> Courts métrages, de JJ Nuel

Courts métrages, de JJ Nuel

Par |2018-11-19T04:41:29+00:00 22 mars 2013|Catégories : Critiques|

 

Histoires courtes, contes déca­lés créent la poé­sie par­ti­cu­lière des 80 textes expé­di­tifs de « Courts métrages ». Cette série de vignettes à remon­ter le temps (depuis – gros­so-modo – le début des années 60) prouve qu’il n’y a pas que les Chinois à rire jaune. Au sein de say­nètes en rac­cour­cis l’auteur retient des faits qui, le plus sou­vent et comme nos vies, sont voués au rebut. Sous le jeu, la légè­re­té, le poète nous rap­pelle à notre pesan­teur en trans­for­mant notre quo­ti­dien en spec­tacle. Le réfé­rent réel en nous fai­sant esclaf­fer est rame­né impli­ci­te­ment dans le champ de notre mémoire. Par infil­tra­tion s’établit une dia­lec­tique dont émergent des déca­lages, des suites méta­pho­riques et par­fois oni­riques.

Sous les images « sans qua­li­té » de Nuel la nature humaine prend un sens par­ti­cu­lier et par­ti­cipe au carac­tère énig­ma­tique de l’œuvre moins anec­do­tique qu’il n’y paraît. L’auteur replonge dans le réel mais selon des moda­li­tés diver­gentes. Surgit une confron­ta­tion de points de vue. Ils s’articulent à la fois sur de l’artifice et sur du concret. Le pre­mier devient l’architecture du second au sein d’une approche  qu’on défi­ni­ra comme faus­se­ment exacte, ima­gi­nai­re­ment rigou­reuse. Une telle approche donne l’image d’une vaste et déri­soire comé­die humaine au sein de laquelle la poé­sie est consi­dé­rée selon une double pola­ri­té : la volon­té de maî­trise du réel, mais aus­si l’aire de récep­tion où s’engouffre tout l’inconscient de l’individu et du col­lec­tif.

Sans cesse inté­res­sé dans son tra­vail par les oppo­si­tions, Nuel en ses « courts métrages » crée un film lent où tout est en mou­ve­ment, un film expé­dié où tout semble immo­bile. L’enregistrement des divers moments  intrigue par le trai­te­ment  amu­sé. Il prouve que pour le poète comme pour nous une idée ne peut exis­ter sans son contraire. Tout se joue dans l’oxygène d’une telle écri­ture mais aus­si son azote. Ce mélange crée le dévoi­le­ment de ce qui sans Nuel ne nous appar­tien­drait pas de connaître. L’auteur per­met à sa manière facé­tieuse d’être plus au dedans du réel que dehors. En cette écri­ture par­ti­cu­lière il s’agit de ten­ter de trou­ver l'équilibre entre l'ellipse – tour­née vers le silence – et l'énoncé com­plexe – tour­né vers la parole, entre le corps de l'être et celui du monde. Le pre­mier peut alors glis­ser tel un oiseau pal­mé sur le second.

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