> Costa Monteiro Alfredo, Dépli

Costa Monteiro Alfredo, Dépli

Par |2018-08-14T21:39:17+00:00 30 septembre 2014|Catégories : Critiques|

Ce recueil se pré­sente sous la forme de quatre feuillets pliés. Sur ceux – ci, trois langues : le Portugais, l’Espagnol et le Français se par­tagent l’espace où deux ou trois phrases sont seule­ment impri­mées. Un mini CD accom­pagne l’ensemble que je n’ai mal­heu­reu­se­ment pas pu ouvrir. Trois langues qui se déplient et s’interpénètrent beau­coup plus par leurs sono­ri­tés que par leurs sens. Il faut lire même celles que l’on ne com­prend pas, parce qu’en fait, les mots choi­sis sont très proches l’un de l’autre et qu’ils s’éclairent mutuel­le­ment. Plaisir à d’autres sono­ri­tés qui font que le sens peut être légè­re­ment dif­fé­rent.

Cela peut don­ner lieu à une orches­tra­tion où trois lec­teurs lisent en même temps les textes sur des tons, des registres, des hau­teurs dif­fé­rents. De mêmes mots sont répé­tés : hor­reur, vide, erreur, envie, vie, écho, chaos, ouïe, couac. On ne peut que les com­pa­rer à une gamme qui se répète du son le plus grave au plus aigu en uti­li­sant sept notes et cinq alté­ra­tions.

La proxi­mi­té sonore et celle du sens per­mettent toute une écoute créant une autre langue dont l’usage n’est que poé­tique. La même langue par un ordre de mots dif­fé­rents peut aus­si appor­ter un sens dif­fé­rent grâce au rythme, à la tona­li­té, aux alli­té­ra­tions, à la lon­gueur du mot, rare­ment de plus de deux syl­labes,  aux consommes ini­tiales qui le lancent.

Néanmoins, chaque phrase pos­sède un sens clair :

Horreur

d’un vide

d’une vie

à vide

Il existe, à côté d’un jeu sonore, un jeu de sens qui par­court les trois langues. Je me refuse à voir une poé­sie expé­ri­men­tale, plu­tôt une expé­rience poé­tique qui pousse des langues unies dans des limites ration­nelles res­pec­tant un cer­tain sens com­mun, d’être par­fai­te­ment lisibles. Il y a alliance du son et du sens que l’on trouve rare­ment, aujourd’hui, et mal­heu­reu­se­ment, dans la plu­part des recueils publiés. Là, est le sen­ti­ment poé­tique, sa révé­la­tion, son étrange état à durer qui nous pro­jette hors de nous.

Recours au Poème a publié des bonnes feuilles de ce livre.

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