Éric poin­dron, à France Culture, La Conversation Scientifique, Étienne Klein, Les Cabinets de curio­si­tés et l’imaginaire

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

Eric Poindron, Comme un bal de fantômes

Éric Poindron, qui a diri­gé les édi­tions Le Coq à l'âne avant de créer la col­lec­tion "Curiosa &caetera" au Castor Astral est jour­na­liste lit­té­raire et auteur de nom­breux écrits comme L'étrange ques­tion­naire, De [...]

Comment vivre en poète, lettre à Éric Poindron

En manière d'introduction, cette lettre-mail qui explique la genèse du dia­logue entre Éric Poindron et l'auteur.   Louvigné-du-Désert le 24 novembre 2020 Bonjour Maryline, En accord avec mon ami Eric, je te joins [...]

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Serge Prioul

Serge Prioul vit dans l’est Bretagne, près de Fougères où il est né en 1955. Issu d’une famille de tailleurs de pierre, il est tou­jours res­té très atta­ché aux valeurs simples de la terre et du tra­vail. Très vite, il fait la ren­contre de la femme de sa vie, Régine. Tous les deux tra­vaillent pen­dant 25 ans dans une entre­prise tex­tile. Et leur quo­ti­dien sera fait de cette vie de tra­vail manuel et de loi­sirs simples. A l’aube de ses qua­rante ans, une mala­die, puis la gué­ri­son qui s’en suit, lui pro­posent, sans jamais renier le pas­sé, d’écrire sa nou­velle vie sur d’autres tableaux moins noirs. L'essentiel de ses études reste ses lec­tures, et les poètes qui jalonnent sa vie parlent sim­ple­ment des choses simples : Ponge, Guillevic, Follain ou Cendrars, mais aus­si des écri­vains comme Duras ou Rilke dont il appré­cie les écri­tures dépouillées. Toujours il appelle à la langue à laquelle il est si atta­ché, celle de Montaigne ou de Villon. Celle de Voltaire à Flaubert en pas­sant par Molière, Maupassant, Hugo ou Verlaine. Il cite sou­vent Aristote qui dit : « Tu recon­naî­tras la véri­té du che­min à ce qu’il te rend heu­reux », et trouve indis­so­ciable cet essen­tiel de sa démarche lit­té­raire, de ces hasards, qui n’en sont pas sou­tient-il, hasards des ren­contres lit­té­raires et cultu­relles de l’existence. Tout comme, sans cesse, dans sa vision poé­tique, la pré­sence de sa femme et la notion de couple. En 2012, Serge Prioul fait la connais­sance de la poète Sylvie Durbec. Une nou­velle ren­contre fon­da­trice. Sylvie écrit d’une façon pour lui neuve, dont il se sent proche, et qui l’amène une nou­velle fois à trans­for­mer son style et à l’inscrire encore plus dans le quo­ti­dien, pour lui un mot et un élé­ment fon­da­men­tal ! En 2014 Serge Prioul publie­ra les Carnets du Barroso, 31 poèmes, hymne à l'amour sur fond de fresque du Trás os Montes, une région mon­ta­gneuse du nord du Portugal. En 2017, reve­nant sur une vie de tra­vail et tou­jours d'amour, il écri­ra Faute de preuves, un long recueil comme un regard sur hier et aujourd'hui. Serge Prioul dit tou­jours qu’il a beau­coup de chance, que les choses lui viennent parce qu’il les aime. Et qu'il a su trou­ver les pas­sages et sur­tout faire demi-tour sur les che­mins jamais écrits.
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