> Contrepoints, de Bernard Grasset

Contrepoints, de Bernard Grasset

Par |2018-10-23T10:27:23+00:00 22 juin 2013|Catégories : Critiques|

Que ce soit les pre­miers signes que l’homme tra­ça sur les parois sombres de nos grottes, les pay­sages lumi­neux et vibrants des Impressionnistes, le bra­sier rouge et bleu de Chagall, la séré­ni­té du vol blanc d’un oiseau sur l’émail des heures, les cieux déchi­rés par la cru­ci­fixion du Christ, les mille reflets épa­nouis entre les mains d’un feuillage ouvert sur les caprices de l’eau, la grâce émer­veillée de Corot, la gra­vi­té de Théodore Rousseau expri­mant le jeu des nuages dans leurs voyages roman­tiques… puis, telle une lampe allu­mée dans la tran­quilli­té d’une vieille demeure ou la pré­sence du vent réfu­gié dans les roseaux, l’évocation de cer­tains com­po­si­teurs mys­tiques de Buxtehude à Henri Dutilleux, Bernard Grasset nous fait par­ta­ger ses émo­tions, écri­vant un che­min de beau­té en contre­point d’une sélec­tion d’œuvres pic­tu­rales ou musi­cales qu’il pri­vi­lé­gie, peut-être parce qu’elles per­mettent de sou­le­ver l’invisible voile qui nous dérobe les mer­veilles de ce monde.

Nous retrou­vons, avec bon­heur, la poé­sie à la fois pré­cise et fluide de l’auteur de Liturgie. Une écri­ture épu­rée où brûle tou­jours un feu d’oraison – peu de mots, mais une fenêtre qui s’ouvre et per­met l’envol bleu d’une prière. Des mots à tra­vers les­quels, comme d’un vitrail, passe la lumière de la foi pour dépo­ser, sur le blanc de la page, les éter­nelles cou­leurs que nous apporte l’aurore.

Dans ce der­nier recueil, Bernard Grasset nous offre une poé­sie de dou­ceur et de paix comme celle que l’eau d’une fon­taine, frayant son che­min dans l’épaisseur de l’ombre, mur­mure aux fleurs des champs – des textes courts, sans conces­sion, et une mélo­die grave qui approche du Secret.

Le poète écrit une poé­sie d’attente et ses mots nous font devi­ner le Visage à venir. Un Visage que les cou­leurs et les sons, ici pré­sents, dans le beau recueil Contrepoints, ima­ginent déjà et qu’ils épèlent pour nous sur un alpha­bet de lumière. Un Visage en contre­point de l’offrande ter­restre. Une poé­sie qui, le livre refer­mé, est comme une flamme qui ne s’éteint pas.

L’œuvre que Bernard Grasset a entre­pris d’écrire est de celles qui s’inscrivent au plus près du silence et, réson­nant long­temps dans les landes du cœur, nous per­mettent d’espérer. Une œuvre qui est comme un signe de Paix dans notre monde où règne tant le tumulte – une Paix qui nous laisse pres­sen­tir, telle une pro­messe d’enfanceder­rière les lan­gages /​ La voix de l’Ami.

 

X