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Coucher de soleil

Par |2018-10-23T10:08:37+00:00 24 février 2013|Catégories : Blog|

 

Coucher de soleil, Ménerbes, France : le 24 sep­tembre 2010

 

Quand j’ai vu la tour­nure que pre­nait le ciel
j’ai cou­ru jusqu’aux rem­parts médié­vaux
qui se déta­chaient de la falaise cal­caire
et j’ai regar­dé les nuages rat­trou­pant
leurs cou­leurs : myr­tille, asphalte, bronze doré —
tout arri­vait en même temps — pluie,
ciel bleu, tem­pête
jouant sa bat­te­rie de tam­bour, nerfs
élec­triques géants, pied
d’un arc-en-ciel au-delà de Gordes.

Personne ne savait où regar­der.

C’était un de ces moments très rares
où l’on doit tout lais­ser tom­ber
et sor­tir en cou­rant
pour que les yeux puissent ava­ler le ciel tout entier.

Et le plus beau
c’était une noce bat­tant son plein
dans la cour de la Maison de la Truffe et du Vin
où trois gui­tares riva­li­saient de vitesse
pour voir qui pour­rait faire sor­tir Django de sa tombe
au moment où la cloche de l’horloge son­ne­rait l’heure.

Les nuages étaient injec­tés d’une lumière orange
tan­dis qu’avec ses doigts gris la tem­pête
attei­gnit presque nos têtes
comme si le bien et le mal
étaient venus se livrer un com­bat à mort
comme ils le firent autre­fois
ici, en France, sur une plage curieu­se­ment
nom­mée Omaha.

Puis le ciel est tom­bé
en mitraille de glace blanche
et nous avons tous cou­ru nous réfu­gier
obser­vant le reste
à tra­vers les vitres
abri­tés entre ces murailles de pierre
au déli­cat équi­libre.

tra­duit par Renée Morel et par l’auteur

 

 

Sunset in Ménerbes, France : September 24, 2010

 

When I saw what the sky was tur­ning into
I ran out to the medie­val bat­tle­ments
that lift right out of the limes­tone cliff
and wat­ched the clouds mus­ter
their colors : blue­ber­ry, asphalt, ormo­lu—
it was all hap­pe­ning at once — rain,
blue skies, the storm playing
its drum kit, giant
nerves of elec­tri­ci­ty, the heel
of a rain­bow behind Gordes.

No one knew where to look.

It was one of those rare moments
when eve­ryone has to drop eve­ry­thing
and run out of doors
so their eyes can swal­low the whole sky.

And to top it off
at a wed­ding recep­tion in full swing
in the cour­tyard of the House of Truffles and Wine
three gui­tars were racing
to see who could raise Django from his grave
as the bell­to­wer struck the hour.

The clouds were injec­ted with orange light
while the gray fin­gers of the storm rea­ched
down almost to our heads,
as if good and evil
had come to fight to the death
as once they did
here in France, on a beach odd­ly named
for Omaha, Nebraska.

Then the sky fell
as white pel­lets of ice
and we all sprin­ted for cover
and wat­ched the rest through our win­dows
in the safe­ty of these deli­ca­te­ly
balan­ced stone walls.

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