> Danny-Marc , Un grand vent s’est levé

Danny-Marc , Un grand vent s’est levé

Par |2018-10-19T04:40:17+00:00 16 avril 2013|Catégories : Critiques|

 

D’aucuns savent qu’elle a été,  dans une autre vie (était-ce une autre vie ?), un auteur- com­po­si­teur- inter­prète de chan­sons à textes et de poèmes mis en musique, égé­rie d’un Club des poètes, du temps où la poé­sie avait droit de cité à la télé­vi­sion. D’autres connaissent son enga­ge­ment auprès des toxi­co­manes tan­dis que tout ce que le monde de la poé­sie compte  la connait pour diri­ger auprès de Jean-Luc Maxence les édi­tions Le nou­vel atha­nor. Des pri­vi­lé­giés, qui s’honorent de son ami­tié, connais­sant les tré­sors de sen­si­bi­li­té,  de géné­ro­si­té, d’humanité qui émanent d’elle mal­gré la pudeur der­rière laquelle elle tente de les mas­quer. Et voi­là, tout à coup, que se dévoile la poète et que se révèle la femme, la femme d’amour, et pour tout dire la femme éter­nelle .Tes mains de fer­veur /​ ont fait écla­ter dans mon corps/​ tout le soleil du monde. Elle dit cela, Danny-Marc,  le plus natu­rel­le­ment du monde, comme une évi­dence ! Nous n’avons plus vingt ans/​ mon amour/​ le temps presse, affirme-t-elle. Au moins sur ce point, Danny-Marc se trompe. Elle a tou­jours vingt ans, car elle a cette audace,  qu’adolescent l’on a, et que l’on aban­donne pour gagner du temps, cette audace que seuls retrouvent par­fois ceux qui n’ont plus rien à perdre, et sur­tout pas leur temps. Leçon de jeu­nesse, donc, d’abord, que ce court recueil : Danny-Marc ose, libre !  Elle écrit comme une jeune fille en fleurs écri­rait ses pre­miers émois amou­reux « T’ouvrir la porte ce soir/​ c’est aller à la ren­contre des étoiles », une jeune fille, qui cepen­dant  serait forte de toute l’expérience d’une vie :   «  L’amour nous va trop bien désormais/​ Pour que nous allions bien sans lui ». A la pre­mière lec­ture c’est donc la fraî­cheur, l’innocence, j’allais écrire la pure­té, qui se déploient dans l’élan, qui appa­raissent. Mais ces mots, d’une évi­dence confon­dante, contiennent de tout autres niveaux de sens. C’est de fer­veur qu’il s’agit et de fêtes. Notez  bien ces mots : «  ô, noces inat­ten­dues », «  dans tes mains, le pain rom­pu », «  l’offrande enfin venue » , «  notre prière sur le monde » ; cette fer­veur-là, que n’aurait pas reniée  la grande poé­tesse Marie Noël , pour char­nelle qu’elle soit en appa­rence, s’enracine , comme chez Marie Noël, dans un pro­fond chris­tia­nisme ori­gi­nel, celui des évan­giles , vécu dans une foi qui, seule, per­met d’accéder à la joie d’être.  C’est bien cette manière d’être au monde qui habite Danny-Marc et qu’elle exprime, l’amour, vécu comme la plus haute valeur humaine, dans toutes ses dimen­sions,  là où l’amour divin rejoint l’amour humain. Là où Marie-Noël a ten­dance à dis­so­cier les deux, par un chris­tia­nisme ancré dans la tra­di­tion, Danny-Marc, elle, les réunit, jusque dans la dimen­sion char­nelle,  comme dans ce poème Moment d’éternité : Nous voi­ci enfin mon amour/​ toi et ton regard d’étoiles/moi et mon visage d’attente/ ensemble, d’offrande et de lumière. Mais si j’ai employé le terme «  la femme éter­nelle », j’aurais dû écrire «  l’éternel fémi­nin »,  c’est,  comme l’aborde Michel Cazenave dans sa pré­face fai­sant réfé­rence au prin­cipe fémi­nin jun­gien, parce qu’il  creuse  encore plus pro­fond  pour accé­der à la source du sens des mots de Danny-Marc. La femme amou­reuse dont parle Danny-Marc est  aus­si, sur­tout, une repré­sen­ta­tion de cette déesse,  Gaîa, la terre-mère, ce prin­cipe que toute femme porte en elle, elle qui donne la vie, et qui lui per­met de révé­ler l’homme,  sexué, à lui-même .Voilà, tout sim­ple­ment, d’où me semble s’exprimer Danny-Marc. Voilà ce qui lui donne une telle assu­rance, voi­là ce qui lui per­met une telle liber­té d’expression. Danny-Marc n’a rien à prou­ver, sinon peut-être à elle-même, un peu aus­si à l’homme avec qui elle par­tage l’amour. A nous, lec­teurs, elle nous prouve qu’elle est une « grande-dame »,  ce que nous savions, en même temps qu’une grande poète,  ce qui ne nous sur­prend pas.  Mais pou­vait-il en être autre­ment ?   

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