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Dans l’appartement d’une poétesse

Par | 2018-02-19T07:19:12+00:00 22 juillet 2012|Catégories : Blog|

 

C’est là qu’elle vivait, dans sa méta­stase
muette, recro­que­villée, sans trêve elle regar­dait
en haut, dans les coins, des toiles d’araignées,
elle les pro­té­geait, culti­vait
comme de bonnes méta­phores,
les bes­tioles grises elle les disait d’argent,
les loquets de cuivre, et les boules
de lits, elle les disait d’or.

Elle ten­dait la main vers les rais de lumière
qui dans la mati­née se frayaient un che­min
depuis les années de l’enfance,
et les lais­sait fil­trer entre ses doigts jusqu’à son visage.
Jamais elle n’apprit la soli­tude,
tou­jours elle a vécu dans les com­men­ce­ments,
jamais proche de ce qui est à por­tée,
égale à son essence, à ses échos.

De tout le verre de ce monde,
lui ont échu quelques ver­re­ries,
un vase plein de gar­dé­nias pas­sés,
des élé­phants en cris­tal de Murano, une fenêtre,
der­rière la fenêtre le tableau d’une méga­lo­pole,
et à tra­vers, elle contem­plait sa propre hor­reur.

À l’intérieur : sa peau prête à être
inci­sée, des che­veux cen­drés, des phrases
rebelles, dis­per­sées sur des feuillets,
une rose fanée depuis l’été où elle
avait connu son pre­mier homme.

Ce qu’elle enten­dit en der­nier ce furent :
trois chats devant la porte, ces ron­ron­neurs,
venus pour tou­cher leur ultime jour­née,
appor­tant au pas­sage les der­nières nou­velles de la ville.

 

Traductions de
Liljana Huibner-Fuzellier
&
Raymond Fuzellier

 

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