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D’amour à l’arraché

Par | 2018-02-18T07:59:30+00:00 21 avril 2014|Catégories : Blog|

 

Il fau­dra alors que je t'arrache,
Que je déploie mes radi­celles,
Tes pieds fou­le­ront mes bois,
Ton souffle flé­tri­ra mes belles
Graminées plan­tées en base,
Ta bouche, ter­reur orgiaque,
Lacère ma mem­brane écor­cée,
Tes pieds sarclent ma terre,
Mon effroyable envie appelle,
Un voile ama­rante me dis­trait,
Des êtres de chairs hur­lants,
De rudes cognées font clair,
Brisures et sèves jaillis­santes,
Je ne vois que ton corps fin,
Mes sens, fous et domp­tés,
M'assaillent de mille dou­leurs,
Pendant que je sous­trais ta robe,
Ta brèche déli­cate s'empourpre,
Tes mains élan­cées se tordent,
Ton râle sou­dain m'écartèle,
Las, les hommes hor­ri­fiés !
Ils frappent mon écorce dure,
Ils déchi­quettent mes fusains,
Imprécations et sombres prières,
Les hommes tentent de t'extraire,
De ma prise enra­ci­née, ta taille
Se res­serre. Tes pieds en mon tronc
S'arriment et se ren­fonce. Ta bouche
Gémissante s'enrobe à mon oreille,
Ta frêle rosace inonde ma pénin­sule,
La nuit est venue m'emporter,
Mon souffle de cent ans s'abat,
Mes sèves de l’Éther montent en toi,
Tes yeux se révulsent et le cri
De ta bouche déforme la forêt.
Les hommes ne peuvent plus rien,
Tel un faune réveillé, j'ai domi­né
Ta chair, ta ver­tu, ta parole.
Les hommes pros­trés et de ter­reur,
Délaissent leurs haches cou­pantes,
Et tan­dis qu'en mon corps tu viens
Te dis­soudre en un pay­sage funeste,
Les regards des hommes se tournent,
Leurs mains s'égarent l'une à l'autre,
Leurs yeux se figent, se cotonnent,
Laiteux et aveugles, les Hommes
S'enfuient, tan­dis que ta dépouille
Encore jouis­sante et sur­sau­tante,
S'arroche à ma chair, et nous façonne,
Telle la sta­tue de l'autel célé­bré,
Une cathé­drale syl­vestre rele­vée.
J'ai déver­sé dans ton être mes sucs mor­tels,
Et voi­là une dryade qui sou­dain se révèle.

 

 

Efflorescences, Éditions du Menhir

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