> Dans le jour soulevé de Jean-Marie Corbusier

Dans le jour soulevé de Jean-Marie Corbusier

Par | 2018-02-23T11:11:24+00:00 6 novembre 2013|Catégories : Blog|

j’écris
j’oublie de vivre

nous dit le poète Jean-Marie Corbusier dans les pre­mières pages de ce nou­veau recueil. Un poète dont Jean-Luc Wauthier a pu dire qu’il s’inscrit d’une cer­taine manière dans la lignée d’un André du Bouchet ou d’un Fernand Verhesen, ce qui me semble fort juste, au sens où ces poètes sont des veilleurs. Non pas en tant qu’hommes ou que poètes, en tant que petite flamme encore visible au loin, dans la pro­fon­deur téné­breuse de la réa­li­té. Et cette petite lumière vacillante réflé­chit depuis l’apparente noir­ceur des caves voû­tées. Ici tout est inté­rio­ri­té, et c’est bien cela qui ouvre sur le concret de la mul­ti­pli­ci­té des uni­vers. Car :

si le blanc est l’air
alors
tout est dit

Ou encore :

Arbres en arrêt dans le vent

comme ces congères
de l’autre hiver
contre le mur ont pivo­té

assis
ima­gi­ner le fond des routes
la parole sèche

sur un retour
                   je vois plus loin

Le blanc est au cœur de la poé­sie de Corbusier, une cou­leur qui n’est pas ici jus­te­ment une cou­leur, du moins au sens usuel du terme, plu­tôt l’expression de la vision – au sens alchi­mique de ce mot. Et c’est en ce sens que le blanc doit être sai­si : sou­dain, la lumière blanche ouvre le regard et l’âme vers plus de réel, c’est un léger dépla­ce­ment et cela suf­fit à bou­le­ver­ser l’essence d’un être. Quand ce der­nier entre­voit (enfin) la plu­ra­li­té des mondes :

Ici le blanc

ici et là
tout à por­tée de main
éclat à nou­veau

                je l’ai vu un

au bord du jour
la nuit cherche une parole

la page rom­pue
                            j’aurai dis­pa­ru

Et plus loin :

à l’autre bout
l’aube répare l’inespéré

Pourtant, « rien n’est atteint » pré­cise, lucide, le poète.
Car nous sommes ici et cepen­dant nous sommes déjà :

Rumeur ouverte
à ce qui est
plus loin que moi

La poé­sie de Jean-Marie Corbusier ques­tionne l’à-plat de notre regard sur un monde dont le réel est en trois dimen­sions, au moins ; ce monde qu’il nomme « le jour sou­le­vé », ce jour qui est l’humain/temple à venir, humain édi­fié enfin. C’est cela, la vie, une sai­sie en trois dimen­sions. Il y a de la mer­veille en cela.